L’art contemporain africain peine à se vendre

[23/11/2010]

 

La thématique africaine est à l’honneur en 2010 avec de nombreuses ventes consacrées à ce genre. Malgré les nouveaux records enregistrés pour certains artistes africains, le nombre de lots ravalés montre la réussite partielle de ces ventes.

Inauguré par la maison de vente Sotheby’s le 24 juin 1999 à Londres (dispersion de la collection Jean Pigozzi), l’art contemporain africain ne trouvait alors que peu d’amateurs et les enchères avaient du mal à s’envoler au delà des 10 000£. Aujourd’hui, nombreuses sont les maisons qui présentent des ventes autour de l’art contemporain africain : Bonhams et Africa now (10 mars 2010), Phillips de Pury avec sa vente thématique Africa (15 mai 2010), Gaïa et Afriques (31 mai 2010), Artcurial et Africa scenes 1 (24 octobre 2010), Graham’s Fine Art Auctioneers …

Entre janvier 2002 et janvier 2007, les prix de l’art contemporain africain se sont envolés (+370% en cinq ans) portés par le boom des marchés émergents et la bulle spéculative, avant de légèrement chuter (-25% entre janvier 2007 et janvier 2010). La multiplication du nombre de ventes autour de ce thème n’est pas une garantie de succès : malgré une hausse de 19,6% de l’indice des prix de l’art africain depuis janvier 2010, les maisons de ventes essuient en effet de forts taux d’invendus. Pour les cessions spécialisées de 2010 Bonhams affichait 60,4% d’invendus, 38,7% pour Phillips de Pury, 82,9% pour Gaïa et 74,2% pour Artcurial.

Des tops et des flops…
Parmi les artistes les mieux cotés, comme Chéri SAMBA, Marlene DUMAS, William KENTRIDGE ou encore Wangechi MUTU, de belles enchères étaient attendues lors de ces ventes. Chéri Samba signe un nouveau record en salle chez Phillips de Pury avec J’aime la couleur (une série particulièrement appréciée) partie pour 80 000$. En revanche, sa peinture au sujet plus délicat The used Condoms n’a pas trouvé preneur dans son estimation de 25 000 – 35 000$. Chez Gaïa, Samba a réalisé un bon résultat avec Dans la tempête du désert, la prudence s’impose partout vendue 26 000€ contre une estimation de 18 000 – 22 000€. Cependant, sa toile sombre, au propre comme au figuré, Woman at the heart of man a été ravalée chez Artcurial contre une estimation de 18 000 – 20 000€.
Depuis janvier 2010, la moitié de ses œuvres de l’artiste sont restées sur le carreau. Le zaïrois reste très apprécié en France où près de 66% de ses lots sont vendus.

Les sud africains Marlène Dumas et William Kentridge ont reçu des accueils mitigés. Le dessin et collage World Cup SA 2010 de Marlène Dumas est resté invendu (contre une estimation basse de 35 000$). Malgré les 56 lots vendus depuis janvier 2010 aux enchères, Marlène Dumas n’a pas dépassé les 900 000$ (Stella (2000), Christie’s , New-York, le 11 mai 2010), on est loin des 2 820 000£ atteints en 2008 avec The visitor (Sotheby’s, Londres).
L’année 2010 est aussi un bon cru pour William Kentridge dont le nouveau record est tombé le 5 octobre 2010 chez Stephan Weltz & Co, en Afrique du Sud, soit l’équivalent de 209 400€ pour Drawing for the Film Stereoscope. Chez Phillips de Pury, le sud africain n’a pas obtenu les résultats espérés, en effet le dessin Bicycle Kick est parti à 45 000$ alors que la maison en attendait 50 000$. Chez Artcurial, l’estampe Summer Graffiti (série de huit gravures) ne s’est pas vendue, Artcurial était bien trop optimiste en fournissant une estimation de 23 000 – 28 000€, sachant que ce type de feuille s’échange à l’unité entre 1 500€ et 2 500€ en moyenne.
Contrairement à sa consœur, 64% des transactions de William Kentridge sont réalisées dans son pays d’origine face à New-York et Londres (6% pour Marlène Dumas).

Autre tête d’affiche cette année chez Phillips de Pury : la kényane Wangechi Mutu dont l’œuvre Untitled (2005) est partie à 68 000£ en juin à Londres (son record annuel). De plus son estampe Howl changeait de mains en dessous de son estimation basse à 5 500$, lors de la vente Africa.

Lien entre ces artistes? Tous sont présents quasi systématiquement dans les ventes d’art contemporain : Sotheby’s, Christie’s, Phillips de Pury… aux côtés de Peter DOIG, Damien HIRST, Anish KAPOOR… et tous ont été représentés cette année à la FIAC.
Les collectionneurs pourront retrouver les artistes africains l’an prochain hors des salles de ventes, à l’occasion de la prochaine foire Paris Photo (17 – 20 novembre 2011, De Bamako à Cape Town, la photographie africaine à l’honneur).