L’art contemporain africain

[11/01/2010]

 

La première décennie du millénaire a signé l’émergence de la création contemporaine latino-américaine, chinoise, coréenne, japonaise, russe, turque et du Moyen-Orient sur le marché de l’art mondial. Cette nouvelle décennie verra-t-elle émerger la création africaine ?

A l’échelle d’un continent tel que l’Afrique, le champ de création est certes vaste et diversifié, le marché n’en demeure pas moins restreint à l’échelle globale. Quelques artistes, intégrés dans des foires d’art internationales, des Biennales et de grandes expositions, ont cependant trouvé audience et reconnaissance au-delà de leurs frontières. Parmi les expositions phares, citons Les magiciens de la terre au Centre Pompidou de Paris en 1989, Africa Explores: 20th Century African Art au New Museum of Contemporary Art de New York en 1991, Africa Remix, exposition itinérante entre 2004 et 2007. Ces événements ont fait sortir de l’ombre des artistes tels que Yinka SHONIBARE, Chéri SAMBA, Marlene DUMAS, Kendell GEERS, William KENTRIDGE, Ousmane SOW, Moustapha DIMÉ, Georges ADÉAGBO ou Pascale Marthine TAYOU.

Sur le marché des enchères, Sotheby’s fut la première maison de ventes d’envergure à diffuser l’art contemporain africain avec la dispersion, le 24 juin 1999 à Londres, de la collection Jean Pigozzi. Encore très confidentielle à l’époque, cette offre n’attirait qu’un petit nombre d’amateurs et une enchère record ne grimpant pas au-delà de 10 000 £ (moins de 16 000 $). Ce record était alors signé pour une technique mixte de l’artiste sud-africain Willie BESTER, qui affrontait pour la première fois une salle des ventes internationale.
Cette vacation reste un épiphénomène pour Sotheby’s qui est certes associé à la maison de ventes sud-africaine Stephan Welz & Co, mais n’organise pas de ventes dédiées à l’art contemporain africain à Londres ou New-York, contrairement à Bonhams qui se frottait encore au genre le 8 avril 2009 avec Africa Now: African Contemporary Art (64% de lots vendus). Cette vacation confirmait la demande sur trois artistes phares : les modernes Benedict Chukwukadibia ENWONWU et El ANATSUI ainsi que le contemporain William Kentridge, seuls artistes ayant emporté des enchères à plus de 10 000£ ce jour.
La maison de ventes française Gaïa, spécialisée dans les créations non-occidentales, est devenue incontournable pour les amateurs avec deux vacations dédiées à la l’art contemporain africain chaque année. Le 8 décembre 2008, Gaïa accumulait les records avec une première adjudication pour Abdoulaye KONATÉ à 39 500€ (Symphonie Bleue 8 R.), une enchère de 18 000€ pour Sonneprinz d’OWUSU-ANKOMAH et 8 000€ frappés pour Période de chaleur de Soly CISSÉ, une fresque gestuelle de trois mètres. Le 1er juin 2009, la maison de ventes enregistrait un autre sommet, pour Ousmane SOW cette fois, avec la sculpture Toussaint Louverture et la vieille esclave adjugée 197 000 €.

Les plus prisés
L’art contemporain africain a profité du boom des marchés émergents et de la flambée des prix de la dernière bulle spéculative. En cinq ans, les prix grimpaient de 370% (entre janvier 2002 et janvier 2007), avant une chute de -25% entre janvier 2007 et janvier 2010.

Sur le marché global des enchères, les quelques élus comptent dans leur rang les Sud-africains William Kentridge et Marlène Dumas, et l’Ethiopienne Julie MEHRETU. Les résultats les plus explosifs furent signés par Marlène Dumas, dont la cote a pris une autre envergure le 10 novembre 2004 à New-York, où Christie’s enregistrait sa première enchère millionnaire (Jule, die Vrou, 1,1M$, au quintuple des prévisions). Depuis, l’artiste a franchi le seuil du million de dollars à sept reprises et flirte avec les 3M$ avec « The Teacher (sub a) », dispersée le 9 février 2005 chez Christie’s Londres (1,6M£).
L’année 2009 fut aussi un cru d’exception pour Julie Mehretu, signant deux enchères records lors des ventes londoniennes de juin (Dervish adjugée 200 000£, soit 330 000$, chez Sotheby’s et Transients, 190 000£ soit 314 000 $, Christie’s) et pour William Kentridge dont le record frappé le 17 novembre 2009 à Johannesburg équivaut à 176 000 $ (Drawing From Felix in Exile, Stephan Welz & Co.).

De tels résultats sont encourageants pour les mastodontes du marché. Gageons que nous retrouverons des œuvres du trio gagnant en salles en 2010, à l’occasion peut-être de la prochaine vacation Africa Now prévue le 10 mars 2010 à New-York.