L’Afrique à l’assaut de New-York

[21/05/2010]

 

La vente thématique Africa organisée le 15 mai 2010 par Phillips de Pury & Company à New-York confirme la hausse des prix de l’art africain, et pas uniquement pour les têtes d’affiche dont la renommée est déjà faite et la demande mondialisée. Avec 1,1m$ de recettes et 38,4% de lots ravalés, la réussite est partielle, y compris pour des œuvres abordables à moins de 10 000$.

Cette vente thématique n’était pas exclusivement réservée aux créateurs africains et la plus belle enchère est signée pour un artiste né et résident à Londres : Yinka SHONIBARE décroche le plus beau coup de marteau de la vacation à 88 000$. Sur la seconde marche du podium, Chéri SAMBA signe son nouveau record en salle avec un score de 80 000$ pour une grande toile de sa série J’aime la couleur.
Ces deux artistes présentent un curriculum vitae bien rempli et rassurant pour les collectionneurs : le Nigérian Yinka Shonibare est né à Londres où il cultive sa double culture dans des installations efficaces mélangeant culture victorienne et africaine. Remarqué par Charles Saatchi à la fin des années 90, il a fait partie de l’exposition Sensation : Young British Art from the Saatchi Collection qui lançait les Young British Artists (1997) et fut nominé au Turner Prize de 2004. Quant au peintre zaïrois Cheri Samba, qui vit et travaille à Kinshasa, il compte des œuvres dans les collections du Centre Georges Pompidou de Paris et du Museum of Modern Art de New York, fut exposé en 2004 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain de Paris (J’aime Chéri Samba) et présenté à la Biennale de Venise 2007.

Des prix forts étaient donc attendus sous ces deux signatures, contrairement au record de John GOBA, artiste né en Sierra Leone en 1944 ou il vit toujours. Sa sculpture Hunter’s Zone présentée dans une estimation déjà soutenue de 8 000 – 10 000$, s’est envolée à 32 000$ !
Les collectionneurs ont préféré John Goba à Marlene DUMAS dont le dessin et collage intitulé « World Cup SA 2010 » 65,1×49,5 cm fut ravalé contre une estimation basse de 35 000$. Un autre créateur phare originaire d’Afrique du sud, William KENTRIDGE a reçu un accueil mitigé avec son dessin Bicycle Kick (2009-2010) parti à 45 000$ contre une estimation basse de 50 000 $.
Le jeune Satch HOYT, né à Londres et introduit pour la première fois dans une vente new-yorkaise, a vendu une œuvre sur deux. L’adjudication de Rimology est bien en deçà de l’estimation de 40 000$, mais est, à 25 000$, conséquente pour une première épreuve sur le second marché. Wangechi MUTU n’en était pas à son premier coup d’essai dans une salle new-yorkaise. Son second marché à commencé à s’agiter en novembre 2006 avec une première adjudication au double des prévisions chez Christie’s pour une acrylique sans titre cédée 55 000$. L’année suivante, une grande toile de 2004 partait pour 320 000$ (Christie’s). Le marché s’est essoufflé en 2009 mais reprend de la vigueur avec son dessin et collage (90,8×61 cm) cédé 95 000$ lors de la vacation d’art contemporain Phillips de Pury & Company le 13 mai 2010.

Parmi les photographes africains, Seydou KEITA sort du lot en vendant sept des huit photographies offertes. La cote raisonnable de l’artiste (les sept adjudications oscillent entre 2 400 et 8 000 $) couplée à sa notoriété maintiennent une demande soutenue. Seydou Keïta est connu des amateurs depuis les années 90 grâce à sa présence lors des Rencontres internationales de la photographie d’Arles en 1994 et à la Fondation Cartier de Paris puis, en 1996, son exposition au Guggenheim Museum de New York.

Parmi les échecs les plus cuisants, citons de défaut de vente de la superbe sculpture en céramique Ulukububa de Nnenna OKORE, trop chèrement estimée entre 25 000 et 35 000 $, de même que le Ball Costume de Olu AMODA ravalé contre une estimation de 12 000 – 18 000$, les deux toiles de MOKE (Mama, Doctreur Africain et Anniversaire de Mariage invendues dans leur fourchette d’estimation de 5 000-7 000$) ou encore la large peinture intitulée Woudji Woudjigbe de Cyprien TOKOUDAGBA. Il s’agissait de la plus grande toile de l’artiste offerte aux enchères et aussi de sa plus chèrement estimée à 7 000-9 000$.

Les collectionneurs se retrouveront à Paris le 31 mai prochain à l’occasion de la vente d’art contemporain d’Afrique chez Gaïa avec plusieurs tirages photographiques de Malick SIDIBÉ, d’Alioune BA, Sammy Baloji, une acrylique de Soly CISSÉ proposée entre 2 500 -3 500 € ou encore l’acrylique Jumping Jack d’OWUSU-ANKOMAH entre 5 500 et 6 500 €.