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Jannis Kounellis

[28/02/2017]

Pionnier de l’Arte Povera, Jannis Kounellis disparaissait le 16 février 2017 à Rome à l’âge de 80 ans. Il laisse derrière lui une œuvre forte et radicale, qui n’a pas fini d’émouvoir les collectionneurs chevronnés…

Arrivé à Rome à l’âge de vingt ans pour étudier aux Beaux-Arts, le jeune Jannis KOUNELLIS est déçu par l’académisme de l’enseignement qu’il reçoit mais se découvre une fascination pour la radicalité des œuvres d’Alberto BURRI et de Lucio FONTANA. Ses premières toiles personnelles évacuent déjà une représentation trop aisée. Jusqu’en 1963, il invente un alphabet de signes et couvre ses tableaux de divers symboles, chiffres, flèches ou lettre noires. Très vite, il sort du cadre et se tourne vers les matériaux bruts : laine, cheveux, charbon, fruits secs, pierres, morceaux de bois, plaques de métal, toiles de jute… Il crée du sens avec des matériaux pauvres, cherchant non pas à représenter mais à agir avec la force historique, symbolique, idéologique et énergétique de la matière. Repéré par le critique d’art Germano Celant, il fait partie des 12 artistes de la fameuse exposition collective de 1967, fondatrice de l’Arte Povera, avec Alighiero Boetti, Giovanni Anselmo, Pier Paolo Calzolari, Luciano Fabro, Mario et Marisa Merz, Pino Pascali, Giulio Paolini, Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto, Gilberto Zorio. Cette exposition signe l’émergence de nouvelles pratiques artistiques impliquant, selon Celant, «disponibilité et anti-iconographie, introduction d’éléments incomposables et d’images perdues venues du quotidien et de la nature. La matière est agitée d’un séisme et les barrières s’écroulent»…

Or, Kounellis est un séisme à lui seul. Ses propositions sont parmi les plus radicales des acteurs de l’Arte Povera, allant jusqu’à initier des tableaux vivants se composant et se recomposant en direct. Exit les formes fixes : en 1969, il conçoit une exposition avec douze chevaux vivants dans la galerie de l’Attico à Rome. Un tableau équestre en mouvement présenter dans un lieu à vocation commercial. L’artiste joue avec le régime de possession et de propriété de l’œuvre, prenant le contre-pied du Pop Art et de la production artistique de masse déferlant à l’époque sur le monde occidental. Trois ans plus tard, un autre tableau vivant fait intervenir une ballerine dansant aux sons du violon joué par un musicien : l’exposition s’appelle À inventer sur la place (Da inventare sul posto). L’art de Kounellis procède de cette idéologie, être créateur plutôt que producteur d’oeuvres, produire du sens avant de produire des objets. Communiste convaincu, il travailla toute sa vie pour conserver un maximum d’indépendance face aux galeries d’art. Selon son ancien assistant Bernhard Rüdiger «il payait tout lui-même pour produire ses œuvres, particulièrement onéreuses. Il n’a jamais voulu se lier par contrat avec une galerie, tout en exposant dans toutes celles qui étaient importantes ».

Ses œuvres sont donc présentées chez de grands galeristes, dont Lelong, Almine Rech et Cheim Read. Loin d’avoir échappées au marché, elles sont aussi disputées aux enchères. Parmi les 30 à 50 lots vendus chaque année, 40 à 45% sont accessibles pour moins de 5 000$ : estampes, dessins, peintures et même sculptures sont abordables dans cette gamme de prix, car Kounellis a réaliser des originaux-multiples en trois dimensions, à l’image de Fabbrica, une œuvre avec trois journaux enroulés sur eux-mêmes plantés en flammèches sur un lit de charbon. L’un des 30 « exemplaires » en circulation se vendait un peu moins de 5 300$ en novembre 2016 chez Blindarte à Naples. Les sculptures plus importantes s’envolent plus promptement, une trentaine d’entre elles ayant passé le seuil des 100 000$, et le phénomène loin d’être récent puisque deux résultats de cette ampleur remontent à 1991. Le seuil millionnaire par contre est plus neuf : en février 2014, la société Christie’s frappait un record absolu en vendant, pour 2m$, une pièce en laine et toile de jute réalisée en 1968 (Untitled), soit quelques mois près l’exposition fondatrice de l’Arte Povera. Un record finalement peu élevé ramené à ceux d’autres grands artistes italiens du XXème siècle puisque, rappelons-le, Lucio Fontana culmine à 29,1 m$ et Alberto Burri à 13,15 m$. Notons que ces trois records – Kounellis, Fontana, Burri – ont tous été emporté sur les trois dernières années, marquant l’accélération du marché pour les avant-garde italiennes du XXème siècle.

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