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Jacques Monory. L’oeuvre en bleue

[23/10/2018]

« La couleur bleue, de façon quasi exclusive, aura été sa signature, et ses toiles monochromes au rendu proche de la photographie forment comme un long panoramique empreint d’une mélancolie virant parfois au cauchemar », Paule Monory.

Deux artistes majeurs de la Figuration narrative disparus en quelques jours… après le décès du peintre et sculpteur Eduardo ARROYO le 14 octobre dernier (à qui nous consacrons un article à paraître prochainement), Jacques MONORY a rendu son dernier souffle le 17 octobre à Paris, le jour même de l’ouverture de la Foire Internationale d’art contemporain (Fiac). La mélancolie gagne pour ce peintre du bleu qui confiait : « peut-être qu’un jour je peindrai avec toutes les couleurs. Ce jour-là, j’aurai brisé la séparation entre moi et le monde ».

Empreinte immédiatement reconnaissable, le bleu mélancolique de Monory déplace le flux des images collectives dans un univers profondément romanesque. Ses espaces fictionnels, souvent qualifiés de « photos-peinture », ont profondément marqué la scène française de la seconde moitié du XXe siècle.

Le spectacle du monde

Monory s’est passionné pour le spectacle du monde, pour ses fictions comme pour ses faits divers. Il a composé un monde romantique nourri d’images existantes et de photos qu’il prenait lui même. L’artiste connaissait bien l’outil photographique et le monde des images pour avoir travaillé pendant 10 ans avec Robert Delpire, éditeur spécialisé dans la photographie. Observateur attentif, il a aussi constitué tout un répertoire d’images lors de ses voyages aux Etats-Unis, puis réalisé quelques films, dont EX en 1968, Brighton Belle en 1974 et La Voleuse en 1984. Cette passion pour le 7e art traverse tout l’œuvre et sa peinture, en premier lieu, se fait cinéma.

Le monde peint de Monory est ainsi fait d’arrêts sur images, de fictions sur toiles inspirées des écrans d’Hollywood, des comics et du roman noir. L’artiste a développé une iconographie aux références avouées comme l’ont fait à la même époque, dans une autre veine, les acteurs du Pop Art. Une histoire d’époque et d’influences, d’intérêt pour le quotidien et son flux d’images, mais aussi une réaction à l’art abstrait (auquel Monory s’est lui-même essayé à ses débuts avant de détruire sa production) dominant la scène artistique dans les années 50 et 60. Une conscience, aussi, de la violence du monde, particulièrement manifeste dans les thèmes privilégiés par l’artiste.

De la Figuration narrative aux Meurtres

Le travail de Monory est révélé pour la première fois au public l’année de ses 40 ans. Nous sommes en 1964 et l’artiste participe à l’exposition « Mythologies quotidiennes » au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, accompagné notamment de ses amis Peter Klasen, Hervé Télémaque et Bernard Rancillac. L’exposition marque la naissance d’un nouveau mouvement artistique, la Figuration Narrative, dont Monory fut l’un membre les plus actifs.

En 1968, une première série de peintures révèle la singularité de son talent. Il s’agit de la série des « Meurtres », traversée par son obsession de la mort et sa passion pour les univers noirs. Les premières œuvres marquantes de cette ensemble sont les plus recherchées par les collectionneurs et c’est logiquement à l’une d’entres elles, intitulée Meurtre n° ix» (portrait de Camille Adami), que l’on doit le meilleur coup de marteau jamais emporté par l’artiste. Cette scène violente et romanesque conjugue deux images : la vision d’une femme en robe de mariée, dont la surface de l’image est perturbée par des dizaines d’impacts de balles. Au-dessus d’elle : la confusion, des débris de machine, un accident. Cette toile majeure atteignait un prix équivalent à 171 000 $ chez Versailles Encheres en 2011. Le record est ancien, comme le sont d’ailleurs la plupart des records d’enchères atteints par les représentants de la Figuration narrative.

Top 5 de la figuration Narrative

1. ERRÖ > 1,23 m$ (Comicscape, 1971. Christie’s, Paris, 11/12/2007).

2. Hervé TELEMAQUE > 537 000 $ (Portrait de famille, 1962. Christie’s, Paris, 11/12/2007).

3. Valerio ADAMI > 439 000 $ (Le Vasche Da Bagno, 1966. Versailles Encheres, 27/04/2014).

4. Bernard RANCILLAC > 383 000 $ (Melodie Sous Les Palmes, 1965. Versailles Encheres, 16/12/2012).

5. Jacques MONORY > 171 000 $ (Meurtre n°IX, Versailles Encheres, 03/07/2011).

 

Avec un sommet établi 171 000 $ après plus de 60 ans de carrière, les fictions bleues de Jacques Monory affichent une cote bien raisonnable. D’autres œuvres de beaux formats sont par ailleurs accessibles autour de 30 000 $, à l’instar de celle vendue en avril dernier chez Conan à Lyon (N.Y n° 5, 1971, le 7 avril 2018). Jacques Monory fait partie des grands artistes contemporains français discrets sur le marché mais solide quant à l’évolution de la cote. En progression de +180% depuis 2000, l’indice de ses prix est un bon indicateur de la reconnaissance que lui témoignent les collectionneurs français.

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