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Hommage au couple Becher

[20/10/2015]

 

Les Becher. Ainsi avons-nous pris l’habitude de désigner le couple de photographes qui a immortalisé les architectures industrielles, comme autant de sculptures anonymes. Les Becher ont, dans une vocation encyclopédique, renouvelé la photographie documentaire et donner une immense impulsion à la scène contemporaine allemande.

Hilla BECHER est décédée à Düsseldorf, à l’âge de 81 ans, le 10 octobre 2015, rejoignant Bernd BECHER, décédé le 22 juin 2007, à l’âge de 75 ans. Le couple (Bernd & Hilla BECHER) s’était formé en 1959 : Hilla était déjà photographe et Bernd Becher collectait déjà les images de sites industriels de sa région minière, depuis l’âge de 20 ans. La photographie d’architecture industrielle devint alors leur sujet exclusif, suivant un protocole photographique quasiment immuable pendant 50 ans.

Protocole immuable

Entre leur premier album commun, Anonyme Skulpturen (sculptures anonymes) qui paraît en 1970, et leurs dernières photographies : peu de choses ont changé. Photographie après photographie, on retrouve la neutralité du noir et blanc, le point de vue frontal, la lumière blanche naturelle, la grande qualité des détails, grâce à l’utilisation d’une chambre photographique et aux longs temps de pose. On retrouve surtout le rejet de l’anecdote, car jamais âme qui vive ne vient troubler la seule présence de l’architecture. Les sujets sont des châteaux d’eau, des tours de refroidissement, des silos, des gazomètres, des puits de mine, des hauts-fourneaux… des architectures fonctionnelles, dont l’accumulation a créé, au fil des années, des séries typologiques constituées de centaines de sites industriels. Les Becher ont mené leur travail de recensement avec une grande rigueur scientifique et une vocation encyclopédique, dont les valeurs esthétique et documentaire, artistique et patrimoniale furent rapidement reconnues sur la scène internationale. Ils obtenaient d’ailleurs, en 1990, le grand prix de la Biennale de Venise, un prix de sculpture pour leurs photographies ! Leur succès ne fut jamais démenti depuis 30 ans en Occident. Leurs œuvres, présentes dans les plus grands musées, ont largement conquis le marché américain depuis longtemps (47% de leur produit de ventes aux enchères), en plus des marchés européens (Royaume-Uni, Allemagne, France et aussi, plus sporadiquement, Espagne et Italie).

Que valent leurs œuvres aux enchères ?

La moitié de la production du couple Becher est abordable pour moins de 5 000 $ en salles de ventes, avec des tirages offset (par définition moins valorisés), mais pas seulement. Bien que chaque cliché soit pris dans une logique sérielle, des tirages argentiques solitaires circulent en effet sur le marché (souvent dans des formats 24 x 18 cm ou 56 x 43 cm) et sont accessibles dans cette gamme de prix. La multiplication renforce néanmoins l’effet et le sens… Les Becher rassemblaient d’ailleurs leurs images comme des familles, souvent sous forme de compositions de 4, 9, 15 photographies de petits formats.
Outre les tirages solitaires et les compositions, les enchères accueillent parfois des séries de photographies sur un même sujet industriel. Un bel ensemble peut atteindre un prix important. Leur record absolu récompense d’ailleurs une série de 15 photographies sur l’exploitation minière en Angleterre. Le prix de l’ensemble a flirté avec les 390 000 $, chez Christie’s Londres en octobre 2014 (Fördertürme England (English Mineheads), 1966-1968). Si la cote des Becher n’est pas très spéculative, les prix grimpent néanmoins fortement sur des pièces exceptionnelles, sur des séries complètes et historiques. On constate une forte évolution des prix dans des cas de revente. Ainsi, le prix d’une une série ancienne (1976), composée de neuf photographies de tours de refroidissement, est allègrement passé de 176 000 $ à 281 000 $ en 10 ans, à New York (Cooling Towers, vendue 176 000 $ frais inclus le 11 novembre 2004 chez Phillips de Pury & Company, puis le 12 décembre 2012 chez Sotheby’s New York).

Sur les quinze dernière années, les Becher n’ont jamais subi de désaffection de la part des amateurs d’art et de photographie. Peut-être parce que leur œuvre a profondément modifié l’histoire de la photographie contemporaine et que leur influence n’a pas fini de se distiller dans les nouvelles générations d’artistes.
Les Becher ont déjà marqué de leur empreinte toute une génération en tant qu’enseignants à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf. Ils créèrent un studio photo en 1958, puis Bernd Becher enseigna à Dusseldorf de 1976 à 1996. On retrouve parmi leurs anciens élèves les artistes allemands les plus illustres d’aujourd’hui : Gerhard RICHTER, Bernhard Johannes BLUME, Sigmar POLKE et parmi ceux qui fréquentèrent le studio de photographie, Thomas Ruff, Thomas Struth, Andreas Gursky, Candida HÖFER. Tous ont hérité de leurs prédécesseurs un certain goût pour l’objectivité et permis de relancer la photographie allemande, avec ce que l’on nomme L’Ecole allemande de photographie.

L’objectivité force aussi à constater que les cotes des anciens élèves progressent plus vite que celle des maîtres : lorsque l’indice de prix des Becher affiche une appréciation globale de 13% depuis 2000, celui de Thomas STRUTH est en hausse 67% ; celui de Thomas RUFF de 73 %, et surtout, celui d’Andreas GURSKY, l’un des photographes contemporains les plus cotés du monde, performe de 121%.

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