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Hommage à Vladimir Velickovic

[17/09/2019]

Décédé le 29 août dernier d’une crise cardiaque, Vladimir Velickovic venait de passer un nouveau cap aux enchères et préparait une grande exposition en France.

Considéré comme le plus grand peintre Serbe de notre époque, Vladimir VELICKOVIC est aussi un représentant majeur de la peinture en France. Les deux pays fondent son histoire. Vlada est en effet né à Belgrade le 11 août 1935 et a appris le français au lycée. En 1965, il obtient le prix de la Biennale de Paris qui lui permet de venir s’installer en France pour six mois. Il y passera 60 ans. Depuis l’Ambassade de France en Serbie, Nicola Radic explique : « Il était un pont entre nos deux pays [] impossible de ne pas être profondément touché par ses toiles et ses dessins, ni de confondre son talent extraordinaire avec celui d’un confrère . »

L’artiste a enseigné pendant dix-hui ans à l’Ecole Nationale supérieure des beaux-arts, à Paris (1983 à 2000) et il est devenu le premier Serbe membre de l’Institut de France. Représentant la Yougoslavie à la Biennale de Venise en 1972, Chevalier de la Légion d’Honneur, Commandeur des Arts et des Lettres, membre de l’Académie française des Beaux-Arts, élu en 2005 au fauteuil de Bernard Buffet, membre également de l’Académie serbe des sciences et des Arts, Vladimir Velickovic a été reconnu et célébré de son vivant. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde et ses toiles ornent les collections d’une centaine de musées, dont les musées royaux des beaux-arts à Bruxelles, le Centre Pompidou de Paris ou le MoMA à New York. Pourtant, les grandes exposition monographiques ne sont arrivées en France que dans les dernières années de sa grande carrière.

Le grand style et le tragique

Le grand style et le tragique, tel est le titre choisi pour la rétrospective de Vladimir Velickovic au Fonds Hélène et Edouard Leclerc (FHEL), à Landerneau dans le Finistère. L’artiste préparait cette exposition, qui ouvrira en décembre 2019, depuis deux ans. Elle se transforme, par la force des choses et avec une « infinie tristesse », en un hommage pour le « grand monsieur », confie le Fonds Leclerc. Cette importante exposition – réunissant une centaine d’oeuvres – arrive tardivement. L’artiste avait 84 ans. La seule grande exposition qui lui fut consacrée de son vivant en France remonte à 2011. Il était alors âgé de 76 ans (Les Abattoirs, Toulouse).

Le grand style et le tragique offrira une occasion unique de découvrir sa peinture dérangeante et tragique, faite de visions de carnage, de paysages désolés, de corbeaux inquiétants, de potences, de barbelés et de chiens trop maigres. Une peinture qui porte la mémoire des horreurs faites à l’homme par l’homme. Les pires souvenirs ont la vie longue. Vlada avait 10 ans à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et l’enfant a vu des choses qui l’ont marqué à vie. Ce n’est pas seulement la mémoire de la seconde Guerre qui s’est ensuite jouée dans son œuvre, mais le fardeau de tous les conflits. Velickovic a participé à cet effort que Freud nommait « le travail de culture ».

L’histoire a classé l’artiste dans le mouvement de la Figuration Narrative après sa première exposition à la galerie du Dragon à Paris en 1967. Il est vrai que l’oeuvre de Velickovic est marqué par les recherches d’Eadweard Muybridge (1830-1904) sur la décomposition photographique du mouvement, et que les autres représentants de ce mouvement se sont inspirés des images du quotidien, de la bande dessinée, du cinéma, de la publicité et de la photographie. Mais il est un véritable ovni dans ce mouvement, un peintre de l’agonie, marqué par l’iconographie chrétienne, dont l’oeuvre est parcourue de crucifixions, de passions, de descentes de croix et de gisants, autant de thèmes qui violentent le corps.

Le Marché se réveille

Vladimir Velickovic a assisté au réveil de son Marché aux enchères. Son record personnel a en effet été établi en mars dernier, soit cinq mois avant sa mort. La maison de ventes parisienne Artcurial proposait alors, dans le cadre de sa vente « Art du XXe siècle, 1950 à nos jours », une toile intitulée La Naissance (1968). Une œuvre bien loin du petit miracle joyeux d’une naissance… le moment est ici un drame cauchemardesque aux chairs sanguinolentes, au corps écartelé, au nouveau-né inquiétant à la bouche déjà remplie de dents. Estimée entre 6 000 et 8 000 €, l’oeuvre s’est littéralement envolée, partant pour 46 800 € (plus de 53 000 $). L’artiste passait alors pour la première fois les 50 000 $ aux enchères. Ses toiles ne sont pas très cotées, son travail ne séduisant qu’un cercle restreint de collectionneurs, essentiellement français.

81 % du chiffre d’affaires de l’artiste est en effet réalisé en France (sur les 20 dernières années), là ou se trouve la majorité des œuvres. Quelques œuvres circulent en Europe – notamment en Belgique, en Allemagne et en Italie – et rares sont celles dispersées jusque sur le sol américain (seulement six en 20 ans).

Malgré la notoriété mondiale de Velickovic, certaines de ses toiles étaient encore accessibles cette année autour de 5 000 $ en France, en Allemagne ou en Serbie, soit aussi chères que certains grands dessins incisifs, d’une autre efficacité que la peinture. Quelques œuvres sur papier sont encore accessibles autour de 1 000 $… un prix particulièrement bas pour ce virtuose du dessin, ayant appris essentiellement seul, en reproduisant des photos ou des images tirées d’ouvrages issus de la bibliothèque familiale. Cette passion du dessin a nourri sa peinture. C’est un pan essentiel de l’oeuvre à propos duquel il confiait : « par le dessin on peut communiquer absolument tout : la joie, la tristesse, le drame, le passé, le futur, la vie, la mort. Prouver que le dessin est avant tout portrait de soi-même, qu’il est capable de montrer beaucoup et de cacher très peu » (1983).

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