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Gérard Garouste : la peinture, entre folie et quête de connaissance

[28/06/2010]

 

Gérard GAROUSTE fait partie des artistes qui s’expriment par la peinture en dépit des modes ou des tendances intellectuelles du moment.

Dès les années 70, alors que l’art conceptuel tord le cou à la peinture figurative, il met ses pinceaux au service d’une mythologie personnelle et se replonge dans les textes fondateurs. Quand les artistes cherchent à rompre avec le passé, le peintre Garouste entreprend l’exégèse de la Bible et apprend l’hébreu pour mieux lire la Torah. En constante quête de vérité, il se méfie des traductions et cherche la source originelle des textes fondateurs, se plonge autant dans la Bible que dans Cervantès et Dante.

Ses sources érudites jalonnent les toiles de symboles et d’allégories, associées à son autoportrait, aux figures de ses proches (sa femme Elizabeth, son fils Guillaume ou son ami Philippe STARCK) et à son chaos intérieur.
Derrière l’appât rétinien de ses œuvres s’ouvre ainsi un jeu d’interprétation complexe au seuil des portes de la folie. Or, si l’on en croit la grande artiste Louise BOURGEOIS, décédée le 31 mai dernier, l’art permet d’apprivoiser ses démons en apprenant à les connaître. La création garantie la santé mentale en permettant d’affronter le réel selon Louise Bourgeois, contrairement au délire qui est une fuite. Gérard Garouste a fui malgré lui, pendant plusieurs années, hanté par des secrets familiaux dévastant sa raison. Il livre d’ailleurs son chemin de vie chaotique, troublé par de grandes périodes maniaco-dépressives dans un livre autobiographique intitulé L’Intranquille. Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou. Pendant dix ans, l’artiste est resté sans peindre, rongé par ses troubles. Sa cote a pâti d’une intranquilité nuisible à sa production. Lorsqu’il rencontre le grand marchand d’art Leo Castelli en 1983, un avenir prometteur se dessine Outre-Atlantique. Or, les toiles se font attendre de l’autre côté de la Manche et bien que le réseau de Castelli donna une impulsion internationale à l’artiste, la pénurie de toiles enraya une véritable percée aux Etats-Unis. Aujourd’hui, son marché est quasi exclusivement français.

Bien que considéré comme l’un des meilleurs peintres de la scène contemporaine française et malgré sa collaboration avec Castelli, aucune œuvre ne s’est encore vendue dans une salle new-yorkaise et seules trois toiles ont rencontré leur public à Londres, entre 1995 et 2000 (pour des adjudications comprises entre 17 000 et 26 000 €). L’enchère record de Garouste est donc loin, très loin de ses confrères étrangers. Elle culmine à 59 000 € pour un grand autoportrait de 1984 intitulé L’homme à la veste verte, dispersé chez Cornette de Saint-Cyr en octobre 2003. D’autres peintres figuratifs de sa génération affichent des cotes beaucoup plus fortes grâce à une demande réellement internationale. Le Français Robert COMBAS culmine par exemple à 85 000 € pour Les amoureux des bancs publics, toile vendue en avril dernier chez Pierre Bergé & Associés (Bruxelles), le Français d’adoption YAN Pei-Ming a dépassé le million d’euros en juin 2008 chez Christie’s Londres (profitant de l’inflation de l’art contemporain chinois, son Pape atteignait 880 000 £). L’artiste belge Luc TUYMANS détient aussi une enchère millionnaire pour une peinture intitulée Sculpture. Ce record fut frappé à New-York (11 mai 2005, Christie’s), tout comme celui de Martin KIPPENBERGER, Allemand né en 1953, dont un autoportrait sans titre fut cédé plus de 2,6 m€ le 12 mai 2009 chez Sotheby’s. A Londres, l’artiste sud-africaine Marlene DUMAS affiche un record de 2,3 m€ (The Teacher (sub a), Christie’s, 9 février 2005) et l’Anglo-Saxon Peter DOIG détient un record équivalent à 7,7 m€ depuis février 2007 (White Canoe, Sotheby’s, Londres).

A l’heure où la peinture à la cote, la confidentialité de Gérard Garouste est donc une aubaine pour les collectionneurs d’art au budget serré. Il est en effet possible d’acquérir en salles des ventes un travail à l’huile pour moins de 10 000 € (Composition, adjugée 9 000 € le 3 juin dernier chez Sotheby’s Paris), un dessin gouaché pour moins de 5 000 € (Deux personnages, 3 200€, Cornette de Saint-Cyr, 06/04/2008) ou une sculpture en bronze entre 6 000 et 10 000 €. L’artiste, qui s’exprime surtout sur de grands formats, s’exerce aussi à l’eau forte et des feuilles d’un mètre s’échangent entre 250 et 500 € en moyenne.

Il exposait récemment à la Villa Médicis à Rome pour une grande rétrospective (Le Classique et l’Indien, 14 octobre-3 janvier 2010). Hormis ce dernier événement, aucune exposition monographique ne lui a été ouverte à l’étranger depuis plus de 10 ans. Ses œuvres enrichissent pourtant les collections de plusieurs musées en France (notamment le Centre Pompidou de Paris) et à l’étranger avec quelques toiles dans des musées au Japon, aux Pays-Bas, au Portugal, en Italie, en Hongrie, en Allemagne et au fameux musée d’art moderne (MoMA) de New-York.

A 64 ans, les chimères mentales de Garouste se trouvent apaisées. L’artiste souhaite s’autoriser plus de légèreté et produire une peinture plus gaie. Une nouvelle phase créative est en germe.

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