Salon Galeristes, ASIA NOW : La résistance !

[20/10/2020]

A l’heure où tous les grands rendez-vous artistiques parisiens sont annulés de manière précipitée (la Fiac, Paris photo ou encore Art & Musée) d’autres salons comme Galeristes ou Asia Now ont confirmé leur tenue, soulignant la rareté des événements maintenus en cette période si particulière.

Salon Galeristes 2020

La 5e édition de Galeristes – qui se tient du 23 au 25 octobre – célèbre ses 5 ans sous la halle du Carreau du Temple, parmi ses 40 galeries exposantes dont 12 nouvelles et 16 solo show. Le comité de sélection, constitué de collectionneurs, a donc pour vocation de révéler des talents du métier, autour d’une question cardinale : l’accompagnement. Le salon veut entretenir et faire grandir la communauté des amateurs d’Art contemporain, selon les mots de Stéphane Corréard, fondateur du salon. « Galeristes poursuit une triple ambition : favoriser de véritables rencontres entre galeristes et collectionneurs, permettre à ces relations de se consolider dans le temps, initier de nouveaux collectionneurs. » C’est avec cette excitante feuille de route que Léopold Legros et Tancrède Hertzog installent leur stand. La jeune Galerie T&L a été fondée en 2015 à Paris sur le format original et dynamique d’une galerie itinérante, elle présente dans des lieux atypiques des oeuvres de l’Art Moderne d’Après-Guerre à la création émergente.

L’oeil du galeriste : Léopold Legros, Galerie T&L (http://www.tl-galerie.com)

portrait galerie T&LTancrède Hertzog & Léopold Legros. Courtesy Galerie T&L

Quelle signification particulière apportez-vous à votre 1e participation à Galeristes  ?

A l’heure où la plupart des grandes foires d’art internationales sont annulées ou bien réinventées online, ce salon fait figure de résistant. La circulation mondialisée des biens et des personnes et le tout virtuel montre ses limites. Le modèle de Galeristes d’un salon permettant de fédérer et d’animer une communauté de passionnés, prend plus que jamais tout son sens. Galeristes répond aux défis du monde de demain, à cette intensification des échanges locaux indispensable au renforcement des liens de proximité qui permettent de dépasser les difficultés actuelles. Nous nous inscrivons totalement dans cette idée avec notre galerie itinérante, qui permet d’aller à la rencontre du public et de remettre le lien physique au coeur de notre métier. Sur ce salon, nous parlons le même langage, celui de la passion, et nous rencontrons tous les mêmes difficultés, Stéphane Corréard étant lui-même galeriste.

Quelle est la température de la demande aujourd’hui et dans ce contexte ?

Il semble évident que dans une situation où les déplacements internationaux sont compliqués, les professionnels du marché de l’art sont dans l’obligation de redimensionner leur offre, et c’est sûrement une bonne chose ! Cela n’aurait pas de sens de présenter des pièces de très haut niveau pour qu’elles restent invendues, en revanche, nous sentons que la demande locale et régionale est bien présente. Il est certain que les achats spéculatifs sont amenés à se contracter, mais les collectionneurs passionnés, eux, sont toujours là. L’édition 2020 du salon se veut donc plus que jamais « Made in France » et centrée vers la création hexagonale, précieuse non seulement aux yeux de Stéphane Corréard mais également cruciale à soutenir dans notre contexte économique actuel.

Votre solo show met en lumière une figure de l’art du XXe siècle ?

Effectivement, nous sommes probablement les plus jeunes galeristes du salon mais nous présentons l’artiste le plus ancien : Stanley William HAYTER (1901-1988) est un peintre et graveur britannique qui compte parmi les principaux représentants du mouvement surréaliste. C’est surtout l’un des plus grands maîtres de la gravure au XXe siècle. Son travail a été décisif dans le renouveau de cet art, notamment dans ses recherches sur la gravure en couleur. Au fil des ans, son atelier du 17 rue Campagne-Première est assidûment fréquenté par Pablo PICASSO, Salvador DALI, Raoul UBAC ou encore Maria Elena VIEIRA DA SILVA. En 1933, il devient membre du groupe surréaliste, dont il était déjà très proche. Au début de la Seconde Guerre, il quitte Paris pour Londres puis New York, où il recrée l’Atelier 17, qui attire les jeunes artistes américains d’avant-garde. Il se lie alors avec Mark ROTHKO, Roberto MATTA ou Jean-Paul RIOPELLE. Son art exerce une influence certaine sur la naissance de l’expressionnisme abstrait américain. Jackson POLLOCK (1912-1956) cite Hayter comme son seul maître aux côtés de Benton et il imprime ses seules gravures à l’Atelier 17 auprès du maître. Rentré en France en 1950, S. W. Hayter évolue alors vers une abstraction presque cinétique : ses peintures sont désormais des réseaux d’ondes parallèles se propageant sur la toile dans des harmonies bichromes de couleurs vivaces. En 1958, il représente le Royaume-Uni à la Biennale de Venise.  A sa mort à Paris, en 1988, le British Museum fait l’acquisition de la totalité de son oeuvre gravé. Pour nous galeristes, présenter un artiste si important au regard de l’histoire de l’art mais relativement méconnu en France est pertinent, dans notre volonté de faire se rencontrer un artiste et son public.

ASIA NOW

La 6eme édition d’Asia Now est maintenue et bénéficie d’une mise en lumière particulière du fait de l’annulation de bon nombre d’événements majeurs à Paris. Devenue une référence en la matière, cette foire dédiée à l’art contemporain asiatique résiste grâce à sa taille humaine. Cette nouvelle édition offre deux formats : la foire physique qui se déroulera jusqu’au 24 octobre et l’exposition en ligne qui se poursuivra jusqu’au 7 novembre. Parmi les 33 galeries (contre 43 l’an dernier) qui ont répondu présent, plusieurs sont d’emblée implantées en Asie comme les galeries Almine Reich et Magda Danysz à Shanghai. D’autres sont à l’inverse des français implantés en Asie comme HdM Gallery basée à Beijing et Hangzhou. Perrotin, Templon ou encore Jeanne Bucher Jaeger entre autre participent pour la première fois. Etre au plus prêt de la création contemporaine asiatique et connecter les collectionneurs européens à ces artistes de premier plan originaires de Chine, d’Asie du Sud-Est, d’Asie Centrale, de Corée et du Japon, telle est la volonté de cette foire.

Nathalie Obadia.

Nathalie Obadia. Crédit photo ©Luc Castel, Courtesy de la Galerie Nathalie Obadia Paris- Bruxelles, 2019

Présente à la FIAC depuis 15 ans, la galerie Nathalie Obadia fait partie de ces nouvelles galeries internationales à se rallier à Asia Now.

Pour sa première participation, elle présente six artistes issus de la région asiatique au sens large, de la Chine à l’Iran mais aussi des artistes nés en Asie et vivant à l’étranger comme Rina BANERJEE (1963) née à Calcutta et immigrée enfant aux États Unis. Son œuvre riche et protéiforme aux titres métaphoriques explore le rôle des cultures, des mythologies, des contes populaires dans le contexte de la mondialisation. L’ensemble des œuvres sélectionnées figurent parmi les plus importantes récemment conçues. Il faut compter entre 5000€ et 100 000€ pour les œuvres présentées sur le stand qui comprendra également des pièces de NI Youyu, Cheo LU, Shahpour POUYAN (1979) et Hoda Kashiha.

Rina Banerjee « In noiseless soils underground, a distanced poor from below touch fine air rooted in piles upon piles weeded and watered to then have no light shared » Courtesy de l’artiste et de la Galerie Nathalie Obadia Paris/ Bruxelles

Un format qui se veut rassurant avec des galeries établies cotoyant d’autres plus jeunes, ainsi que de nombreux solo show. Et parmi les points fort de cette édition, une programmation hors les murs au Musée Guimet et au Musée Cernuschi.