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Fred Deux, l’exigence du dessin

[22/09/2015]

 

L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a fait pour lui ; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle
Jean Dubuffet issue de Prospectus et tous écrits suivants (1967-1995)

Fred DEUX nous a quitté le 9 septembre 2015, à l’âge de 91 ans. Sa vie consacrée au dessin fut marquée par les rencontres et les influences d’André Breton, de Paul Klee, de Max Ernst et de Hans Bellmer. L’exigence de son aventure artistique et littéraire l’a voué a une introspection à l’écart des turbulences de l’actualité artistique et du marché de l’art. De fait, cette œuvre d’une grande intensité psychique est aujourd’hui encore sous-cotée.

Tour à tour électricien, libraire, surréaliste, tuberculeux, écrivain, dessinateur, Fred Deux pourrait être situé entre l’Art Brut, en tant qu’il n’opère pas selon les règles de l’art, et Henri Michaux.
Né à Boulogne Billancourt en 1924 dans une famille d’ouvriers, il vit dans la cave d’un immeuble bourgeois, parfois inondée et infestée de rats. Ces conditions de vie auront des répercutions sur sa santé (tuberculose). Electricien d’entretien de nuit en 1939, il intègre le groupe FTP de résistance de l’usine en 1943. C’est son premier geste de refus. En 1944, il s’engage dans les goums marocains, contre la fatalité familiale du retour à l’usine (campagne des Vosges, d’Alsace et d’Allemagne). Puis, refusant de servir la politique coloniale d’après-guerre, il obtient d’être réformé en 1948 et s’installe à Marseille.
C’est là, à Marseille, qu’il découvre la littérature : son emploie dans une librairie le révélant meilleur lecteur que vendeur. Il découvre alors Blaise Cendrars, André Breton et Le Manifeste du Surréalisme, Aragon, Bataille, Péret. Il a aussi une véritable révélation en découvrant l’oeuvre de Paul Klee dans un catalogue du MoMA. Fred Deux réalise alors ses premières taches avec de la peinture pour bicyclette, privilégiant le geste spontané, « tellement vrai ». Il commence aussi à prendre des notes pour ce qui deviendra Les rats, première version de La Gana. Ses œuvres de la première heure (1949-1958) sont parfois surnommées les « kleepathologies » en référence à l’influence de Klee.

En 1951, il est remarqué par Jean Cassou, alors directeur du Musée National d’Art Moderne. Il fait également la connaissance d’André Breton, devient membre du groupe Surréaliste et rencontre Cécile Reims qui deviendra sa compagne et son graveur. Soucieux de conserver son indépendance et sa liberté créatrice, il s’écarte du groupe surréaliste en 1954. En 1958, son roman autobiographique intitulé La Gana paraît chez René Julliard, sous le pseudonyme de Jean Douassot (la dualité Douassot-Fred Deux exprimant par ailleurs sa double vocation écriture-dessin). L’ouvrage a obtenu le prestigieux Prix de Mai, marquant le début de sa notoriété. Plusieurs écrits suivront, dont : Sens inverse (1963), La Perruque (1969) et Nœud coulant (1971).

Le dessin vs le monde de l’art

Artiste confidentiel absorbé dans le silence d’une vie consacrée au dessin, Fred Deux est resté dans l’ombre du marché international. Si de nombreux amateurs d’art français collectionnent passionnément ses oeuvres (le marché français représente 97% de son chiffre d’affaires), celles-ci n’ont jamais fait l’objet de spéculation. Cette vie d’artiste reclus lui vaut d’être aujourd’hui plus abordable qu’il ne devrait l’être. En témoigne son sommet en salles de ventes, qui ne dépasse pas les 14 000 € au marteau (le record est tenu par un lot de trois dessins : L’être en vie, l’envie d’être, 103 x 64 cm, 1991/93, vendu chez Lombrail Teucquam en avril 2008), alors que le plus cher dessin de son ami Hans BELLMER a passé les 158 000 € en salle (Hans Bellmer, Céphalopode, 49,5 x 46,5 cm, c.1939, Christie’s Londres, février 2002). Le gap immense entre ces deux artistes majeurs tient au manque de rayonnement international du premier. Si le marché français le soutient de plus en plus fermement – il affiche une cote en hausse de 371% depuis 2000, dont 28% depuis un an et demi – Fred Deux reste une signature a redécouvrir sur le marché, un dessinateur et écrivain « culte » mais discret.

Ses dessins ont fait l’objet de nombreuses expositions, notamment au Musée Cantini de Marseille en 1989, au Musée national d’art moderne-Centre Pompidou (1980, 2004), à la Halle St Pierre en 2008, au Musée de Carcassonne en 2011 et à la Bibliothèque Nationale de Paris. Plusieurs grandes institutions, dont le Musée National d’Art Moderne, la Bibliothèque nationale, le Musée Cantini ou le Musée de l’Hospice Saint-Roch (Issoudun) possèdent des ensembles importants de ses œuvres. Le musée d’Issoudun possède le fonds le plus important d’oeuvres de Fred Deux, comprenant notamment près de deux cents dessins et trois cents gravures.

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