Pour accéder à toutes les fonctionnalités de ce site, vous devez activer les cookies.

Focus sur Oskar Kokoschka

[07/05/2019]

Grand défenseur de l’expressionnisme, Oskar Kokoschka fut un artiste dense et complexe. Peintre bien sûr mais aussi graveur, auteur et décorateur de théâtre. Son Œuvre essentiel revient sur le devant de la scène.

 

Tout commence à Vienne au début du XXe siècle. Le jeune Oskar KOKOSCHKA fait ses armes à l’École des arts et métiers qu’il intègre en 1904, à l’âge de 18 ans. Vienne à cette époque est le terreau de bien des révolutions de l’art et de la pensée : Schönberg élabore son système dodécaphonique, Freud la psychanalyse, Klimt accomplit ses meilleures oeuvres. Le jeune Kokoschka, lui, est happé par la peinture à l’huile, l’exercice de la lithographie et l’écriture dramaturgique. Il veut exprimer à tout prix. Une détermination dont il témoignera plus tard par ces mots : « Je pense que je suis le seul véritable expressionniste (…) Je ne suis pas expressionniste parce que l’expressionnisme est un des mouvements de la peinture moderne. Je n’ai pris part à aucun mouvement. Je suis expressionniste parce que je ne sais pas faire autre chose qu’exprimer la vie… La quatrième dimension dans mes toiles est une projection de moi-même. »

Cette expressivité intérieure, l’artiste la traduit d’abord par la réalisation de portraits, un genre initié en 1908 qui le suivra toute sa vie. Encouragé par les uns (notamment par l’architecte Adolf Loos qui n’aura de cesse de le défendre), il est vivement attaqués par les autres. Certains tentent de le faire renvoyer de l’école et, lorsqu’il expose avec la Sécession viennoise en 1908, ses détracteurs qualifient sa salle de « cabinet des horreurs ». Couleurs fortes, fonds abstraits, lignes aiguës… l’artiste se moque des conventions quitte à maltraiter les formes. Sa vision de l’art est plus haute. Cherchant à rendre la substance derrière le visible, l’intangible sous le tangible, son art produira bien d’autres scandales.

Arrive la première guerre Mondiale. Kokoschka est grièvement blessé sur le front ukrainien. Après elle, il ne supportera plus, un temps, la présence d’autres humains. Il se retire dans les montagnes. En 1919, un poste de professeur obtenu à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde marque le début de la reconnaissance. Bientôt les voyages… Nombreux. Europe, Asie Mineure et Afrique du Nord avant que ne monte les grondements du nazisme. Il fera partie, bien sûr, des artistes qualifiés de « dégénérés » lors de la tristement célèbre exposition de 1937. Il lui faudra fuir. Ce sera Londres, puis la Suisse où il s’éteint en 1980.

Si l’artiste est allé de Vienne à la Suisse de son vivant, un voyage contraire s’opère actuellement. Celle d’une rétrospective majeure commencée au Kunsthaus de Zurich (décembre 2018-mars 2019), qui se poursuit au Musée Leopold à Vienne jusqu’au 8 juillet 2019. L’évènement est important : fruit d’une collaboration étroite avec la Fondation Oskar Kokoschka à Vevey et le Centre de recherches Oskar Kokoschka à Vienne, il retrace toutes les périodes de création du peintre avec près de 250 œuvres et documents. Remis à l’honneur par une telle actualité muséale, l’artiste bénéficie d’un regain d’intérêt sur le marché des enchères comme l’indique la récente vente de son portrait de Monsieur Montesquiou-Fezensac.

Portrait d’un record

Joseph de Montesquiou-Fezensac rencontre le jeune Oskar Kokoschka en janvier 1910 au sanatorium du Mont Blanc à Leysin en Suisse. Oskar le peindra lui et son épouse. Sur la toile, rien ne vient détourner le regard de la figure, le fond est neutre, le costume simple, aucun attribut pour donner un indice sur le statut de ses modèles. Kokoschka ne peint pas des personnalités portant des masques sociaux, il veut faire surgir le caractère profond de l’âme. Sa gestuelle aussi, lui qui avait un don pour le dessin et travaillait ses toiles directement à la main, du bout des ongles pour ourler une veste ou marquer les contours d’un bustier. Quelques mois plus tard, il présente sa première exposition personnelle à la galerie Cassirer de Berlin. Sur les 27 toiles du catalogue, la plupart avaient été réalisées en moins d’un an. Le portrait de Joseph de Montesquiou-Fesenzac fut alors acheté par le marchand Alfred Flechteim.

Forcé de quitter Düsseldorf en 1933 en raison de ses origines juives, le galeriste laissa ses affaires à son assistant Alex Vömel, qui s’empressa d’adhérer au parti nazi et d’aryaniser la superbe collection de son ancien employeur. Il vendit le portrait au Nationalmuseum de Suède en 1934. Passée dans les collections du Moderna Museet de Stockholm, l’oeuvre a été restituée il y a quelques mois à Michael Hulton, l’héritier de Flechtheim avant de passer sous le feu des enchères, le 12 novembre 2018, chez Sotheby’s à New York. Le portrait de Joseph de Montesquiou-Fezensac a emporté tous les suffrages lors de cette vacation, dépassant même légèrement son estimation haute de 20m$ (vendu 20,4m$ frais acheteurs inclus). Ce record absolu résonne comme un hommage posthume. Un record d’autant plus symbolique que le précédent sommet de Kokoschka culminait à 4m$ seulement avec Orpheus und Eurydike, une toile vendue en 2017, également par Sotheby’s.

Le temps de la revalorisation a donc sonné, le marché attendait une œuvre aussi importante que ce portrait de M. Montesquiou-Fezensac pour montrer son soutien à l’artiste. Un si beau résultat permet à Kokoschka d’apparaître en bonne place dans les récents classements mondiaux, devant Hans Arp et Robert Motherwell, avec un produit de ventes annuel jamais atteint auparavant…

 

 

 

 

En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence Pour en savoir plus, Charte de confidentialité et de protection des données personnelles OK