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Focus sur Francis Picabia

[27/11/2018]

Énigmatique, contradictoire, inclassable, l’oeuvre de Picabia a répondu au besoin de renouvellement du début du XXème siècle, notamment à travers l’élan Dada. Artiste essentiel sur le marché occidental, il échappe à toute flambée de prix et ses prix progressent sereinement.

«Funny Guy»

Né à Paris en 1879, Francis PICABIA aurait commencé sa carrière en copiant avec application les œuvres que possédait son père (notamment des toiles de Ziem, Checa…). Il précise avoir « vendu les tableaux originaux et les avoir remplacés par les copies. » « Personne ne s’en étant aperçu, je me suis découvert une vocation. » Véridique ou pas, l’anecdote dévoile la part facétieuse et provocatrice de l’artiste ! A l’heure de cette déclaration prétendument initiatique sur sa vocation de peintre, nous sommes en 1923. L’esprit Dada souffle encore sur la scène artistique parisienne. Derrière l’onomatopée enfantine de « Dada » se cache un état d’esprit, une volonté de remettre la vie au cœur de l’art en faisant table rase du passé. Le mot d’ordre de Marcel DUCHAMP, grand catalyseur de Dada, est de rompre avec les conventions de la façon la plus irrévérencieuse possible, d’en finir avec le mythe de l’artiste créateur et de prendre conscience que « c’est le regardeur qui fait le tableau ». Duchamp, comme Man Ray, eut une influence considérable sur la carrière de Picabia. Une amitié profonde lie ces trois monstres sacrés de l’art, ainsi qu’un goût commun pour les jeux de mots et de l’esprit.

Un art de la rupture loué à New York

Avant son aventure au cœur de l’avant-garde, Picabia eut une approche sensible voire émotionnelle de la peinture. Jeune, il découvrait Alfred Sisley et Pissarro, réalisant des centaines de toiles impressionnistes dans leur sillage, des toiles que l’on trouve assez régulièrement sur le marché, surtout à Londres et à Paris. Ces œuvres d’un impressionnisme tardif sont beaucoup moins cotées que les œuvres de pleine période Dada qui font la sève de la signature Picabia. La cote de Picabia ressemble au personnage : elle n’est pas lisse. D’importantes différences de prix soulignent la diversité des styles qu’il a adopté au cours de sa vie.

La vie artistique de Picabia n’a rien d’un long fleuve tranquille. Sans cesse, il cherche le renouvellement si ce n’est la rupture. Impressionnisme, fauvisme, cubisme, orphisme, membre de la section d’Or, chevalier Dada, velléités surréalistes avec ses Transparences, figuration réaliste dans les années de guerre, auteur de scandales écrits et dessinés, abstraction avec laquelle il renoue dans les dernières années… Il voyage aussi beaucoup, notamment à New York. Son énergie et sa force de renouvellement séduisent les américains dans les années 1910, avant de conquérir les français. Picabia fut en effet précocement célébré par les acteurs culturels new-yorkais en tant que porte-parole de l’avant-garde européenne. Un siècle plus tard, l’oeuvre de Picabia fait toujours sensation à New York. Une passionnante rétrospective lui était d’ailleurs consacrée au MoMA il y a deux ans (novembre 2016-mars 2017) avec des oeuvres provenant majoritairement de collections américaines.

Picabia eut plus de difficulté à percer le marché français… Trop déstabilisant ! En 1921, le jury du Salon des Indépendants refuse d’exposer L’œil cacodylate, un condensé de signatures et de commentaires apposés sur la toile. A la critique selon laquelle ce tableau n’en est pas un, Picabia rétorque « mon tableau qui est encadré, fait pour être accroché au mur et regardé, ne peut être qu’un tableau». Si L’œil cacodylate n’a pas convaincu d’emblée, il se trouve aujourd’hui accroché à un bien prestigieux mur, dans les collections permanentes du Centre Pompidou…

Aujourd’hui, Paris dispute à New York les meilleures oeuvres et les américains gagnent du terrain. En 2000, les deux places de marché se tenaient au coude à coude, puis la part de marché française est passée de 30 à 20 % au bénéfice des États-Unis. Si New York est considérée comme plus attractive pour les œuvres « haut de gamme » (les plus chères), le marché français est plus intéressant en terme d’offre. Plus de la moitié des œuvres de Picabia vendues chaque année le sont en France. Plus courant que les toiles sur ce marché, les dessins peuvent constituer une belle entrée en matière pour un jeune collectionneur, avec des feuilles originales accessibles pour moins de 3 000 $. D’autres s’envolent à plus de 20 000 $, voire à plus de 100 000 $, si le sujet est un portrait d’Espagnole ou une Transparence. L’œuvre protéiforme de Picabia poursuit son chemin sur le marché international, avec une évolution des prix sans accrocs et une hausse de +393 % enregistrée entre 2000 et 2018.

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