Focus sur Cy Gavin

[20/07/2021]

Cy GAVIN (né en 1985) est originaire de Pennsylvanie, au sud de Pittsburgh. Tout jeune, il se passionne pour l’art, arpentant les salles du Carnegie Museum of Art auxquelles il accède en douce depuis un passage par la bibliothèque puis par les sous-sols du musée, n’ayant pas les moyens de payer les 13$ du billet d’entrée. Le choix vers des études artistiques coule de source… Cy obtient un premier diplôme à l’Université Carnegie Mellon en 2007 (San Francisco), puis prend la direction de New York afin de poursuivre sa formation au département des Beaux-Arts de la prestigieuse université Columbia, dont il sort diplômé en 2016.

À Columbia, le jeune homme se démarque en ouvrant une galerie secrète dans un bâtiment abandonné appartenant à l’Université : un ancien vestiaire et une douche repeints en blanc sont transformés en espace d’exposition. Les expositions sauvages qu’il organise lui valent certes quelques ennuis avec l’administration de l’école mais elles témoignent surtout d’une détermination, d’une audace et d’un talent d’emblée repérés par une galerie new-yorkaise…

L’étoile montante

Sous le titre Fugue States, la première exposition de Gavin ouvre à Revision Space (Cindy Lisica Gallery) en février 2014. Elle est suivie d’une exposition personnelle à New York (Overture), chez Sargent’s Daughters sur Broadway. Douze peintures y sont présentées. Des toiles explorant l’enfance de l’artiste, en particulier la relation avec son père originaire des Bermudes. Les critiques sont d’emblée positives, notamment celle de Martha Schwendener pour le New York Times. Au-delà d’une considération “accrocheuse” sur son travail, la critique d’art convoque les plus grands artistes de l’histoire dans son article : Francis BACON, Paul GAUGUIN ou encore Paul CÉZANNE.

L’année suivante, les sœurs Daughters surfent sur le succès du jeune prodige en lui consacrant une deuxième exposition personnelle avec des peintures plus nombreuses et des œuvres vidéo. Gavin a passé l’année précédente aux Bermudes où il a mené des recherches sur sa généalogie, tout en se plongeant dans l’histoire complexe de cette île qui fut aux premières loges de la traite transatlantique des esclaves avant de devenir une île rêvée pour les riches touristes américains. Le titre de cette deuxième exposition – At Heaven’s Command – est d’ailleurs tiré de l’hymne britannique « Rule, Britannia », écrit pendant la période esclavagiste des Bermudes.

“C’est en intégrant les catalogues de ventes new-yorkaises que Gavin rencontre véritablement son public.”

Très vite, l’étrange atmosphère de ses œuvres intéresse un grand couple de collectionneurs américains, Don et Mera Rubell qui l’exposent en 2017 après l’avoir accueilli six mois en résidence au sein de leur Fondation à Miami (exposition High Anxiety: New Acquisitions). L’artiste prend ensuite la direction de Paris : invité par la VNH Gallery, il expose au cœur du Marais dans les anciens locaux de la mythique galerie Yvon Lambert. New York, Miami, Paris… A 33 ans, Cy Gawin a déjà fait le tour des grandes places de marché occidentales. Il ne lui manquait plus que le soutien d’une solide galerie. Ce sera chose faite en 2019 avec un solo show chez Gavin Brown’s enterprise (3 mars – 14 avril), une importante galerie new-yorkaise travaillant notamment Urs Fischer, Peter Doig et Alex Katz.

Gavin à quel prix ?

C’est à ce moment – peu après l’exposition chez Gavin Brown’s enterprise – que son travail apparaît aux enchères. Le premier coup de marteau est frappé en octobre 2019 chez Sotheby’s Londres, avec une étude de vague vendue dans son estimation, pour 15 000 $. Mais c’est en intégrant les catalogues de ventes new-yorkaises que Gavin rencontre véritablement son public : en novembre 2019, Sotheby’s vend une grande toile au double de l’estimation (47 500 $ pour Marsden Cemetery ar Tucker’s Point) puis, en octobre 2020, Christie’s cède, pour 62 500 $, un étonnant portrait du père, exposé cinq ans plus tôt chez les Sargent’s Daughters (Portrait of My Father).

À travers cet hommage au père décédé que la peinture emporte sur une vague des Bermudes, Cy Gavin manifeste son histoire et son style unique tandis que sa signature éclos dans les catalogues des grandes ventes américaines, auprès d’artistes tels que Yoshitomo NARA, Matthew WONG ou encore Andy WARHOL. Bientôt, peut-être, les côtoiera-t-il sur les cimaises des musées ?

Article Artprice paru dans Diptyk Magazine