FIAC 2005 : le marché de l’art contemporain en France

[28/09/2005]

 

Du 6 au 10 octobre, Paris va vivre au rythme de l’art contemporain autour de la 32ème édition de la FIAC. 227 galeries, dont 99 françaises, seront rassemblées Porte de Versailles. En parallèle certaines maisons de ventes parisiennes présentent de très belles sélections d’art contemporain. Au lendemain du vernissage de la Fiac, Sotheby’s proposera une partie de la collection de la galerie Durand-Dessert . Le 8 octobre, Cornette de Saint-Cyr dispersera un large ensemble de 179 œuvres, dont un important ensemble provenant de la Collection de la Fondation Veranneman.
Le points d’orgues de ces ventes sont souvent tenus par les artistes issus du Nouveau Réalisme. Le lot phare dans le domaine chez Cornette de Saint-Cyr revient à Niki DE SAINT-PHALLE. Le Poète et sa muse, une sculpture en résine peinte de 3,4 mètres de haut est estimée 280 000 – 350 000 €. Actuellement, le record actuel de l’artiste est détenu par une autre œuvre monumentale : provenant de la collection Nahon, La Danseuse Rose (1968), estimée 200 000 – 300 000 euros, a été arrachée 360 000 euros en juillet 2004. Mais l’œuvre du Nouveau Réalisme la plus chère revient à William KLEIN. Avec ses monochromes, il est en mesure de dépasser le seuil du million d’euros dès qu’une pièce importante se présente. Son RE1 lui a permis d’atteindre 6,1 millions de dollars en novembre 2000 chez Christie’s New York. C’est actuellement la pièce d’art contemporain français la plus chère du marché. D’une manière plus générale, les artistes du Nouveau Réalisme sont souvent ceux qui décrochent les plus fortes enchères au cours des ventes d’art contemporain parisienne.

Le Nouveau Réalisme s’articule dès 1960 autour d’une déclaration signée au domicile d´Yves KLEIN et rédigée par le critique Pierre Restany. Elle propose une vision alternative de la réalité : récupérer des matériaux pour en exprimer le signifiant. Les artistes détournent les objets : CÉSAR les compresse, Fernandez ARMAN les casse, Daniel SPOERRI les met sous verre, Jean TINGUELY les articule, Yves KLEIN les colore… La sculpture, matériau coûteux par nature, y tient une place de choix. La plupart d’entre eux s’exporte bien ; soit pour y avoir vécu, y avoir lié amitié avec des pop américains de renom ou pour y être soutenu par d’importantes galeries new-yorkaises. Appuyées par une demande internationale, leurs cotes sont bien plus élevées que celles d’artistes affiliés à la Figuration Libre, l’Art Cinétique, à l’Art Brut, où la Figuration Libre. Depuis le Nouveau Réalisme, rares sont les artistes nationaux qui parviennent à trouver le soutien du marché anglo-saxons.

Mais le constat est encore plus frappant lorsque l’on observe les cotes des plus jeunes générations d’artistes aux enchères. Aux Etats-Unis, les œuvres d’art produites par des artistes nés après 1960 se négocient en moyenne 58 607 €. En France, le prix moyen des œuvres de la nouvelle génération de plasticiens n’est que de 3 023 € ! En tout, seuls 3 artistes nationaux de moins de 45 ans ont réussi à placer des enchères au delà de 15 000 € en France au cours des douze derniers mois ! A titre comparatif, sur la même période, au Royaume-Uni, 19 artistes anglais de la même génération ont dépassé ce seuil. Le plus coté de tous, Damien HIRST, a même trouvé un acheteur à 1,1 million de £ pour une de ses installation intitulée «The fragile Truth».

De la génération montante, seule une poignée d’artistes français parvient à décrocher des cotes dignes de leur confrères internationaux. Parmi ceux qui ont une réputation internationale suffisamment assise pour se hisser au-delà de 15 000 €, on retrouve Bernard FRIZE, qui grâce au soutient de galeries internationales comme Ikon Gallery, Monika Reitz, ou la Frith Street Gallery, s’est trouvé des débouchés dans les salles anglo-saxonnes. En un an, sur 9 œuvres présentées en vente publiques, deux seulement l’ont été en France. La dernière de ses toiles vendue à Londres, une œuvre de 2002 intitulée « Bruchure» a trouvé preneur à 18 000 £ chez Christie’s. Le photographe Jean-Marc BUSTAMANTE est lui aussi familier des plus prestigieuses ventes des auctioneers internationaux. Bien plus souvent exposé à l’international qu’en France, les quelques pièces proposées à Paris ne trouvent pas toujours preneur. Ainsi, en juin dernier, « Tableau (T52-81) », une imposante photo couleurs de 1981 estimée 12 000 – 15 000 € a été ravalée chez Cornette de Saint-Cyr. Fabrice HYBER, récompensé par un Lion d’Or à la Biennale de Venise 1997, a vendu sa première œuvre en ventes publique en 1999. Ces derniers mois, les maisons de ventes commencent enfin à chercher à l’imposer sur le marché avec 16 pièces proposées en 6 mois. Si certaines pièces majeures s’échangent plus de 20 000 euros, sa cote est en baisse. Ainsi, «Pof N°91 – Bloc éponge», une sculpture de 2000, dont les estimations avoisinaient 10 000 € à l’époque, n’a trouvé preneur qu’à 2 600 € le 3 août dernier à Monte-Carlo. A l’inverse, le jeune sculpteur Philippe PERRIN, avec son travail autour du crime et des armes, tend à se faire un nom en ventes publiques. Sa cote explose. En juillet 2004, issues de la collection Nahon, 2 pièces monumentales, « Couteau » et « Poing Américain » ont été enlevées chacune 19 000 €.

Même pour ces artistes, le chemin semble bien long avant d’atteindre aux enchères ne serait ce le prix d’un fragment de bleu d’Yves KLEIN. Le 8 octobre prochain, une petite éponge de moins de 8 cm de haut sera dispersée pour 20 000 – 30 000 € !