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Evènement : Walker Evans à Beaubourg

[11/04/2017]

Empathique et discret, Walker Evans a accumulé des milliers de clichés sur l’Amérique du XXème siècle. En quête de vérité, il rejeta la subjectivité pour attraper les âmes solitaires non sans un certain lyrisme. Le Centre Pompidou de Paris lui consacre sa toute première rétrospective française, un événement majeur, à travers 300 photographies et 100 documents rares, sous le titre Walker Evans, un style vernaculaire (du 26 avril au 14 août 2017). De ses premières photographies de la fin des années 1920 jusqu’aux polaroids des années 1970, le musée retrace la totalité de sa carrière grâce à de nombreux prêts provenant d’importantes collections publiques américaines (Metropolitan Muséum et Muséum of Modern Art à New York, J. Paul Getty Muséum à Los Angeles, Art Institute de Chicago, National Gallery of Art de Washington, etc.) et d’une quinzaine de collectionneurs privés.

Né le 3 novembre 1903 à Saint Louis, dans l’État du Missouri, Walker Evans s’est d’abord rêvé écrivain. Son goût pour la littérature le mène à travailler dans une librairie de New York, avant de poursuivre des études à la Sorbonne à Paris où il arrive en 1926. A 23 ans, c’est l’heure des tous premiers clichés emprunt d’une nouvelle conscience littéraire qu’il révèlera plus tard en confiant « Flaubert m’a fourni une méthode, Baudelaire un esprit. Ils m’ont influencé sur tout. » De retour aux États-Unis en 1928, il gagne tant bien que mal sa vie grâce à la pratique photographique. Rapidement remarqué, il reçoit une commande sur la révolution cubaine en 1933. Ce sera le livre The Crime of Cuba. Deux ans plus tard, il expose aux côtés d’Henri Cartier-Bresson et intègre une mission auprès de la section photographique de la Farm Security Administration (FSA), l’un des programmes du New Deal mis en place par Roosevelt à la suite de la Grande Dépression. Visant à dresser un bilan sur les conditions de vie des fermiers et des ruraux Américains, la section photographique de la FSA va profondément marquer l’histoire de la photographie et l’histoire américaine, faisant appel à des photographes aussi déterminants que Dorothea Lange, Russell Lee ou Arthur Rothstein. Pour cette mission, Walker Evans travaille à la chambre auprès d’anonymes miséreux, rejetant l’effet au profit d’un réalisme implacable, d’une précision chirurgicale et d’une grande pudeur. La juste distance est la jauge du travail mené « dans une conscience aiguë du monde » dira-t-il.

La reconnaissance arrive précocement dans sa vie : il a 35 ans lorsque le Museum of Modern Art (MoMA) de New York lui consacre une exposition, Walker Evans: American Photographs, autour des clichés pris entre 1929 et 1936. Il est dès lors reconnu comme l’une des figures majeures de la photographie documentaire américaine, d’autant qu’il s’agit de la toute première exposition monographique consacrée à un photographe dans l’histoire du MoMA. Nous sommes en 1938. Le département dédié à la photographie du musée n’existe pas encore (il ouvre en 1940) mais Evans fait déjà parti de l’ADN de cette prestigieuse institution, qui lui consacrera une nouvelle exposition personnelle de son vivant, en 1971. La reconnaissance passe aussi par des expositions personnelles à l’Art Institute de Chicago en 1948 et en 1964, par l’obtention d’une bourse allouée par la fondation Guggenheim en 1959, ainsi que par l’obtention du prix de la Carnegie Corporation en 1962.

L’exposition de Beaubourg Walker Evans, un style vernaculaire, rend donc hommage à un monstre sacré de la photographie, s’attachant à « tous les petits détails de l’environnement quotidien révélant une forme d’« américanité » : les baraquements en bois des bords de route, la façon dont le commerçant dispose la marchandise dans sa vitrine, la silhouette de la Ford T, la typographie pseudo-cursive des enseignes Coca-Cola ». Cette plongée américaine est bienvenue, d’autant qu’elle élargie considérablement la connaissance de l’oeuvre, parfois réduite à l’Amérique en crise les années 30. Les clichés les plus célèbres de Evans sont Allie Mae (Allie Mae Burroughs) et de Floyd Burroughs, couple de fermiers vivants en Alabama dont les portraits saisissants sont devenus emblématiques de sa mission menée auprès de la FSA. Ils comptent aussi parmi les plus cotés sur le marché des enchères, le portrait du mari ayant décuplé son estimation en 2006 pour s’envoler au prix de 307 200$ (Sotheby’s New York, le 15 février 2006). Les visages solitaires rythment encore une autre série célèbre, exposée à Beaubourg : Subway Passengers, un travail mené entre 1938 et 1941 sur les passagers des métros. Les photographies vernaculaires de l’exposition parisienne accordent aussi une place particulière aux paysages, intérieurs, objets, signes, révélant tout en force et en délicatesse l’âme américaine de toute une époque.


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