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En Bref ! Un Degas sur l’autoroute – Redécouvrir Raoul Hausmann – Djamel Tatah

[02/03/2018]

Un Degas sur l’autoroute

Le 16 février dernier, lors d’un contrôle aléatoire sur une aire d’autoroute française en Seine-et-Marne, les douaniers récupèrent un tableau emballé dans la soute à bagages. Personne à bord du car n’en revendiquant la propriété, les douaniers conservent l’oeuvre afin de mener leurs recherches et constatent rapidement qu’elle ressemble comme deux gouttes d’eau à une oeuvre répertoriée comme volée par L’Office central de lutte contre les trafics de biens culturels (OCBC). Il s’agirait d’un dessin original d’Edgar DEGAS (1834-1917), Les Choristes, prêtée par le musée d’Orsay au musée Cantini à Marseille dans le cadre de l’exposition temporaire De la scène au tableau, et volé sans constat d’effraction ni déclenchement du système d’alarme le 31 décembre 2009, dans ce même musée. Après les première expertises favorables à cet avis, les contre-expertises menées par les experts du Musée d’Orsay viennent de déterminer que le dessin retrouvé est bien l’objet du larcin et non une copie.

Ce petit bijou fait partie des collections permanentes d’Orsay depuis 1986. Avant d’arriver là, il fut la propriété du peintre Gustave Caillebotte. Puis, à la mort de Caillebotte, il fut accepté par l’Etat à titre de legs, et intégra la collection du musée du Luxembourg à Paris. Il passa ensuite par le Musée du Louvre avant d’être définitivement affecté au musée d’Orsay. Le musée d’Orsay se réjouit d’autant plus de la réapparition de cette œuvre qu’elle travaille actuellement sur une exposition consacrée à « Degas et l’Opéra » qui s’ouvrira en 2019, et au sein de laquelle Les Choristes pourra prendre la place centrale qu’il mérite.

Aussi appelé Les Figurants, ce pastel sur monotype de 32 cm de hauteur sur 27 cm de largeur, a été estimé pour 800 000 euros par la Réunion des musées nationaux à l’époque de son vol. Mais cette estimation paraît bien sage compte tenu de l’aboutissement de ce petit sujet. Certaines œuvres de cette trempe ont d’ailleurs déjà passé le million aux enchères dans le passé, malgré de plus humbles dimensions. En 2007 par exemple, Mlle Bécat aux Ambassadeurs (Café-concert), un pastel sur lithographie de 16,2 cm x 12,2 cm s’envolait pour 1m€ (1,4m$) chez Sotheby’s.

Redécouvrir Raoul Hausmann

«L’œuvre photographique de Raoul Hausmann est restée longtemps méconnue et sous-estimée» : c’est par ces mots que débute la présentation de l’exposition Raoul Hausmann, Un regard en mouvement, qui s’est ouverte au Jeu de paume à Paris au début du mois de février pour se poursuivre jusqu’au 20 mai 2018. Effectivement, les expositions et les publications monographiques ne sont que trop rares. L’exposition du Jeu de Paume vient donc combler un vide, en mettant en lumière une production photographique hétérogène riche de 140 tirages d’époque, de cet artiste « Dadasophe », vivant par l’art et échappant aux classifications.

Agitateur Dada dans l’esprit d’avant-garde des années 20 berlinoises, Raoul HAUSMANN (1886-1971), d’origine tchèque mais né à Vienne, a connu son heure de gloire avant de devoir quitter précipitamment l’Allemagne nazie. Il faisait alors partie des artistes taxés de « dégénérés ». Dans son exil, il doit abandonner l’oeuvre foisonnante des premières années, un fonds de clichés oubliés puis redécouvert dans l’appartement de sa fille à Berlin 40 ans plus tard. Installé en France, l’artiste ne perd pas son inventivité protéiforme d’écrivain, de philosophe, de peintre, d’éditeur… ni de photographe. En France, il crée un superbe corpus photographique de nus et des paysages du littoral, qui ne sont pas pour lui des « thèmes classiques » mais qui témoignent plutôt, pour reprendre ses mots, d’une « Sensorialité Excentrique », d’une nouvelle présence au monde. Fleur de chrysanthème, paysage de dunes, chardons, nus féminins allongés sur la plage, ces images côtoient au Jeu de Paume de rares photomontages, que seuls quelques musées et initiés ont le bonheur d’avoir collectionné jusqu’à présent.

Djamel Tatah se mesure aux maîtres de l’art à Avignon

«Pour moi, l’art n’est pas figé dans le temps. L’art que j’aime c’est quand je sens qu’il peut transcender le temps. » Djamel TATAH (1959) dit puiser dans tous les styles de la peinture. Il parle des maîtres anciens avec une telle actualité, qu’on finit par lui demander de quelle époque il est. C’est pourquoi l’exposition d’Avignon, où l’artiste vit depuis quelques années, est si pertinente. Ce pourrait être une confrontation, mais c’est bien plutôt une conversation apaisée avec des maîtres de l’histoire de l’art. L’exposition « Djamel Tatah. Echos avec des dessins et peintures classiques et les monochromes de la Collection Lambert » présente jusqu’au 20 mai 2018 les œuvres récentes du peintre dans un double dialogue avec des peintures minimales de Robert Ryman, Sol Lewitt, Brice Marden ou Richard Serra d’une part, et avec des dessins classiques d’autre part.

Depuis des années, Djamel Tatah mène une œuvre d’une incroyable cohérence. Sur des fonds monochromes, il peint des personnages attentistes, pâleur diaphane et regard vague-à-l’âme. Les toiles sont accrochées très bas, les pieds des sujets sont coupés, les figures flottent comme dans leur propre silence. Grandeur nature, ils deviennent nos semblables, partagent l’espace avec les visiteurs. Dans une spectaculaire série, il peint les “hitistes”, ces jeunes Algériens désœuvrés qui tiennent le mur, spectateurs des spectateurs. Mais le dialogue est plus riche encore avec ses biens-aimés maîtres anciens comme Corneille de Lyon, grand spécialiste du portrait sur fond uni. L’école des Beaux-arts de Paris, où Tatah enseigne, a prêté une sublime série de dessins classiques, présentés à côté de pièces de cette Collection Lambert dont la richesse semble insondable. Le dessin est fondamental dans l’art de Djamel Tatah. Une ligne de blanc, très fine, subsiste dans chaque toile pour donner corps à ses images. Un autoportrait de Henri MATISSE au trait pur et évident, le drapé éblouissant d’une sanguine d’Andrea del Sarto, un dessin sur le vif de Delacroix, les poses dramatiques de Poussin, les corps architecturés de Fernand Léger… Ce petit ensemble de trésors tisse une série de correspondances, de relations réjouissantes. En pénétrant dans la dernière salle en sous-sol, le coup de grâce, ou plutôt le coup de maître: une série de grands formats, des hommes debout baissant le regard, tous différents mais dans de semblables poses, sur fond rouge vif, bleu nuit ou jaune citron. On songe vite à la série des Shadows (1978-1979) de Andy Warhol.

Le fait est que Tatah a passé un cap, depuis sa rétrospective à la Fondation Maeght en 2013. A l’époque, son record de vente était 6- sans titre, martelée à 11 000 euros à Paris!13 300 euros fais inclus). En 2016, un grand format sur fond bleu avec une femme assise devant un homme allongé partait pour plus du triple à près de 34 000 € (« Untitled »). Ce record emporté chez Christie’s à Dubaï, démontre non seulement que sa cote est au beau fixe, mais aussi que son marché d’internationalise.

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