En bref ! Susan Rothenberg nous a quitté – Judy Chicago dans les musées – Les chefs-d’oeuvre de mai 

[05/06/2020]

Hommage à Susan Rothenberg

Susan ROTHENBERG nous a quitté le 18 mai dernier, à l’âge de 75 ans. L’artiste a apporté un renouveau de la peinture figurative américaine dès les années 1970, en la libérant des règles de composition, et en s’attachant à l’essentiel tout en gardant une subtile qualité émotionnelle. Son oeuvre a fait autorité lors la Biennale de Venise en 1980, puis dans diverses expositions américaines les années suivantes. Susan Rothenberg a également reçu la médaille Skowhegan pour la peinture en 1998, et son œuvre, affectionné par Barack Obama, est entré dans la salle des traités de la Maison Blanche pendant le mandat de l’ancien président des Etats-Unis.

L’artiste a commencé à se faire connaître en 1975, année de son exposition au 112 Greene Street avec une peinture engagée sur la voie minimaliste à partir du motif du cheval. Dans les cinq années qui ont suivi, elle s’est concentrée sur ce motif équestre, comme « une façon de ne pas peindre de gens, mais un symbole de personnes », déclarait-t-elle. Un prétexte, « comme le drapeau pour Jasper Johns », pour inventer une nouvelle peinture niant l’illusionnisme.

Les œuvres emblématiques de ces années peuvent dépasser le million de dollars. C’est arrivé à deux reprises, une fois en 2003 et une autre en 2007. Sa plus belle vente flirte avec le million et demi de dollars pour Diagonal vendue il y a 13 ans. Susan Rothenberg se hissait alors parmi les 1.000 artistes les plus importants et performants du Marché de l’Art contemporain mondial.

La double actualité de Judy Chicago

Judy Chicago, 81 ans, se voit construire un pont d’or par les musées américains. Il y a d’abord eu l’annonce de sa première grande rétrospective prévue par le De Young Museum à San Francisco, une exposition remise à plus tard à cause de la crise du coronavirus. Puis est tombée une autre annonce, cette fois en provenance du Nevada Museum of Art, lequel vient d’acquérir l’ensemble des archives des « fireworks » de l’artiste, soient des milliers de documents (dont des photographies, des films et des dessins) liés à ses œuvres in situ impliquant de la fumée colorée et des feux d’artifice depuis les années 1960.

Déjà très réputé pour sa collection de milliers de photographies de paysages (The Altered landscape photography collection), le De Young Museum entend ici faire évoluer sa collection en féminisant l’histoire du Land Art. Cette acquisition consacre en effet une icône de l’art féministe américain, Judy Chicago ayant œuvré au sein des Guerrilla girls, fondé le premier programme d’éducation artistique féministe aux États-Unis et cofondé le Feminist Studio Workshop et le Woman’s Building. Son engagement a grandement contribué à la reconnaissance des femmes artistes du monde entier.

Les photographies aux fumées colorées réalisées dans le désert californien seront dévoilées par le Nevada Museum en octobre 2021, dans le cadre de l’exposition On Fire: Judy Chicago’s Atmospheres Archive.

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Judy Chicago, « Immolation », 1972. Fireworks performance; performed in California desert. Courtesy of the artist; Photograph courtesy of Through the Flower Archives.

Sans les belles ventes de mai

Traditionnellement, le printemps est la période la plus faste pour le marché des enchères. Il n’en est rien cette année, puisque tout est bouleversé avec la crise sanitaire. Christie’s et Sotheby’s ont néanmoins joué le jeu en montant un peu en gamme les œuvres cataloguées lors les ventes en line de mai, mais sans résultat probant.

Les déconvenues sont importantes avec de nombreux échecs de ventes pour les œuvres les plus chères proposées mi-mai, notamment deux toiles de Richard Prince, chacune attendue autour de 500.000$ (3 Jokes Painted to Death or 3 Jokes Really Painted et Untitled (Protest Painting)). Tentatives de ventes infructueuses également pour Roommates, from Nude Series) de Roy Lichtenstein estimée plus de 150 000 $, pour une oeuvre importante de Damien HIRST, Dark Acheron, qui n’a pas trouvé preneur dans son estimation de 500.000 à 700.000$, et pour une petite acrylique de Warhol, Jack Nicklaus, dont Christie’s espérait jusqu’à 500.000$. Les estimations à six chiffres de la semaine dernière n’ont rien donné à de rares exception près, un très beau Josef Albers valorisé entre 200.000 et 300.000$ s’étant tout de même vendu pour 495.000 $ (Study to Homage to the Square: Bronzed).

Ces artistes incontournables sont toujours demandés mais les acheteurs se reportent sur des œuvres moins coûteuses, à quelques milliers de dollars, n’excédant pas si possible les 50.000$. On est loin des résultats multi-millionnaires habituellement enregistrés pendant les ventes new-yorkaises de printemps. Il y a un an, en mai 2019, le résultat cumulé de Christie’s et Sotheby’s affichait 1,63 milliard de dollars pour trois jours de sessions impressionnistes, modernes et contemporaines. Plusieurs œuvres passaient alors les 50 millions de dollars dont une, Meules (1890) de Claude Monet, les 110m$. On est évidemment très loin d’atteindre de tels résultats cette année. Si le marché n’est pas totalement paralysé grâce aux ventes online, les niveaux de prix n’ont encore rien de comparable avec ceux enregistrés lors de ventes en salles physiques.

Dans ce contexte tendu, Christie’s a décidé de réserver ses chefs-d’œuvre pour le mois de juillet, avec des toiles de Roy Lichtenstein, Ed Ruscha ou Picasso attendues pour plusieurs dizaines de millions de dollars chacune. Elles seront mises aux enchères le 10 juillet dans un nouveau format de vente – ONE: A Global Sale of the 20th Century – dont les quatre volets nous emmèneront à Hong Kong, Paris, Londres et New York.