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En bref ! Pierre Soulages – Fernand Léger – Christie’s Hong Hong

[07/12/2018]

Soulages, une valeur exponentielle

Le 15 novembre dernier, Peinture 186 x 143 cm, 23 décembre 1959, issue de la collection personnelle d’un galeriste américain, s’est envolée pour 10,6 m$ chez Christie’s à New York. Pierre Soulages, maître de l’outre-noir, emportait un nouveau record avec cette toile réalisée la veille de son 40e anniversaire. Acquise par un collectionneur anonyme, l’œuvre au rouge volcanique, au noir intense et texturé, était inédite sur le marché car conservée en mains privées depuis 1959.

La progression de la cote de Pierre SOULAGES, dont le précédent record s’élevait déjà à 6,9 m$ pour Peinture 162 x 130 cm, 14 avril 1962, est phénoménale, avec un indice en hausse de plus de 1 000% depuis 2000… Le centenaire du peintre approchant, les évènements se multiplient : la Fondation Pierre Gianadda de Martigny qui lui offre une rétrospective rassemblant pour la première fois des œuvres de la collection du peintres conservées au Centre Pompidou, et une exposition lui sera bientôt consacrée dans son musée éponyme de Rodez, avec plus de 120 œuvres sur papier issues de la donation de l’artiste, dont une précieuse collection de brous de noix. Peu représentées dans les collections publiques, ces œuvres des années 1946-1948 comptent parmi les pièces majeures de l’artiste, au même titre que les Outre-noirs. Ce n’est pas tout… Le plus prestigieux musée du monde, le Louvre, projette de lui dédier une salle l’été prochain. Ce retour sur la scène parisienne est annoncé 10 ans après l’énorme succès de l’exposition qui lui fut consacrée à Beaubourg, pour laquelle plus de 500 000 visiteurs ont approché cette œuvre méditative mariant le noir à la lumière. A quelques semaines de ses 99 ans, Pierre Soulages affiche, toujours, le même désir d’intensité, engagé dans les projets du centenaire à venir.

Fernand et la légèreté de la Modernité

En 1913, Fernand LÉGER s’immerge dans une série de 14 toiles, une recherche de l’abstraction pure, au-delà même du Cubisme. Contraste de formes est une explosion de formes et de couleurs, composée autour d’un réseau de lignes fortes. Cette toile, l’une des rares de cette série encore en main privée à la Fondation Anna-Maria et Stephen Kellen, a été mise à l’encan pour la première fois l’an dernier le 13 novembre 2017 chez Christie’s New York. Elle tient depuis le record absolu de l’artiste, à plus de 70 m$. Mais l’artiste n’est pas seulement célébré dans les salles de ventes… Son œuvre fait l’objet de multiples expositions : Le Beau est partout, organisée à Bozar Bruxelles au premier trimestre 2018 était la première rétrospective de l’artiste en Belgique depuis 1956. L’exposition, qui faisait suite à la présentation du Centre Pompidou Metz, explorait notamment l’enthousiasme de Léger pour la technologie de son époque, et l’influence de son travail et de son enseignement sur toute une génération d’artistes comme Louise Bourgeois, William Klein et même Serge Gainsbourg. C’est maintenant à l’Angleterre de prendre le relai, avec une quarantaine d’œuvres majeures réunies dans l’exposition Fernand Léger : New times, new pleasures, visible jusqu’en mars 2019 à la Tate Liverpool. Les peintures, dessins, textiles et films nous révèlent un Fernand Léger d’après-Guerre, arrivé à maturité et irrémédiablement marqué, comme toute sa génération, par les horreurs de 14-18. Léger a servi dans le Génie et fut gazé à la bataille de Verdun. Au beau milieu du chaos des bombes, l’artiste se souvenait avoir été « ébloui par la culasse d’un 75 millimètre brillant au coucher de soleil, par la magie de la lumière sur le métal nu ». C’est le début de la « période mécanique », une obsession de la machine représentée par la toile Le Disque de 1918, une collision de formes géométriques et d’avions crashés. Son Cubisme est si personnel que la postérité le classe à part : Léger, qui trace autant de courbes que de droites, fait du « Tubisme ». Sa recherche de modernité sort également des média artistiques traditionnels. Passionné de cinéma et fan de Charlie Chaplin, il réalise en 1924 le Ballet Mécanique, une pièce expérimentale de 12 minutes, délibérément non-narrative mêlant scènes de cirque, pistons en action et gros plans de sourires. C’est également le retour des personnages dans son œuvre. Des figures d’acrobates, d’ouvriers, de femmes à la plage, en un mot, des femmes et des hommes anonymes qui l’entourent. Dans sa monographie, Werner Schmalenbach rappelait que l’artiste était « obsédé par son devoir en tant que peintre du temps présent ».

Record mondial pour Christie’s en Asie

Depuis sa première vente à Hong Kong en 1986, Christie’s a participé au développement de la plus importante plateforme d’enchères en Asie, en y organisant des ventes prestigieuses deux fois par an, au printemps et à l’automne. Les grandes cessions de novembre se sont achevées sur un résultat de 353 millions de dollars, toutes lots inclus, y compris les vins fins et les montres de luxe. Les quatre cessions de ventes dédiées à l’art asiatique moderne et contemporain totalisent à elles seules 85,3 m$. Mais le point d’orgue de cette saison flamboyante tient dans la vente d’un petit chef-d’oeuvre emporté pour… 59,2 m$ le 26 novembre. Ce résultat impressionnant vient récompenser un dessin de SU Shi, artiste actif au XIe siècle méconnu en Occident bien qu’il soit l’une des figures les plus importantes de l’histoire chinoise. Poète, philosophe, peintre et calligraphe, cet érudit de la dynastie Song, a achevé l’oeuvre Wood and rock dans ses années de maturité, après 1071 d’après les experts de Christie’s. Ce chef-d’oeuvre millénaire représente un tronc d’arbre sec et tortueux penché dans le sens contraire de l’énorme rocher obligeant sa croissance diagonale. Un paysage métaphorique et introspectif, et l’une des dernières œuvres connues de ce Maître dont les coups de pinceaux témoignent d’un esprit libre et moderne. Une rareté surtout, préservée par une quarantaine de collectionneurs au fil des siècles avant d’arriver, en 1937, entre les mains d’un marchand d’art chinois dont l’épouse était japonaise. Wood and rock est ainsi passée par le Japon avant d’arriver à Hong Kong pour devenir l’oeuvre la plus chère jamais vendue par Christie’s en Asie, et l’une des meilleures adjudications de toute l’histoire du marché de l’art chinois. Le marché asiatique démontre encore ici toute sa puissance, hissant les dessins de Su Shi à des prix supérieurs à ceux jamais atteint en Occident par un Leonard de Vinci ou un Michel-Ange.

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