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En Bref ! Oskar Kokoschka – Grayson Perry – Charles White

[21/12/2018]

Oskar Kokoschka à Zürich

Il vous fixe de son regard bleu ciel un peu irrégulier. L’index pointé, il semble être sur le point d’ouvrir la bouche. Joseph de Montesquiou-Fezensac aurait en effet tant de choses à nous dire : sa rencontre en janvier 1910 avec le jeune Oskar KOKOSCHKA (1886-1980) au luxueux sanatorium du Mont Blanc à Leysin en Suisse, sa manière révolutionnaire de les portraiturer son épouse Victoire et lui, en les faisant bouger et en discutant avec eux pour capter leurs expressions. Sur la toile, rien ne vient détourner le regard de la figure, le fond est neutre, le costume simple, aucun attribut pour donner un indice sur le statut de ses modèles. Kokoschka ne peint pas des personnalités portant des masques sociaux, il veut faire surgir le caractère profond de l’âme. Sa gestuelle aussi, lui qui avait un don pour le dessin et travaillait ses toiles directement à la main, du bout des ongles pour ourler une veste ou marquer les contours d’un bustier. Quelques mois plus tard, ce bourreau de travail présentait sa première exposition personnelle à la galerie Cassirer de Berlin. Sur les 27 toiles du catalogue, la plupart avait été réalisées en moins d’un an. Le portrait de Joseph de Montesquiou-Fesenzac y fut acheté par le marchand Alfred Flechteim. Forcé de quitter Düsseldorf en 1933 en raison de ses origines juives, le galeriste laissa ses affaires à son assistant Alex Vömel, qui s’empressa d’adhérer au parti nazi et d’aryaniser la superbe collection de son ancien employeur. Il vendit le portrait au Nationalmuseum de Suède en 1934. Passé dans les collections du Moderna Museet de Stockholm, il a été restitué un peu plus tôt cette année à Michael Hulton, l’héritier de Flechtheim. Avec une adjudication à plus de 20 m$, c’est le record absolu de Kokoschka (Joseph de Montesquiou-Fezensac). Tombé le 12 novembre dernier, le coup de marteau du commissaire de Sotheby’s New York résonne comme un hommage posthume à l’artiste et au collectionneur.

La Suisse ne permettrait pas d’oublier Kokoschka cette année. Exilé à Londres pour échapper aux Nazis, il s’installe au bord du lac Léman qu’il ne quitte presque plus jusqu’à sa mort en 1980. Dès 1927, le Kunsthaus de Zürich proposait déjà d’importantes expositions personnelles de l’artiste. C’est une grande rétrospective qui vient d’ouvrir le 14 décembre dernier, avec près de 250 œuvres et documents retraçant toutes les périodes de création du peintre. L’exposition est le fruit d’une collaboration étroite avec la Fondation Oskar Kokoschka à Vevey et le Centre de recherches Oskar Kokoschka à Vienne. A Davos, le Kirchner Museum propose un dialogue entre ces deux grandes figures de l’Expressionnisme, tandis que le Musée Jenisch de Vevey, dont deux salles sont dédiées en permanence à Kokoschka, présentera son intérêt pour les animaux comme source d’inspiration, le cheval en particulier, emblème des expressionnistes du Blaue Reiter.

Après une vie d’errance, Kokoschka avait enfin trouvé un lieu où sa création pourrait s’épanouir sans crainte pour son œuvre future. En 1951 il s’exclamait : « Ce n’est pas par fierté de propriétaire, mais simplement le désir de pouvoir souffler de temps en temps quelque part au cœur de l’Europe et dans un lieu politiquement paisible. »

Grayson Perry à la Monnaie de Paris

La Monnaie de Paris accueille la toute première monographie en France de l’une des stars de la scène britannique : Grayson PERRY (1960) jusqu’au 3 février 2019. L’exposition intitulée « Vanité, identité, sexualité », dévoile en 10 chapitres thématiques les principaux sujets d’intérêt de l’artiste et nous invite à entrer dans l’univers fantasque de celui qui pose un regard ironique et grinçant sur le monde et notre société. Britannique et quelque peu excentrique, ouvertement féministe, l’artiste se joue des codes en questionnant sa propre identité et plus largement la question du genre vers une nouvelle définition de l’identité masculine. Lorsqu’il fait de la céramique son medium de prédilection, le matériau est alors peu considéré dans le champ de la création contemporaine. Il lui vaudra néanmoins le Turner Prize 20 en 2003.

Des formes classiques empruntées à la céramique traditionnelle jaillissent des motifs inattendus, colorées et fourmillant de détails, ces dessins tracés selon la technique du graffite, textes manuscrits, pochoirs, transferts photographiques et émaux reflètent des sujets comme l’abus sexuel, le sadomasochisme ou encore la mort. Les tapisseries, gravures et sculptures en bronze qu’il réalise témoignent également de cette opposition entre la technique utilisée et les motifs narratifs qui les ornent. Ce sont ces mêmes céramiques qui l’an dernier lui ont valu son record d’adjudication pour I Want To Be An Artist, 1996, chez Christie’s Londres : deux jarres représentant au sein d’une composition riche et complexe les deux figures majeures du marché de l’art, Andy Warhol et Jean Michel Basquiat, acquises pour 826 000 $, huit fois l’estimation haute.

Sa cote n’a de cesse de grimper, spécialement ces deux dernières années où sa présence dans les salles de ventes s’est faite plus importante. 100 $ investis en 2005 sur l’une de ses œuvres valent aujourd’hui en moyenne 288 $, soit une progression de +188 % en 13 ans. Après Maurizio Cattelan et Subodh Gupta, cette exposition à la Monnaie de Paris démontre que Grayson Perry – troisième artiste le mieux vendu dans la catégorie céramique derrière Pablo Picasso et Marc Chagall – n’a pas fini de susciter l’intérêt des collectionneurs et pas seulement des britanniques…

Charles White – La peinture comme une arme

C’est l’heure de l’hommage national pour l’un des plus grands artistes américains du XXème siècle. Jusqu’à juin 2019, les États-Unis célèbrent Charles Wilbert WHITE (1918-1979) à l’occasion du centenaire de sa naissance. Une grande rétrospective parcourt le pays et s’installe tour à tour dans trois grandes institutions culturelles ; à l’Art Institute de Chicago, au MOMA de New-York et enfin au County Museum of Art de Los Angeles (LACMA), trois villes où l’artiste a successivement vécu et qu’il a profondément imprégnées de sa présence. A travers une sélection d’une centaines d’œuvres, l’exposition retrace un parcours extraordinaire, mené depuis les années 30 jusqu’à la mort prématurée de White en 1979, à 61 ans. Quarante ans d’une fresque socio-historique, au cours de laquelle Charles White fut le témoin et l’interprète avisé des mutations de la société américaine : fin de la seconde guerre mondiale, guerre du Vietnam, lutte pour l’égalité des droits et mouvement black power…

White est un artiste engagé qui porte ses convictions haut sur la toile. Sa rencontre à la fin des années 40 avec le muraliste Diego Rivera, chantre de la révolution mexicaine, est ainsi décisive. Ainsi, à l’heure où l’abstraction fait figure de modernité artistique, White, dessinateur virtuose, fait le choix résolument engagé de l’hyper-réalisme. Sous son coup de crayon se côtoient aussi bien les grandes figures de la lutte contre l’esclavage que des gens du peuple : travailleurs pauvres, mères, enfants… Son art devient son « arme » (selon ses propres termes) : un mode d’expression comme un besoin vital de dire l’oppression, les inégalités, les violences de la société américaine. Rien d’étonnant donc à ce que ses créations soient aux cimaises des plus grandes institutions américaines. Et de fait, White est un artiste plutôt rare sur le marché. Le 4 octobre dernier, la maison Swann créait donc l’événement en proposant à la vente quatre estampes et surtout un dessin saisissant de 1965, Nobody Knows My Name #1., qui fut présenté lors du solo show de l’artiste organisé l’année de sa création à New York. Estimée entre 100 000 et 150 000 $, l’oeuvre s’est arrachée pour 485 000 $, non loin du record absolu emporté six mois plus tôt au sein de la même société de ventes (O Freedom, vendue pour 509 000 $ le 5 avril 2018). L’engagement de Charles White ayant gagné le cœur des collectionneurs, l’artiste signe la meilleure année de son histoire sur le terrain des enchères.

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