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En Bref ! Odilon Redon – Musée Paul Dini – Berthe Morisot

[27/07/2018]

Odilon Redon, l’artiste total

Depuis le début des années 2010, l’intérêt du public pour les œuvres d’Odilon REDON ne cesse de se confirmer, aussi bien sur les cimaises des grands musées (on se souvient de la grande rétrospective Odilon Redon. Prince du Rêve au Grand Palais à Paris en 2011) que dans les salles de ventes.

En octobre 2013, un lot de 10 estampes illustrant Tentation de Saint Antoine (texte de Gustave Flaubert) s’arrachait comme jamais auparavant, pulvérisant les estimations et dépassant le million d’euros chez Christie’s New York (vendu 1,44 m$ le 29 octobre 2013). En mai dernier, dans le cadre de la « vente du siècle » désignée par la dispersion de la Collection Rockefeller, pas moins de trois toiles de l’artiste ont été martelées à plus de 2 m$ chacune, dont les superbes Fleurs dans une cruche sur un fond rouge vif, remportées avec frais à plus de 4 m$, près de quatre fois son estimation basse !

Ce n’est pas un hasard si les quatre meilleurs résultats de l’artiste sont emportés pour des vases de fleurs. Maniaque de la représentation de la nature et féru de botanique à laquelle il a été initié très jeune par Armand Clavaud, célèbre botaniste de Bordeaux, Redon a pris plaisir à agencer ses fleurs de manière poétique, dans une explosion de couleurs, comme s’il transférait sur la toile les teintes de sa palette ou d’une partition de musique. L’artiste aimait jeter des passerelles entre les disciplines… Outre son intérêt pour la nature, la littérature et la musique tiennent une grande place dans sa vie. Frère de compositeur, il fut aussi pianiste et violoniste. Son œuvre offre, en quelque sorte, une synthèse entre les différents arts.

A peine refermées les portes du Petit Palais sur l’exposition L’art du pastel de Degas à Redon en avril 2018 à Paris, celles du musée Kroller-Müller se sont ouvertes sur une présentation monographique autour des correspondances qu’Odilon Redon faisait volontiers entre peinture, littérature et musique. Le musée Néerlandais, qui fête ses 80 ans, possède la plus importante collection d’œuvres de Redon hors de France. Jusqu’au 9 septembre 2018, les visiteurs pourront donc admirer les 167 œuvres choisies par la commissaire Cornelia Homburg pour illustrer le concept cher à l’artiste de la synesthésie : l’idée selon laquelle il est possible de susciter une émotion plus forte au contact de l’art en stimulant plusieurs sens à la fois. Où, comme il le disait lui-même dans ses Confidences d’artiste en 1894 : “Toute mon originalité consiste à faire vivre humainement des êtres invraisemblables selon les lois du vraisemblable, en mettant, autant que possible, la logique du visible au service de l’invisible.”

Les silences de la peinture, au Musée Paul Dini

De prime abord, rien ne semble relier le style post-impressionniste de Jacques TRUPHEMUS (1922-2017) à la rigueur géométrique de Jérémy LIRON (1980). Pourtant, au-delà de l’écart générationnel, certaines passions communes se dégagent. La nouvelle exposition du Musée de Villefranche-sur-Saône (France) réunit ces deux figures de la peinture lyonnaise autour de la perception de l’espace.

Lors de l’exposition Passages en 2014, les deux peintres avaient longuement discuté de la question de la fenêtre : projection du réel ou ouverture vers un autre monde ? L’univers de chacun d’entre eux se construit au travers de ces fenêtres, représentations silencieuses voire énigmatiques, où l’espace fragmenté souvent déserté laisse place aux interprétations multiples. Non sans une certaine mélancolie, tous deux accordent une attention particulière au traitement de la lumière, brumeuse et atmosphérique chez l’un, solaire et verticale chez l’autre. Malgré une transcription picturale formellement distincte, la technique de la coulure présente notamment dans Paysages n°44 et n°45 (2007) de Jérémy Liron et Sieste sous la tonnelle (2007) de Jacques Truphémus, constitue encore un aspect commun de leur modernité.

Sylvie Carlier, directrice du musée, rassemble dans cette exposition conçue en collaboration avec la galerie Claude Bernard (Paris) et la galerie Isabelle Gounod (Paris), une soixantaine d’œuvres provenant des ateliers des deux artistes et de collections particulières. Le musée est d’ailleurs le premier acquéreur d’une œuvre Jérémy Liron et déjà détenteur de plusieurs œuvres de Jacques Truphémus.

L’exposition court jusqu’au 16 septembre 2018, mais ces deux peintres n’ont pas fini de faire parler d’eux. Il y a celui, Jacques Truphémus, qui nous a quitté l’an dernier, à qui l’on rend hommage de toute part et qui voit sa cote exploser en salles de ventes, notamment avec Solitude au café récemment vendu 25 000 € (c. 29 000$), pour un prix de départ compris entre 5000 et 7000 € chez De Baecque (Lyon). Puis ce jeune artiste, Jérémy Liron, à l’actualité débordante avec près d’une dizaine d’expositions annuelles mais pas encore de cote officielle en salle de ventes…

Berthe Morisot. Saisir l’instant

Indépendante, novatrice, audacieuse. Ainsi fut Berthe MORISOT (1840-1895), peintre femme dans un monde d’hommes, née à une époque où l’école des Beaux-Arts leur était encore interdite pour elle. Son parcours frôle l’extraordinaire. Cofondatrice et figure de proue du mouvement impressionniste, Berthe Morisot rencontre un certain succès de son vivant et connaît sa première exposition personnelle parisienne en 1892. Mais au début du XXème siècle, quand ses compagnons Degas, Monet, Renoir et autre Pissarro entraient dans la légende, Morisot, malgré son immense talent, tombait dans l’oubli.

Sa réhabilitation est encore en chemin : en France, pas une seule exposition monographique ne lui a été consacrée depuis 1941, et depuis 1987 aux États-Unis. Ainsi, l’exposition itinérante qu’inaugure le Musée national des Beaux-Arts du Québec Berthe Morisot femme impressionniste, et qui s’achèvera à Orsay en septembre 2019 (après un passage par Philadelphie et Dallas), relève de la mise au point historique.

Berthe Morisot avait su s’affranchir des modèles classiques prônés par son éducation bourgeoise pour faire le choix d’une peinture moderne dans les sujets, comme dans la pratique. Elle a peint l’intimité de la vie bourgeoise (la sienne), le goût de la villégiature, des jardins et le travail domestique féminin selon un point de vue introspectif tout à fait novateur. Trop facilement consignée à son statut de femme peignant des sujets jugés féminins, l’artiste n’a pourtant pas manqué d’audace et a su autant que ses confrères rompre avec l’académisme établi. Par son coup de pinceau énergique et ses touches expressives, Morisot voulait « saisir l’instant ». Derrière leurs couleurs vives, ses toiles dissimulent une certaine nostalgie face à l’impermanence des choses. Les figures sont représentées de manière plus poétique que descriptive et les frontières entre esquisse et fini s’estompent : personnages et fonds fusionnent, comme dans Après le déjeuner (1881), l’œuvre la plus chère de l’artiste sur le marché des enchères, achetée près de 11 m$ en 2013 chez Christie’s à Londres, trois fois et demi de plus qu’à son précédent passage en salle des ventes à New-York en 1997.

L’écart de cote de Berthe Morisot et ses confrères impressionnistes masculins reste incommensurable. [cf. « Les femmes et les millions » https://fr.artprice.com/artmarketinsight/les-femmes-et-les-millions]. Néanmoins l’historiographie contemporaine entend redonner la place qu’elle mérite à cette artiste de premier plan, dont la stèle funéraire, laconique, indique : « Berthe Morisot, veuve d’Eugène Manet ».

 

 

 

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