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En bref ! Les femmes aussi ont peint – Persona grata

[18/01/2019]

« Pinxere et mulieres », les femmes aussi ont peint (Pline l’Ancien)

« C’est une exposition dans l’air du temps » affirme Alain Tapié, commissaire avec Francesco Solinas et Valentine De Beir de l’exposition Les Dames du Baroque. Femmes Peintres dans l’Italie du XVIe et XVIIe siècles, qui s’achève au Musée des Beaux-Arts de Gand en ce mois de janvier 2019. Il est vrai que depuis quelques années, les musées multiplient les expositions sur le destin et l’apport artistique des femmes artistes dans l’histoire de l’art. En 2017, les musées de Florence avaient par exemple féminisé leur programme de visite avec une exposition sur Suor Plautilla Nelli (1524-1588), artiste religieuse florentine, et les autoportraits de Maria Lassnig (1919-2014), lauréate du Lion d’Or de la Biennale de Venise en 2013. En France dès 2012 – et toujours avec Alain Tapié – le Musée Maillol étudiait le style d’Artemisia GENTILESCHI (1593-1654), remettant en lumière la création de l’artiste, que la vie mouvementée porta au rang d’icône par les cinéastes et les romanciers. Succès répercuté en salle des ventes ces dernières années : en 2017, la maison de ventes Christophe Joron-Derem martelait une superbe Sainte Catherine d’Alexandrie à plus de 2,1 m$, son record absolu à ce jour. Et en octobre 2018, c’est une grande Lucretia qui partait pour près de 1,9 m$ chez Dorotheum. Le 30 janvier prochain, le lot 45 de la vente du soir de Sotheby’s New-York sera donc à surveiller : Saint Sébastien soigné par Irène, marqué par les recherches sur le fameux clair-obscur des caravagesques, estimé entre 400 000 et 600 000 $, pourrait bien dépasser les attentes.

La figure d’Artemisia, qui signait ses œuvres et eut son propre atelier à Florence domine, son art rivalise directement avec celui des hommes et sa réussite, arrachée de haute lutte, conduit à la transgression de sa catégorie sociale et de genre. L’exposition belge montre qu’elle n’était pas la seule. De Sofonisba Anguissola (1532-1625) à Elisabetta Sirani (1638-1665), en passant par Fede Galizia (1578-1630), Giovanna Garzoni (1600-1670), Orsola Maddalena Caccia (1596-1676), Lavinia Fontana (1552-1614) ou Virginia da Vezzo (1601-1638), toutes, filles, sœurs ou épouses de peintres, parfois religieuses, ont grandi artistiquement dans un carcan. Formées parfois dans les ateliers les plus prestigieux d’alors, ces dames sont priées de s’en tenir au portrait ou à la nature morte. Si elles intériorisent les usages et les règles, elles ne se privent pas de les contourner. Elle en font au contraire de puissants instruments de liberté : l’Allégorie pointe derrière le simple portrait, la scène biblique devient un champs d’étude de l’expression naturelle. Le parti-pris scénographique du musée de Gand est intéressant puisque c’est par ordre chronologique que les artistes sont mises en valeur, un choix beaucoup plus individualisant. On y découvre ainsi le pinceau de Sofonisba ANGUISCIOLA, qui était très en vue à la cour d’Espagne. C’est d’ailleurs de sa période madrilène que date le portrait d’une jeune noble, mis prochainement à l’encan chez Christie’s New York, le 31 janvier prochain. Deux chefs-d’œuvre de l’exposition, venus de Pologne, montrent combien l’artiste excellait à saisir les expressions faciales. Au fil de l’exposition, certaines thématiques semblent être chères à ces artistes. Celle de Judith et Holopherne constitue une véritable constante, voire une marque de fabrique, et ce n’est pas un hasard : le prisme de la vengeance rendue par une femme est traité par ces peintres chacune à leur manière. Le musée du Prado prendra la relève : Sofonisba Anguissola et Lavinia Fontana bénéficieront en 2019 d’une exposition croisée Dos Modelos de Mujeres Artistas.

 

Persona grata !

Prenant le contre-pied du coutumier « Persona non grata » dont on affuble l’indésirable, le Musée national d’histoire de l’immigration et le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (MAC VAL) s’associent pour interroger à travers leurs collections respectives le sens de l’hospitalité.

Loin d’une visée purement documentaire, l’exposition à deux voix se partage entre œuvres réalistes et poétiques, invitant le spectateur « à passer d’une posture de regard à une réflexion sur l’exil, l’hospitalité et le rejet », pour reprendre les mots d’Isabelle Renard, commissaire de l’exposition avec Anne-Laure Flacelière. La scénographie symboliquement ouverte est rythmée par cinq phases du processus d’immigration : de la traversée de la mer jusqu’à l’accès à la terre ferme, de l’accueil au rejet, à la détresse et l’errance. Au Palais de la Porte dorée comme au MAC VAL, un vivier de la scène contemporaine s’empare de ce sujet éminemment politique avec des visions et sensibilités très diverses, à travers les œuvres de Yan Pei-Ming (1952), Kader Attia (1970), Eduardo Arroyo, Latifa Echakhch (1974), Barthélémy Toguo (1967) ou encore Mircea Cantor (1977).

On appréciera de côtoyer les œuvres d’artistes confirmés et engagés comme la palestinienne Mona HATOUM (1952) avec son installation Suspendu, composée de 40 balançoires sur lesquelles figure le nom d’une ville ou capitale dont sont originaires des habitants de Vitry, où l’image iconique Bottari truck – Migrateurs de la coréenne Soo-Ja KIM (1957) qui a fait du voyage et de l’exil le moteur de son travail artistique. Elle représente là une femme de dos, assise sur des ballots colorés puis se dirigeant vers la place de la Bastille avec la colonne de Juillet, symbole de liberté, en ligne de mire. La jeune génération, encore peu connue des salles de ventes mais très prometteuse, n’est pas en reste, avec la présence de Clément Cogitore (1983), prix Marcel Duchamp 2018, qui présente un film de 35 minutes sur la jungle de Calais, ou encore Julien Discrit (1978) avec What is not visible is not invisible, phrase à l’encre invisible révélée grâce aux lumières UV activées par un détecteur de présence.

Jamais redondante ni moralisatrice, l’exposition qui court jusqu’au 24 février 2019, montre que le sujet n’est pas uniquement l’affaire des médias ou des politiques, et laisse la voie libre à la réflexion de chacun.

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