En bref : Frieze / Londres – Carlos Cruz Diez / Paris – Philippe Parreno / Tate Modern – Art.Fair Cologne 2016 – Johan Creten / Crac / Sète

[07/10/2016]

Place à la Frieze de Londres

Le premier grand événement de la rentrée, la Frieze de Londres, ouvre du 6 au 9 octobre 2016. Ce grand salon est en expansion continue. Forte de son succès sur le marché de l’art contemporain, l’organisation s’est tout d’abord dédoublée en proposant un espace dédié aux grands maîtres, avec la Frieze Masters. Elle s’est ensuite lancée, en mai 2015, à la conquête de New York. Le dynamisme de la Frieze est à l’image de sa jeune directrice, Victoria Siddall, 38 ans, constamment à l’affût de nouvelles opportunités. Concevant la Frieze à la fois comme un lieu de prestige et de découvertes, elle mêle les galeries les plus prometteuses aux enseignes les plus renommées. Si le prix d’un emplacement peut atteindre 500 pounds au mètre carré, la foire accorde des réductions pouvant aller jusqu’à 50% de ce montant, afin de donner leur chance aux meilleures jeunes galeries sélectionnées aux quatre coins de la planète. La Frieze partage la même ambition que les grandes maisons de ventes de Londres : attirer le meilleur des cinq continents. Cette année, 160 galeries issues de 30 pays sont réunies dans Regent’s Park avec, pour la première fois, des représentants venus de Taiwan, du Guatemala et d’Egypte.

Immersion dans l’oeuvre de Carlos Cruz Diez à Paris

Une exposition suspendue, une déambulation au centre des couleurs vives et joyeuses de Carlos CRUZ-DIEZ attend les amateurs au Palais Iena, siège du Conseil économique, social et environnemental à Paris, du 15 au 25 octobre 2016. L’artiste Vénézuélien concrétise ici le vœu de KANDINSKY appelant à sortir le tableau de son support, pour en faire « un être flottant dans l’air ». Pour 10 jours seulement, l’expérience de cette exposition nous plonge dans un « Labyrinthe de soustraction chromatique » (1969), dans des bains monochromes ou polychromes, dans des atmosphères sensibles de couleurs et de lumières.

A 93 ans, Carlos Cruz Diez, grande figure de l’Op Art, poursuit donc ses immersions dans « l’instabilité du réel ». Son œuvre déjà historique, enrichie les collections permanentes de quelques-uns des meilleurs musées du monde, à l’image du Museum of Modern Art (MoMA) de New York, de la Tate Modern de Londres, du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et du Centre Pompidou. Convoitée et solidement cotée, l’oeuvre de Cruz Diez culmine à 845 000 $ aux enchères depuis la vente, en 2013, d’une œuvre complexe de 1975 intitulée Physichromie Ubs Rouge (Sotheby’s New york, le 28 mai 2013). Ses meilleures œuvres se trouvent donc aussi chères que celles de Victor VASARELY, aux côtés duquel Cruz Diez participa, dans les années 50′, à l’émergence de cette forme radicale d’abstraction qu’est l’Art Optique et Cinétique.

Philippe Parreno à la Tate Modern

La silhouette futuriste de la Nouvelle Tate Modern à Londres, bâtiment achevé par les architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron l’été dernier, surplombe l’immense espace d’exposition du Turbine Hall, qui a accueilli bon nombre de sculptures et d’installations mémorables par le passé. Cette année, c’est à l’artiste Français Philippe PARRENO de s’emparer du hall pour six mois, à la demande de la Commission Hyundai de la Tate Modern (exposition du 4 octobre 2016 au 2 avril 2017). Ce nouveau terrain de jeu est à la mesure d’un artiste à l’aise avec les grands espaces… Souvenons-nous… il y a trois ans, il investissait avec brio les 22 000 m2 du Palais de Tokyo pour Anywhere, anywhere out of the world, jouant avec notre perception de l’espace. Pour Parreno, l’espace d’exposition est un espace d’expérience, un espace ou tout est mis en oeuvre (images vidéo, sons, sculptures, architectures éphémères, lumières) pour interroger les frontières entre réel et fiction. La grande exposition londonienne arrive six mois après une première exposition personnelle au sein de la prestigieuse Galerie Gladstone de New York. Le travail de l’artiste français trouve ainsi un ancrage de plus en plus fort sur la scène internationale. Le second marché demeure quant à lui balbutiant, car les œuvres sont rares aux enchères. Son record de prix flirte toujours avec les 20 000 $, emportés pour une installation de ballons rouges gonflés à l’hélium cédée le 28 juin 2012 chez Christie’s, à Londres. Un record amené à se renouveler…

Art.Fair Cologne 2016

Les gigantesques halls du KoelnMesse accueillent de nouveau Art.Fair Cologne pour sa 14e édition. Fondée en 2003 et devenue entre-temps l’une des trois plus importantes foires d’art allemandes, ce grand rassemblement est incontestablement l’acmé du KunstHerbst, l’Automne des Arts allemand.

Du 27 au 30 octobre donc, plus d’une centaine de galeries présentant près de 650 artistes allemands et internationaux convergent vers Cologne. Certaines exposent pour la première fois, comme la Galerie Heike Curtze und Petra Seiser de Vienne. Grands acteurs de l’actionnisme viennois, ils présentent des artistes de premier plan comme Christian Ludwig ATTERSEE ou Hermann NITSCH. Pour ses débuts également, la Galerie Scheffel met en valeur les impressionnantes sculptures de Laura FORD – qui représentait le Royaume-Uni à la Biennale de Venise en 2005 – ou Jaume PLENSA.

A côté des stands de galeristes, les visiteurs sont invités vers le Taiwan Contemporary Art Show. L’exposition Hyperactive Symptoms of contemporary Art met en scène le meilleur des tendances artistiques du pays. D’autres propositions font la sève de cette édition, comme celle de la Galerie M Beck, dont l’espace, laissé totalement vierge sert de toile aux artistes pour créer deux œuvres par jour, transformant l’espace alloué en une scène donnant à voir le processus créatif de manière spectaculaire. Pour la septième année consécutive, une trentaine de galeries participent au BLOOOM Prize, point d’orgue de la Foire qui permet à de jeunes artistes de se faire connaître à l’échelle internationale.

Les jeunes collectionneurs font l’objet d’une sollicitude toute particulière : une délégation néerlandaise du Young Collectors Circle créé par Nienke van der Wal à Amsterdam vient parcourir les allées de la foire, en vue de faire leur premier achat. Cette édition 2016 de l’Art.Fair, avec un large spectre d’artistes faisant tomber les frontières entre différents supports, et une forte dimension prospective de l’art contemporain, promet de mettre sur le devant de la scène de jeunes talents prometteurs.

Johan Creten au Crac de Sète

Une grande rétrospective consacrée à Johan CRETEN arrive au Centre Régional d’Art Contemporain à Sète à partir du 22 octobre 2016, avec une soixantaine d’oeuvres exceptionnelles où la force des céramiques côtoie les bronzes monumentaux. Intitulée La traversée, l’exposition propose un voyage initiatique illustrant le mystère de la nature, où fleurs et algues se confrontent à un bestiaire étrange et fascinant, pour fêter les 350 ans de la création du port de Sète.

Johan Creten est Belge. Il vit et travaille à Paris. Récompensé par le prix de Rome et en résidence à la villa Médicis (1996-1998), il fut le premier artiste en résidence à la Manufacture nationale de Sèvres (2004-2007). De nombreuses expositions l’ont déjà consacré, dont l’exposition CERAMIX : de Rodin à Schütte au Bonnefantenmuseum à Maastricht en 2015, puis à la Maison Rouge à Paris en 2016 où une salle entière lui était dédiée. Il est également présent dans les collections publiques de nombreux musées européens et représenté par les prestigieuses galeries Perrotin (à Paris, New York et Hong Kong), Almine Rech à Bruxelles et Transit à Malines, toutes trois partenaires de l’exposition au Crac de Sète.

Invité à Sète 25 ans plus tôt, l’artiste n’en est donc pas à son coup d’essai. Entre temps, il est devenu une figure emblématique – avec Pablo PICASSO, Lucio FONTANA ou Thomas SCHÜTTE – du renouvellement de l’art de la céramique. Johan Creten a dépoussiéré la technique et ses codes par sa virtuosité. Il a inventé de nouvelles mythologies faisant coexister un traitement baroque sur des formes classicisantes. Ses œuvres, promesse d’une éclosion étrange et imminente, sont particulièrement appréciées par les collectionneurs occidentaux.

Sa notoriété commence à se répercuter en salles de ventes et sa cote monte en flèche. Les trois oeuvres proposées aux enchères l’an dernier ont toutes été vendues, avec des résultats compris entre 10 000 et 50 000 $. Le 12 février 2016, soit un an seulement après sa réalisation, l’oeuvre Odore di Femmina – Soft Shell – La Preciosa est partie quant à elle à plus de 57 000 $, plus du double de la fourchette d’estimation initiale, chez Christie’s à Londres. Les occasions d’enchérir sont encore rares, mais la demande se manifeste vivement, à Londres et en Belgique, en Allemagne (19% de son produit de ventes) et surtout aux Etats-Unis, qui concentrent la moitié de ses performances aux enchères.