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En Bref ! Foujita et Sanyu chez Phillips – Aristophil, chapitre 3

[12/04/2019]

Foujita/Sanyu : Muses et Modèles, Phillips s’expose

Phillips, qui n’a pas encore organisé de ventes aux enchères dans ses locaux parisiens, offrait récemment une exposition exceptionnelle d’œuvres du japonais Tsuguharu FOUJITA (1886-1968) et du chinois SAN Yu (1895-1966). La date de l’événement, judicieusement choisie fin mars, a coïncidé avec la semaine parisienne du Dessin et profité de la présence de son public averti. L’exposition itinérante a débuté à Paris, ville incontournable dans les parcours respectifs de ces deux artistes qui y ont forgé leurs styles en dialoguant avec leurs contemporains dont Picasso, Matisse ou Modigliani.

La trentaine d’œuvres réunies, la plupart sur papier, ont mis en vedette leur exploration du nu féminin. De la ligne spontanée et elliptique de Sanyu à celle plus contrôlée et synthétique de Foujita, mêlant techniques héritées de l’estampe japonaise et de la calligraphie chinoise avec la sensualité moderne et l’émancipation du Paris des années 1920, cet événement offrait un regard croisé sur l’art et le destin de ces deux artistes majeurs. Un Nu allongé de 1931 de Foujita, représentant sa muse et compagne Madeleine, était déjà connu des initiés pour être passé en vente en 1988 chez Sotheby’s New-York. Le dessin partait alors pour 286 000$, un record absolu à l’époque pour une œuvre sur papier du Maître franco-japonais. Phillips a donc choisi avec soin quelques très belles feuilles encore en mains privées pour monter cette exposition d’artistes plus demandés que jamais. Leurs cotes sont d’ailleurs explosives, avec un indice des prix en hausse de +64 % pour Foujita depuis 2000, mais surtout de +2 123 % pour Sanyu sur la même période… le dernier dessin de Sanyu vendu aux enchères – Femme au foulard rouge (1920-1930) – récoltait presque 100 000 $ de plus que son estimation haute à Hong Kong, signe d’une demande extrêmement motivée pour ce « Matisse » chinois (223 000$ lors de la vente Sotheby’s du 1er avril 2019).

C’est logiquement à Hong Kong que Phillips emmène désormais cette exposition (du 18 au 31 mai) où les feuilles sont à vendre selon des estimations à la demande. Un fonctionnement de plus en plus récurrent pour les grandes maisons de ventes qui, en investissant sur des événements curatés, augmentent la désirabilité des œuvres sans avoir besoin des musées.

 

Aristophil, chapitre 3

OVA. Cet acronyme désigne les quatre Opérateurs de Vente pour les collections Aristophil, soit Aguttes, Ader, Artcurial et Drouot Estimations, toutes mandatées pour cette incroyable dispersion, qui représente près de 300 ventes sur environ six ans. L’histoire d’Aristophil est complexe, évoquant tout autant le scandale financier que les magnifiques collections dont il est à l’origine. Cette société fondée en 1990 par Gérard Lhéritier, vend des parts dans la possession de manuscrits, lettres ou autographes, comme placement financier. Pas n’importe quels écrits, puisque nous parlons de la plus belle collection de manuscrits connue, compte tenu de la rareté et des origines illustres des œuvres qui la composent, dont le Manifeste du Surréalisme d’André Breton, l’Histoire d’Alexandre Le Grand de Quinte Curce enluminé au XVe siècle, les lettres de la Reine Marie-Antoinette en 1790, et tant d’autres…

Près de 18 000 épargnants sont concernés par ce montage qui repose sur une pyramide de Ponzi. Le système, où les clients qui revendent leurs parts se voient attribuer de confortables plus-values grâce à l’arrivée de nouveaux clients, s’effondre en l’espace de quelques années d’autant que les manuscrits proposés aux épargnants sont souvent surestimés. Le scandale éclate en 2015 et c’est pour tenter d’indemniser au moins partiellement les victimes de cette vaste escroquerie que cette suite de ventes a lieu. La 3e session s’est ouverte début avril à l’Hôtel Drouot en sept vacations. Deux ventes, chez Aguttes le 1er avril, étaient consacrées aux Beaux-Arts, faisant dialoguer dessins et peintures avec des écrits d’artistes : correspondance avec les marchands, lettres aux maîtres révérés, billets se révélant être de véritables manifestes esthétiques. Parmi les lots remarquables, plusieurs œuvres de Henri MARTIN (1860-1943) étaient mises à l’encan. Le bassin signe le meilleur résultat de la vacation, martelé par Maître Francis Briest pour 585 000 $. Cette lumineuse huile sur toile perd néanmoins la moitié de la valeur qui lui était attribué en 2012, Le Bassin ayant passé le million de dollars à l’époque chez Rennes Enchères. Déconvenue également pour une toile de Camille PISSARROLe Grand Noyer à Eragny – payé 681 000 $ en 2013 (chez Sotheby’s Londres) ; invendu cette fois pour moitié moins. L’oeuvre a en effet été ravalée malgré une estimation basse de 336 000 $.

Même si d’autres résultats sont plus équilibrés, dont celui obtenu pour un beau dessin au crayon signé Vincent VAN GOGH, Champ de blé fermé par un mur vendu pour 438 000 $ contre 434 500 $ lors de son achat en 2012 (Sotheby’s, New York), les épargnants du scandale Aristophil ne pourront pas si retrouver, d’autant que les œuvres et objets achetés en salles leur ont ensuite été revendus avec de très confortables commissions. La dispersion de cette époustouflante « collection » est par ailleurs très surveillée par l’Etat français et de nombreux documents historiques ont été revendiqués au titre d’archives publiques. Interdit de interdit de sortie du territoire et inaliénables, une partie des documents seraient donc, selon le code du patrimoine, la propriété de l’État, qui peut les réclamer sans dédommager ceux qui en avaient la garde.

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