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En bref ! Folie Magritte – Collection Pierre Bergé – Photographie

[23/11/2018]

La folie Magritte

Quatre nouveaux records en moins de deux ans ! Le maître du surréalisme, René MAGRITTE, né il y a 120 ans et mort en 1967, ne cesse de passer de nouveaux caps aux enchères, avec une forte accélération cette année. Son record a plus que doublé en 10 ans pour s’établir à 26,8 m$ le 12 novembre dernier à New York, avec Le principe du plaisir, une toile de 1937 dont Sotheby’s attendait, au mieux, 20 m$. Preuve d’une demande réelle et motivée : sept collectionneurs différents ont enchéri sur ce tableau, dont le prix affichait 74 000 $ il y a 40 ans…

Magritte faisait déjà parler de lui au tout début de l’année 2018 en emportant la plus haute enchère des ventes surréalistes de Londres (organisées par Christie’s et Sotheby’s en février) devant Dali, Miro, Chirico et bien d’autres. Intitulée Le groupe silencieux, la toile qui lui a procuré la première place de ce « février surréaliste » présentait une scène énigmatique peinte en 1926, et décrite par Christie’s comme l’une des meilleures œuvres pionnières réalisée pour sa première exposition à la Galerie Le Centaure à Bruxelles. Le groupe silencieux était présentée comme une œuvre remarquable de précocité, et éclairante sur le chemin que venait de choisir un Magritte impressionné par la peinture de Chirico mais déjà sur son propre chemin surréaliste.

Plusieurs chefs-oeuvre « magrittiens » sont ainsi sortis de leurs cachettes depuis deux ans, depuis l’exposition emblématique Magritte. La trahison des images, organisée au Centre Pompidou de Paris puis à la Schirn Kunsthalle Frankfurt, en Allemagne (2016-2017). Dans les mois qui ont suivi l’exposition à Beaubourg, le marché s’est agité avec 109 lots vendus dont 14 œuvres sur toiles, pour un résultat de 77,7 m$ d’oeuvres vendues au cours de l’année 2017, un record absolu pour Magritte, qui fera encore partie des 30 artistes les plus performants de l’année 2018 d’après les prévisions d’Artprice.

Du culte aux records, retour sur la vente de la collection Pierre Bergé

Carton plein pour Sotheby’s et Pierre Bergé & Associés qui ont mis aux enchères, ensemble, les 30 et 31 octobre dernier à Paris, l’ultime volet de la vaste collection accumulée par l’esthète Pierre Bergé (1930-2017) au fil de ses résidences. Pour cette grande occasion était récréé l’univers de ses maisons aux styles et identités propres: l’hôtel particulier de la rue Bonaparte à Paris, le Mas Théo à Saint-Rémy en Provence ou encore la Datcha en Normandie et la villa Mabrouka à Tanger.

Homme d’affaires et mécène, Pierre Bergé a collectionné sans limites pendant un demi-siècle aux côtés d’Yves Saint Laurent, l’essentiel étant le « beau » quel que soit son prix. L’éclectisme de la collection, s’étalant de l’antiquité jusqu’à l’art moderne en passant par les tableaux orientalistes, le mobilier ancien, les vanités du XVIe et XVIIe siècles mais aussi l’art islamique, africain ou asiatique, n’a pas refroidi la ferveur de ses collectionneurs puisqu’un lot seulement n’a pas trouvé acquéreur sur les 975 annoncés répartis en cinq sessions de ventes.

Les œuvres orientalistes ont été parmi les plus disputées et l’enchère record a été remportée avec La porte du sérail, souvenir du Caire de Jean Jules Antoine LECOMTE DU NOÜY (1842-1923) qui a atteint plus de 2,7 m$, soit quatre fois l’estimation haute. Un record mondial pour cet artiste, dont la plus belle vente se hissait avant cela à 176 000 $ (The Sentinel, 1877, Sotheby’s Londres, 25 avril 2017). Dans le même registre, la Garde du Palais de Ludwig DEUTSCH (1855-1935) s’est envolée pour 2,6 m$, et figure comme la 3ème meilleure adjudication de cet artiste dont les toiles importantes se font rares.

Au cœur de cette collection, douze toiles de Bernard BUFFET (1928-1999), qui fut le compagnon de Bergé entre 1950 et 1958, ont été vendues pour un montant global de 4,9 m$ en atteignant pour chacune 3 à 4 fois leurs valeurs de départ. Parmi elles, Couple nu assis de 1956 s’est arraché pour 800 000 $ alors que la toile était estimée moins de 140 000 $. Un Autoportrait sur fond noir de la même année est parti pour 759 000 $, plus de cinq fois son estimation haute!

Côté mobilier, que dire du million de dollars emporté pour le Miroir de Tanger de Claude LALANNE (1925), alors qu’il était estimé entre 227 000 $ et 340 000 $, si ce n’est que cette pièce unique en bronze fût commandée spécialement par Yves Saint Laurent en 1999 pour la villa de Tanger et signée : « CL, Lalanne, 99, Y.S.L ». Cette œuvre témoigne de l’amitié indéfectible qui unissait les deux hommes.

La provenance des œuvres a sans équivoque fait flamber les estimations initiales, souvent au-delà du raisonnable. Du plus petit objet usuel au chef-d’œuvre de l’art classique, les acquisitions ont quasi toutes dépassées jusqu’à quatre fois leur estimations. Déjà en 2009, le premier volet de la vente Pierre Bergé-Yves Saint Laurent par Christie’s Paris avait établi des records historiques, et un produit de vente total de 426 m$. L’annonce du 4ème volet de la vente de la bibliothèque personnelle de Pierre Bergé, le 14 décembre, suivi par d’autres ventes en 2019 viendra encore enrichir le culte voué à ce couple légendaire.

Le marché parisien de la photographie

Dans le sillage de Paris Photo, les sociétés de ventes ont mis un point d’honneur à proposer des vacations exclusivement réservées à la photographie. Cette année, Paris photo a braqué son objectif sur les artistes d’origine japonaise tout comme Christie’s qui, le 8 novembre dernier, organisait une vente monographique dédiée à Hiroshi SUGIMOTO. La vente a généré près de 1,4m$. Un résultat honorable mais sans éclat. La surprise est venue du côté de la société Delon-Hoebank, qui dispersait 71 épreuves sur papiers albuminés de Gustave LE GRAY, issus de deux albums de son voyage sur le Nil (le 14 novembre). Une vente en gants blancs dont le résultat dépasse le million de dollars, soit trois fois plus que celle organisée par Sotheby’s, dont la plus grande déconvenue vient d’une surestimation du célèbre cliché de Richard AVEDON, Dovima with Elephants. Bien que majestueuse (124,5 x 100 cm) et rare, puisque le seul pendant de cette qualité se trouve au Smithsonian museum, l’épreuve n’était pas assez importante pour prétendre au million. Certes, Dovima with elephants a déjà passé ce seuil de prix à Paris (chez Christie’s en 2010), mais il s’agissait d’une édition de 1978 mesurant plus de deux mètres de hauteur et provenant directement du fond de l’artiste. Finalement vendue pour 1,1 m$ il y a huit ans, Dovima tient depuis le record absolu de Richard Avedon.

Le récent défaut de vente chez Sotheby’s marque un positionnement mesuré des collectionneurs face à la dilution d’un marché qui s’est profondément intensifié. Le bilan est sans équivoque sur le long-terme : entre 1990 et 2017, le chiffre d’affaires de la photographie a progressé de +1 330 % aux enchères. Le prix moyen, qui avoisinait 5 000$ pour une photographie en 1990, atteint aujourd’hui 10 200$, soit plus du double. La photographie a encore des marges de progression devant elle, puisqu’elle ne représente que 1,1 % du produit de ventes aux enchères Fine Art dans le monde, un poids inférieur à celui d’une autre technique d’oeuvres multiples : l’estampe (3,4%).

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