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En Bref: Danh Vo – Ghada Amer

[13/07/2018]

Danh Vo. Bordeaux après New York

Danh VO s’échappe par bateau du Vietnam avec ses parents, abandonnant tout sur place, pour débarquer au Danemark. Le garçon est alors âgé de 4 ans. Il en a aujourd’hui 42, et son travail est célébré dans le monde entier. Après son exposition récente au Musée Guggenheim de New York (qui s’est achevée en mai dernier), il expose à nouveau, cette fois en France, au CAPC de Bordeaux (jusqu’au 28 octobre). Quatre installations sont visibles dans l’immense centre culturel bordelais, dont une installation monumentale composée de 22 blocs de marbre de Carrare, pesant chacun entre 8 et 12 tonnes. L’artiste a vu grand pour amener le visiteur à déambuler à travers une oeuvre qui porte en elle tous les possibles. De ces blocs de marbre brut (qui sont en fait taillés mais de façon très sommaire), sculptures en puissance, un Michel-Ange aurait pu faire naître des chefs-d’oeuvre… quelques photographies de mains appartenant à des sculptures de Michel-Ange sont d’ailleurs accrochées ci et là. Danh Vo manipule avec aisance le contraste, et de la matière au sujet, tout change d’épaisseur… le versant matérialiste de ces impressionnants blocs de marbre se jouxte aux morceaux choisis d’une iconographie catholique convoquée par les photos présentes, ainsi que par des fragments appartenant au passé : un retable portugais morcelé ou un Christ flamand amputé de ses bras. Fragmentation et détournement : voici deux composantes essentielles du langage artistique de Danh Vo, qui réconcilie l’histoire intime avec l’histoire collective, sans omettre la dose d’ironie et de poésie qu’on lui connait.

Arrivé sur le marché des enchères en 2012, l’artiste s’est rapidement imposé avec des résultats à six chiffres. L’élan de sa cote fut alors porté par d’importantes expositions, depuis le Whitney à New York jusqu’au musée Jumex de Mexico City, en passant par le musée d’art moderne de la ville de Paris en 2013. Lors de son introduction aux enchères en 2012, un détournement du drapeau américain (un morceau de carton recouvert de feuilles d’or intitulé Mamy Poko Pants Diapers) partait pour presque 34 000 $ chez Christie’s. Trois ans plus tard, alors que l’artiste expose à la Punta della Dogana à Venise, une autre version du même sujet s’envole pour 920 000 $ chez Philipps à Londres (VJ Star, le 14 octobre 2015). Un sommet prouvant que Danh Vo fait désormais partie des artistes chéris du marché de l’art contemporain… les bons résultats continuent de tomber, avec sept adjudications à plus de 100 000 $ emportés sur les 10 œuvres mises à l’encan depuis le début de l’année 2018.

Ghada Amer – L’art du détournement

18 ans qu’elle n’avait plus exposé en France…

Née au Caire en 1963, Ghada AMER est arrivée en France à l’âge de 11 ans. Dépitée par trois refus successifs à ses demandes de naturalisation, l’artiste s’envole quelques années plus tard pour les États-Unis. Depuis, elle vit et travaille à New-York et expose dans le monde entier: Londres, Amsterdam, Rome, Indianapolis, Séoul, etc. L’artiste a appris à mélanger les cultures, les influences et à utiliser des voies subtiles et détournées pour mieux faire passer avec un mélange d’humour et de fermeté son message féministe.

L’exposition qu’elle présente au Centre de création contemporaine Olivier Debré à Tours (CCC OD) est une fenêtre sur son travail, en deux chapitres. Pour la grande nef du centre d’art, elle a conçu Cactus painting, un immense tapis végétal composé de 9 000 cactus verts et 6 000 plantes grasses rouges, dont l’alternance régulière forme trois motifs de carrés emboîtés. L’œuvre est équivoque et l’allusion sexuelle, explicite. L’artiste rend ici hommage aux grands maîtres de la peinture abstraite américaine (en particulier Josef ALBERS et sa série Hommage to the Square), en même temps qu’elle dénonce la suprématie masculine du monde de l’art. Les cactus aux formes suggestives, qu’elle appelle Phactus, se dressent au milieu de plantes grasses couleur rouge sang, toutes feuilles dehors.

Le deuxième volet de l’exposition s’intitule Dark continent, en référence au sort que Freud réservait à la sexualité féminine. L’artiste y présente quelques sculptures en laiton chromé, fruits de ses travaux contemporains, et une vingtaine de ses toiles brodées qui ont fait sa célébrité. Ce dernier médium, parangon stéréotypé de la vertu féminine, a été totalement détourné par l’artiste qui lui associe des images très crues et une figure féminine archétypale.

Ghada Amer a su construire un langage artistique singulier. Si elle séduit en majorité les collectionneurs américains, Londres lui a néanmoins offert ses deux plus belles enchères : en 2006, The big blue Expression Painting BBEP a été vendue 223 000 $ par Christie’s et en 2013, The Golden Painting 2 est partie pour 225 000 $ chez Sotheby’s. Des résultats toutefois sans commune mesure avec les têtes d’affiches masculines de l’art contemporain occidental..

 

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