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En Bref ! Brancusi – Stafford – Franz West

[07/09/2018]

Brancusi sculpteur au MoMA

Elle n’était pas du genre à se contenter de son nom de famille ou de sa classe sociale, de son identité sexuelle ou de sa nationalité : Nancy Cunard était plurielle. Elle rencontre Constantin BRANCUSI en 1923 dans le Paris bouillonnant des Années Folles. Il sera, pour elle, «l’un des plus grands sculpteurs de tous les temps». Archétype de l’élégance, l’anti-conformiste aristocrate lui sert de modèle à deux reprises. La jeune fille sophistiquée (Portrait de Nancy Cunard) exécuté entre 1928 et 1932, a été vendu en mai dernier chez Christie’s New York. Elle représente Nancy Cunard comme un concentré de contrastes : suivant l’endroit où l’on se place, Brancusi a choisi de faire ressortir des formes droites ou courbes, lisses ou tordues, un visage, un chignon ou un corps. Ce bronze doré est le record absolu de l’artiste, à 71 m$, loin devant la plus connue muse endormie de 1913, partie pour plus de 57 m$ un an jour pour jour avant, toujours chez Christie’s. La vitalité du marché américain est manifeste, malgré les relations compliqué de l’artiste avec le pays : on se souvient du procès intenté en 1928 par le sculpteur aux douanes américaines, pour prouver que son Oiseau dans l’espace, qui venait d’être lourdement taxée à l’importation comme objet utilitaire, était bel et bien une œuvre d’art et devait être, à ce titre, exonérée de droits de douanes. Autre temps autre mœurs. Le marché américain se délecte aujourd’hui de ses meilleures œuvres.

En 1913 Constantin Brancusi participe à sa première exposition à New York à l’Armory Show, aux côtés de Marcel Duchamp. Ses cinq sculptures font scandale mais leur modernité ouvre de nouvelles perspectives qui réjouissent les amateurs les plus progressistes. Parmi eux, des collectionneurs qui se révéleront fidèles comme John Quinn, Louise et Walter Arensberg ou Maurice Speiser. Le MoMA rend hommage à cette tradition américaine jusqu’au 18 février 2019. L’exposition se concentre sur le processus de création de ses sculptures. Brancusi ne faisait pas, comme ses pairs, de modèles préparatoires en glaise. Il sculptait directement ses pièces dans le bois, le marbre ou le moule du bronze. Il accordait une importance toute particulière aux bases de ses sculptures, qui étaient aussi travaillées que les œuvres elles-mêmes. Son atelier était son microcosme de vie et il y utilisait toutes sortes de nouvelles technologies comme la photo ou les films, sous la supervision de son ami Man Ray. Les 11 sculptures des collections du MoMA seront présentées pour la première fois ensemble, aux côté de dessins, photos et matériel d’archives permettant de mieux comprendre le riche et complexe personnage de l’artiste, dans ses liens particuliers avec ses amis, ses commanditaires et en particulier le musée New-Yorkais.

Paris-New York. Vente de la collection Stafford

L’appartement parisien d’Elizabeth Stafford (qui a grandi à la Nouvelle Orléans avant de s’installer à Paris) était un petit musée privé établi dans la passion du goût français. Il a recueilli, au fil des années, un ensemble unique, fruit patient des recherches et des acquisitions du couple Stafford : mobilier français XVIIIe, art décoratif, porcelaine, peinture et dessins anciens, impressionnistes et modernes. Une grande partie de cet héritage sera dispersé par Christie’s le 1er novembre 2018 à New York; une dispersion stratégiquement organisée juste après la Tefaf pour profiter des nombreux collectionneurs et marchands de passage à New York, et leur donner la possibilité de voir les œuvres exposées chez Christie’s avant leur dispersion.

Environ 290 lots constituent cette vente, dont le clou est une toile majeure de Claude MONET : Effet de neige à Giverny, attendue entre 6 et 8m$. Cette toile impressionniste a été achetée par le couple Stafford en 1949 mais elle a été vu par le public depuis, leurs propriétaires ayant eu la générosité de la prêter dans le cadre de plusieurs expositions impressionnistes, notamment celle récemment consacrée à Monet à la National Gallery de Londres (Monet & architecture, 9 avril-29 juillet 2018). Seront également mis en vente une importante toile de PISSARRO, Neige, soleil couchant, Eragny (2-3m$), un paysage de LE LORRAIN (Landscape with Apollo guarding the herds of Admetus and Mercury stealing them, 700 000-1m$), un somptueux Bouquet de fleurs de REDOUTÉ (600 000-800 000$), entre autres.

L’ensemble des lots devrait rapporter 14m$ selon les attentes de Christie’s, soit une bribe de la collection Stafford en terme de valeur, celle-ci étant loin d’être complète pour cette vacation du 1er novembre. Certaines œuvres majeures ont fait l’objet de ventes antérieures, notamment La Jeune fille sophistiquée (Portrait de Nancy Cunard) de Constantin Brancusi, splendide bronze poli vendu pour 71m$ le 15 mai dernier, lors d’une vente impressionniste et moderne de Christie’s à New York (voir brève plus haut « Brancusi sculpteur au MoMA »). Ce chef-d’oeuvre – qui a établi au passage un nouveau record pour Brancusi – avait été achetée directement à l’atelier de l’artiste en 1955 par Frederick Stafford, qui en fit cadeau à son épouse à l’occasion de son 28e anniversaire. Prix d’acquisition à l’époque : 5000 $. Comme pour l’oeuvre de Monet, les Stafford n’ont pas conservé ce chef-d’oeuvre dans l’intimité de leur demeure. Ils l’ont prêté, en l’occurrence au Metropolitan Museum of Art de New York durant 40 ans, augmentant au passage le pedigree du chef-d’oeuvre.

Une sélection de la vente Stafford sera exposée chez Christie’s à paris du 6 au 10 septembre, puis à Hong Kong du 28 septembre au 3 octobre, avant New York.

Tout Franz West, enfin !

Collectionné par les plus grands, représenté par la fameuse galerie Gagosian et doté d’un curriculum vitae à faire pâlir plus d’un protagoniste du milieu, il ne manquait qu’une grande rétrospective à Franz WEST pour parfaire son riche palmarès. Le Centre Pompidou assure le show et rassemble pour l’occasion un corpus de plus de 200 œuvres, dont des prêts issus du MoMA à New York ou du Ludwig Musée à Cologne. Cette rétrospective célèbre l’artiste protéiforme à la production foisonnante, dans toutes ses périodes de sa création, soit de 1972 à 2012. Plusieurs œuvres collaboratives sont aussi exposées, notamment avec Albert OEHLEN ou Herbert Brandl. L’artiste était friand de ces échanges, concernant tant les arts plastiques que la musique ou l’écriture, la philosophie ou la psychanalyse. En 40 ans de création, il a su créer une esthétique originale, inversant les codes du « beau » et du « laid » avec une capacité d’invention exceptionnelle.

Le Lion d’or de la Biennale de Venise en 2011 est avant tout connu pour ses sculptures, et l’on apprécia lors de cette rétrospective de découvrir des œuvres de jeunesse rarement exposées, notamment ses premières sculptures réalisées à partir de 1973. Intitulées Passstück (ajustables), ces petites sculptures, souvent en papier mâché, peuvent être portées et manipulées. L’une d’entre elle s’est vendue en juin dernier chez Phillips à Londres pour près de 100 000 $ (Passstück), alors que ce type d’œuvre cotait moins de 10 000 $ à la fin des années 90′. La cote de Franz West ne cesse de grimper… L’indice des prix Artprice indique  une croissance de + 372% en moyenne depuis l’année 2000. Cette œuvre singulière n’est donc plus à la portée de toute les bourses, et les meilleures sculptures sont au seuil du pallier millionnaire, depuis un record établi en mai 2017 pour une oeuvre impressionnante de plus de six mètres de long (Untitled, 2011), une forme organique indéfinissable habillée d’un rose bonbon éclatant, désormais valorisée à 871 500 $.

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