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En Bref ! ARCO et Madrid – Gauguin double face

[01/03/2019]

ARCO et Madrid chantres de l’art latino-américain

Point fort dans le calendrier des grandes foires européennes, ARCO ouvre ses portes du 27 février au 3 mars 2019 à Madrid autour de 203 galeries issues de 30 pays. Un pays pourtant est mis à l’honneur plus que les autres. Il s’agit du Pérou, dont la scène créative manque cruellement de visibilité par ailleurs. C’est l’un des point fort d’ARCO : en offrant chaque année un focus sur un pays d’Amérique latine, le salon est devenu la référence absolue pour l’émergence de la scène latino en Europe. Sur la foire elle-même, le Pérou est salué à travers une sélection de 23 artistes et de 15 galeries, ainsi que par des rencontres et conversations organisées sur l’ARCO.

Mais afin de donner plus de consistance et de visibilité à cet « invité d’honneur » qu’est le Pérou, les organisateurs de la foire – dont son directeur Charles Urroz et la curatrice Sharon Lerner – ont contracté des accords avec plusieurs institutions madrilènes afin d’impulser une programmation dense et cohérente à travers les musées et les centres d’art de Madrid. Un relai bienvenu pour découvrir la singularité de cette scène artistique puisque pas moins de 12 expositions sont organisées dans la ville parallèlement à ARCO. Avec l’aide du ministère de la culture du Pérou, 120 artistes ont été retenus pour offrir un parcours chronologique de l’histoire de l’art du pays. Le focus de l’art latin américain dans Madrid commence bien avant JC avec une exposition sur la civilisation pré-colombienne à la Fondation Telefónica. On avance dans temps avec les expositions du musée du Prado et de la Reina Sofía, l’occasion de découvrir les œuvres des péruviens Camilo Blas, Martín Chambi, Julia Codesido ou Elena Izcue, des argentins Norah Borges et Emilio Pettoruti, des mexicains Ramón Alva de la Canal et Diego Rivera. Arrivent les collectionneurs privés qui affichent aussi leurs choix. Citons la collection d’Eduardo Hochschild et celle d’Ella Fontanals-Cisneros. La collectionneuse a en effet mis en sommeil son centre d’art de Miami (Cifo) l’an dernier et fait don d’environ 700 œuvres à l’Espagne. Une partie de cette magnifique collection est désormais exposée à la Tabacalera, un immense bâtiment situé dans le Triangle d’Or artistique de Madrid, près du musée de la Reina Sofia. De toute évidence, ARCO a su construire une identité forte depuis des années à travers un travail de fond pour le rayonnement de l’art latino-américain. Aujourd’hui, tout Madrid est au diapason pour donner une intensité supplémentaire à cet engagement.

Gauguin double face

Une grande signature, une œuvre de jeunesse, une toile quasi inconnue et une particularité originale : ce pourrait être l’intrigue d’un roman, ce sera celle d’une vente d’exception. Le Jardin de Pissarro, Quai du Pothuis à Pontoise de Paul GAUGUIN (1848-1903) sera mis en vente lors de la vente Impressionist and Modern Art chez Sotheby’s, le 29 mars prochain. De dimensions modestes (65 x 54 cm) et d’un sujet ordinaire, ce tableau est malgré tout unique ! Il représente un jardin, celui de Camille Pissaro, et date de 1881. C’est le moment charnière où Gauguin quitte la sécurité financière de son emploi d’agent de change et se consacre à la peinture. Il se rend régulièrement à Pontoise sur l’invitation de l’artiste, qu’il appelle « son cher maître ». De lui, Gauguin apprend à travailler la couleur dans la tradition des impressionnistes dont Pissaro est l’un des grands représentants. Il lui inculque également une certaine indépendance d’œil et d’esprit, deux éléments fondamentaux dans le développement futur de l’artiste. C’est donc une œuvre de jeunesse, quand bien même son auteur a déjà 33 ans au moment où il la peint. Il y a donc plus qu’un simple jardin dans ce paysage. La présence touchante du parapluie transforme la scène en hommage à Pissaro dont on sait qu’il travaillait toujours sous une ombrelle aux beaux jours.

La particularité de cette toile se révèle lorsqu’on en fait le tour : au verso du Jardin de Pissarro, Gauguin a esquissé non pas un mais deux autoportraits ! L’utilisation du revers des toiles est courante, pour Gauguin comme pour d’autres artistes de sa génération, afin d’économiser les matériaux de création. Selon le catalogue raisonné de l’artiste, il s’agit là des tout premiers connus de Gauguin. Mais ce qu’ils ont de remarquable c’est qu’ils ont déjà une toute autre technique que celle du recto. Estelle Guille des Buttes, conservatrice en chef du musée de Pont-Aven, voit dans ce tableau « d’un côté l’impressionnisme et au revers la technique du synthétisme » une technique de couleurs en aplats toute différente de l’imitation des effets de lumière de la nature.

Conservé dans la même collection pendant près d’un siècle et dans un excellent état de préservation, Jardin de Pissarro, Quai du Pothuis à Pontoise est proposé à la vente pour la première fois et n’a été dévoilé au public qu’à deux reprises depuis les années 1920. C’est donc la branche parisienne de la grande société de vente qui aura le privilège de ce coup de marteau. L’estimation entre 600 000 et 900 000 euros semble timide. La cote de Gauguin, profitant de la bulle spéculative des années 1980 touchant les ventes des œuvres impressionnistes et résistant à la dernière crise financière n’est pour ainsi-dire jamais retombée. Les pièces de cette période sont rares sur le marché et la présence des deux autoportraits au revers du tableau en fait une œuvre unique en son genre, souligne Sotheby’s. Le prix de réserve n’a pas encore été fixé, mais il s’agirait de l’œuvre la plus importante de Gauguin disponible sur le marché français depuis vingt ans. Les prix risquent donc de flamber.

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