En Bref !

[20/04/2012]

 

Tous les quinze jours, Artprice vous propose un tour d’actualité du marché de l’art en quelques mots et quelques chiffres.

Ron Mueck à la galerie Hauser & Wirth

La galerie Hauser & Wirth présente jusqu’au 26 mai la première exposition londonienne en plus de dix ans du sculpteur Ron MUECK. L’artiste australien démontre avec quatre pièces récentes l’étendue de son œuvre entre figuration ultra-réaliste et échelle irréaliste. Dans la galerie : trois représentations humaines de petite taille (un jeune blessé, un homme insouciant et une femme affaiblie par sa lourde charge) et un poulet géant pendu la tête en bas. A travers ces quatre représentations contemporaines, Mueck incite le visiteur à établir un lien entre réalité, folklore, mythe et mortalité. Cette première à la galerie Hauser & Wirth qu’il a récemment rejoint, est sa seule exposition en 2012. L’année prochaine, l’artiste occupera la fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris.Le travail démesuré de Ron Mueck est, depuis son exposition en 1997 à la galerie Saatchi, très demandé : deux œuvres seulement ne trouvèrent pas preneur depuis 1998, et aucune œuvre ne se vendait moins de 40 000 $. Et l’artiste maîtrise l’évolution de sa cote, via un écrémage très controlé de ses œuvres aux enchères : jamais plus de trois œuvres ne furent présentées la même année. Le 28 juin 2011, il devenait le premier artiste australien contemporain a obtenir une enchère millionnaire (Big Baby vendue 1 117 200 $ chez Christie’s Londres), et entrait pour la première fois en 2011 dans le classement des 100 artistes contemporains les plus cotés (à la 99ème place).

L’oeuvre de Bernar Venet recompensée par le prix International Julio Gonzalez 2013

Après avoir décerné ce prix à Pierre SOULAGES ou encore à Cy TWOMBLY, l’Instituto Valenciano de Arte Moderno a mis à l’honneur l’oeuvre de Bernar VENET. En 2010, cette même institution avait présenté sa première exposition monographique en Espagne. D’autres musées internationaux avaient déjà franchi le pas ailleurs, comme le National Museum of Contemporary Art de Séoul (Corée du Sud) en 2007, le Ludwig Museum im Deutschherrenhaus de Coblence (Allemagne) en 2002 ou encore le Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro (Brésil) en 2000.En effet, si Bernar Venet est d’origine française, la renommée de son oeuvre ne connaît plus de frontières, et ses prix grimpent : depuis 1998, l’indice des prix de l’artiste a été multiplié par cinq. Sa plus belle adjudication a été frappée à Doha (Qatar) pour Four Indeterminate Lines (2008), atteignant 600 000 $ (Sotheby’s Doha, 18 mars 2009), suivie par Ligne indéterminée n°3 (1990) cédée pour plus de 315 000 $ (Christie’s Paris, 25 août 2008). La troisième place du podium revient à 209.5 Arc x 14 (2004) adjugée pour plus de 280 000 $ par Christie’s NY (21 septembre 2009). On peut cependant noter que 51 % de son chiffre d’affaires et 63 % des transactions ont été réalisées en France, entre 1997 et 2011. Dernière vente en date, Ligne indéterminée (1996) a été adjugée chez Cornette de Saint Cyr (Paris) près de 240 000 $ (4 avril 2012).Tandis que ses sculptures occupent le devant de la scène -et du second marché- avec 72 % du chiffre d’affaires (pour 27 % des transactions) sur la même période, ses dessins l’emportent en volume, représentant 38 % des adjudications.

Robert Crumb : 50 ans de créations hallucinées au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris.

Le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris présente, du 13 mars au 19 août 2012, la première rétrospective française de Robert CRUMB (1943). 700 dessins originaux sont rassemblés, présentant l’univers singulier, cru et à l’humour explosif de cette icône de la bande dessinée alternative. Figure mythique de la contre-culture US des années 60-70, le père de Fritz The Cat, de Mr Natural est loin de démériter cette consécration officielle. D’origine américaine, il se fait connaître dans les années 60-70 en traitant pour la première fois de sujets ordinaires alors occultés : la drogue, le sexe, la violence. Même s’il vit en France depuis 20 ans, son œuvre y est restée assez confidentielle. Très peu éditées dans l’hexagone, ses illustrations signent les couvertures du magazine Actuel dans les années 70 et ses bandes dessinées paraissent, seulement depuis 2000, chez Cornélius et Denoël Graphic. Même si son œuvre bercée d’humour et de provocation a profondément marqué le monde de la BD et a considérablement influencé plusieurs générations d’artistes, son marché reste encore ankylosé. En effet, ses plus belles enchères datent de 2007 pour des lots comptant souvent plusieurs planches. Son record actuel signé à 60 000 $ pour Mr Natural comprend d’ailleurs 7 planches (chez Bonhams & Butterfields, Los Angeles le 22 mai 2007). Quant à sa meilleure vente pour une œuvre seule, elle a été adjugée à 55 000 $ pour Original Art for Wierdo #8 chez Sotheby’s New York toujours en 2007, tandis que son contemporain et très populaire Enki BILAL (1951) signait la même année son record pour 235 000 $ avec Bleu sang (Eux) (Artcurial, Paris). Discret jusqu’à présent, son marché s’accélère en 2011 où il se vendait 40 œuvres, c’est à dire presque autant qu’en 6 ans (1994-2010). Ce regain d’intérêt du marché ajouté à sa rétrospective au Mam pourrait entrainer quelques surprises lors de ses prochaines ventes.

John Chamberlain au Guggenheim New York

L’exposition Choices ouvrait deux mois seulement après le décès de l’artiste (24 février – 13 mai 2012). Né en 1927 dans l’Indiana, John Angus CHAMBERLAIN arrive à New York en 1956 et se consacre quelques années plus tard à ses sculptures colorées faites de tôles automobiles. L’esprit Pop de la récupération et la liberté de l’expressionnisme américain caractérisent ses œuvres, dont une centaine a investi la célèbre rampe du Guggenheim. La déambulation est rythmée, de couleurs, formes abstraites aux sensations molles (le Pop) et aux arêtes vives (le métal).La recette Chamberlain fait parfois des heureux aux enchères pour moins de 30 000 $ avec de petites sculptures de tôles froissées. Mais les pièces maîtresses étayent un marché haut de gamme, avec 7 coups de marteau millionnaires entre 2007 et 2011. Son record culmine à 4,2 m$ (Nutcracker, 1958, Sotheby’s, New York, 9 mai 2011)… quand aucune compression du Français César n’a passé le seuil des 300 000 $ en salles ! Le record du Nouveau Réaliste récompense un autoportrait volontiers emprunt de mégalomanie et de dérision : un un pouce géant (près de 6 mètres) vendu l’équivalent de 1,5 m$ (20/10/2007, Cornette de Saint Cyr). Le duo Chamberlain / César illustre encore le fossé entre le marché européen et l’américain, en matière d’art contemporain.