Des Guerlain aux enchères, les prix du dessin

[27/03/2020]

Un prix rayonnant : celui des Guerlain

Le coronavirus n’arrête pas tout. En l’occurrence, il n’arrête pas le grand prix de dessin attendu chaque année depuis 13 printemps. Le maintenir fut un choix difficile, courageux, pour soutenir les artistes. Bien sûr, l’annonce du prix s’est adapté aux circonstances sanitaires requises : les jurés ont voté confinés pour élire celui qui a les a le mieux fédéré, et l’annonce du lauréat est tombée le 26 mars.

Le lauréat du 13è prix de dessin est :

Juan Uslé

artiste espagnol né en 1954, représenté par les galeries Lelong, Frith Street Galler, Cheim & Read.

Diplômé de l’École supérieure des beaux-arts de San Carlos (Valence), Juan Uslé s’est installé à New York en 1987, où il vit et travaille toujours. Il y découvre les oeuvres de l’Expressionnisme abstrait américain, particulièrement de Mark Rothko, Barnett Newman, et Joan Mitchell, mais il développe une démarche personnelle en marge de cette abstraction. Son travail sur la « transparence de la couleur » et sur « les variations dans les lignes » est, confit-il, « un processus comme en musique, quand vous orchestrez des voix de second plan, qui vont transformer, en parallèle, ce que l’on entend au premier plan. »

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Jean Ulsé. ©DR. Courtoisie Fondation Guerlain

Juan USLÉ reçoit une dotation de 15 000 € et l’une de ses oeuvres est soumise de facto à l’approbation de la commission d’acquisition du cabinet d’art graphique du Musée national d’art moderne Centre Pompidou. Mais le prix ne soutient pas uniquement le lauréat, les deux autres artistes ayant concouru Callum INNES (né en 1962 à Édimbourg) et Florian PUMHÖSL (né en 1971 à Vienne) se voient chacun doté de 5 000 € et d’un rayonnement supplémentaire lié à leur nomination.

A l’origine de la création de ce prix se trouvent Daniel et Florence Guerlain, couple passionné d’art, surtout d’œuvres sur papier. Ensemble, ils ont créé ce prix en 2007 dans le but de « favoriser la place du dessin dans l’art contemporain et de permettre à un artiste français ou étranger, dont l’œuvre accorde au dessin une part significative, de poursuivre en ce sens son travail de création par l’attribution d’une dotation. Il peut ou non habiter en France, mais doit entretenir un lien culturel privilégié avec la France au travers des institutions ou des écoles d’art. » En sélectionnant cette année les artistes Callum Innes, Florian Pumhösl et Juan Uslé, nos ambassadeurs du dessin ont, avec la connivence de plusieurs experts, mis sciemment l’accent sur l’abstraction.

Depuis sa création, le Prix de dessin de la Fondation Guerlain a récompensé Silvia Bächli, Sandra Vàsquez de la Horra, Catharina Van Eetvelde, Marcel Van Eeden, Jorinde Voigt, Susan Hefuna, Tomasz Kowalski, Jockum Nordström, Cameron Jamie, Ciprian Muresan, Mamma Andersson et Claire Morgan.

 

Le prix du dessin aux enchères

Le dessin ayant définitivement acquis ses lettres de noblesse auprès de tous, la demande n’a cessé de croître pour ces œuvres généralement plus abordables et souvent de formats plus confidentiels que les toiles. Pour répondre à une demande est de plus en plus nourrie, le marché du dessin s’est considérablement étoffé au cours de la décennie et les transactions se sont, elles-aussi, intensifiées. La Chine et la France, ou circulent un grand nombre de dessins, en tirent aujourd’hui bénéfices.

Artmarket vous livre des chiffres clefs pour mieux décrypter l’importance du dessin sur le marché de l’art.

x 3

le chiffre d’affaire réservé aux œuvres sur papier a triplé en 10 ans, passant de 881.000 à plus de 2,6 milliards d’euros. Plus de la moitié de ce résultat repose sur la Chine (1,4 milliard).

23 %

le dessin est la seconde grande catégorie du marché derrière la peinture. Son poids économique (23% du marché) est nettement plus important que celui des sculptures (9%).

+90 %

l’augmentation du nombre de dessins vendus aux enchères sur la décennie. Une progression impressionnante reposant essentiellement sur 5 pays : la Chine avec Hong Kong, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni.

16 %

la part de la France. Avec près de 22.500 dessins vendus en 2019, le marché français est le plus dense au monde après la Chine (21% du marché). Par contre, en terme de valeur, l’hexagone pèse un peu moins de 4% du marché.