Déferlante d’oeuvres en marge de la Fiac

[17/10/2017]

La Fiac ouvre ses portes cette semaine. 70 000 visiteurs sont attendus. Une manne pour les sociétés de ventes de Paris s’apprêtant à disperser des centaines d’oeuvres aux enchères, calquant leurs ventes sur les dates de la Foire Internationale d’art contemporain, entre le 19 et le 22 octobre.

Dense et variée, l’offre de la semaine en salles de ventes devraient fédérer un très grand nombre d’amateurs et de collectionneurs. La diversité des œuvres proposées couvre en effet toutes les grandes tendances artistiques sur plus d’un siècle, afin de satisfaire des désirs d’acquisitions bien différents. Les budgets requis vont d’une centaine d’euros à quelques millions…

L’oeuvre la plus attendue de la semaine est une majestueuse sculpture d’Alberto GIACOMETTI offerte chez Christie’s dans le cadre de sa vente  »Paris Avant-garde », le 19 octobre. L’estimation de Grande femme II, un bronze de près de trois mètres, n’est pas rendue publique. Conçue en 1960, l’oeuvre a été fondue en 1980-81 dans une édition de sept exemplaires, plus deux épreuves d’artiste et une épreuve pour la Fondation Maeght, soit 10 épreuves en tout. Rappelons qu’en mai 2008, une autre Femme debout de même stature mais plus rare (sur 6 exemplaires) emportait 27,48 millions de dollars chez Christie’s à New York (Grande femme debout II, le 6 mai 2008). Giacometti pourrait donc emporter la meilleure adjudication de l’année en France ce 19 octobre.

Outre cette rareté, le clou de la semaine tient incontestablement dans la dispersion de l’une des plus belles collections privées française d’art contemporain, toujours chez Christie’s : la collection de Jean-François et Marie-Aline Prat. Cet ensemble constitué au fil des années comprend 200 œuvres signées Basquiat, Polke, Stella, Klein ou Dubuffet dispersées sur deux jours, les 20 et 21 octobre. Une troisième vente programmée chez Christie’s est consacrée à l’art moderne, avec une gamme de prix partant de 2 000 € (compositions cubistes de Georges Terzian) à plus de 500 000 €, pour des chefs-d’oeuvre signés James Ensor, Pablo Picasso, Henri Laurens ou Fernand Léger.

Aucun artiste majeur ne semble manquer à l’appel cette semaine dans cette course aux salles de ventes. Sotheby’s organise également trois vacations entre le 19 et le 22 octobre :  »Modernité, de Rodin à Soulages » ; la dispersion de la  »Collection Arthur Brandt : Dada, Surréalisme et au-delà », puis une session d »’Art Impressionniste et Moderne » égrenant des œuvres majeures de Bourdelle, Rodin, et Maillol, de Chagall, Picabia et Brauner, de Klimt, Gauguin et Magritte… La dispersion de la Collection Arthur Brandt sera particulièrement suivie car elle inclut quelques raretés, notamment une iconique L.H.O.O.Q de Marcel DUCHAMP, détournement fameux de la Joconde affublée d’une moustache. Il s’agit d’un multiple sur 35 exemplaires rehaussé à la gouache. Un original-multiple en somme, qui a déjà passé le million aux enchères (1 205 000 $ décrochés par le numéro 15 / 35 le 8 mai 2016 chez Christie’s à New York). Pour ce numéro 25/35, Sotheby’s fait débuter les enchères à moins de 500 000 $ et pourrait bien voir doubler la mise tant cette œuvre est emblématique de l’esprit Dada.

Outre les solides catalogues des deux maisons de ventes anglo-saxonnes, les sociétés françaises se concentrent sur des ventes moins prestigieuses susceptibles de satisfaire le plus grand nombre.

Le 19 octobre, Piasa organise une vente thématique dédiée à l’Art Haïtien, de 1940 à nos jours. La société s’associe au Centre d’art de Port au Prince pour présenter une importante sélection de 95 œuvres produites par une soixantaine d’artistes. Piasa souhaite propulser la création haïtienne sur l’avant-scène du marché de l’art et espère attirer des collectionneurs conscients de l’opportunité d’acheter des œuvres rarement disponibles hors d’Haïti. La gamme de prix va de 1 500 € à plus de 20 000 €.

Le 20 octobre, la société Estim Nation donne sa vacation  »FIAC OFF. Art contemporain – Art Brut – CoBrA – Pop Art », avec un catalogue très fourni en lithographies d’Alechinsky et de Karel Appel. Les œuvres proposées sont abordables pour quelques centaines d’euros pour la grande majorité, jusqu’à un bijou sculptural en or de Pol BURY Sphères, pyramide, qui pourrait atteindre les 15 000 €.

Le lendemain, Digard auction disperse une  »Collection d’amateur » constituée de 153 œuvres et objets de design dans le pur esprit des années 1960 à 80. Ces œuvres voyagent à travers le Nouveau Réalisme, la Figuration narrative, la Figuration Libre ou le Pop art. On y croise des créations de Philippe Huart, François Boisrond, Peter Klasen, Robert Combas, César ou Monory, et une majorité de petites œuvres abordables sous de grands noms, à l’instar des petits pumpkins en porcelaine de Yayoi Kusama ou d’un Balloon Dog de Koons, pour lesquels les enchères débuterons autour de 2 000 €.

Cornette de Saint Cyr a adopté une toute autre stratégie, préférant l’accalmie post-fiac au marathon des ventes de la semaine. Sa vente d’art contemporain se tiendra le 25 octobre autour d’une sélection d’oeuvres de l’Ecole de Paris, d’une acrylique de Jean DUBUFFET (Site avec 3 personnages, estimée 180 000 – 250 000 €), une huile sur papier de Willem DE KOONING (Sans titre, 60 000 – 80 000 €), une Vénus et un Monochrome bleus de Klein ou encore un beau Concetto Spaziale bleu de Lucio Fontana bleu susceptible de passer le million. Pour compléter cette vente, des dessins signés Warhol, Hockney, Basquiat, côtoient des œuvres d’artistes contemporains africains très demandés, comme Moke et Chéri Samba, et quelques œuvres de Street art. Une vacation prompte à satisfaire des orientations bien différentes. Une sélection tout à fait dans l’air du temps.