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De la vitalité du marché japonais à Art Fair Tokyo

[12/02/2019]

Plusieurs collectionneurs japonais se montrent très actifs sur les grandes places de marché du monde. Cultivés et investis, ils s’intéressent à la fois aux meilleurs artistes de l’Histoire de l’Art occidentale (notamment les impressionnistes et les modernes) tout en soutenant leurs compatriotes. Des chefs-d’oeuvre occidentaux achetés à Londres, New York ou Paris intègrent ainsi d’importantes collections privées japonaises, sans freiner le dynamisme du marché intérieur, bien au contraire puisque les sociétés de ventes japonaises parviennent à disperser 88% des œuvres qu’elles soumettent à la loi du plus offrant. Ces sociétés réalisent ainsi l’un des meilleurs ratio de ventes du marché mondial, avec 22% d’invendus seulement là ou l’Italie où l’Allemagne déplorent 46% d’oeuvres ravalées. De tels chiffres témoignent d’une bonne adéquation entre l’offre et la demande, c’est à dire d’un marché en plaine maturité.

La vitalité nippone s’exprime aussi par l’évolution du chiffre d’affaires aux enchères : au cours de l’année 2018, plus de 122,3m$ d’oeuvres ont été vendues au Japon, ce qui constitue un bond en avant remarquable de +31% comparé aux performances de l’année 2017, et une croissance enviable par bon nombre des places de marché à travers le monde. Septième pays au classement mondial, le Japon a de belles possibilités de développement sur le terrain des enchères d’autant que les artistes nationaux sont de plus en plus demandés à l’étranger.

Les artistes les plus cotés

Plusieurs artistes japonais comptent parmi les plus recherchés et les plus cotés du marché de l’art sur le plan international. Citons en premier lieu la princesse aux petits pois Yayoi KUSAMA (1929), qui se trouve être la première femme la plus performante aux enchères (selon un produit de ventes annuel de 103 m$) et l’artiste japonaise la plus cotée qui soit, loin devant Foujita (pour qui la demande ne cesse pourtant de croître), Takashi Murakami, Shiraga Kazuo et Hiroshi Sugimoto, les quatre autres artistes japonais les plus remarquables selon les chiffres d’affaires. L’engouement que connait l’oeuvre de Yayoi Kusama est un véritable phénomène. Sa popularité a pu être mesurée lors de l’ouverture, en septembre 2017, de son musée à Tokyo où la billetterie fut prise d’assaut pendant plusieurs semaines. Rares sont les artistes contemporains capables de susciter un tel engouement. Cette popularité hors normes se traduit aussi sur le terrain des enchères car Kusama est collectionnée au plus haut niveau dans le monde entier avec de plus en plus d’ardeur : selon Artprice, son indice de prix affiche une progression phénoménale de plus de 600 % depuis l’année 2000. L’offre est dense sur le marché japonais (37% des lots vendus en 2018) mais les œuvres sont particulièrement disputés à Hong Kong, ou l’artiste réalise 57% de son chiffre d’affaires contre 13 % au Japon.

Un autre artiste remarquable fait l’objet de fortes revalorisations. Il s’agit de Tsuguharu FOUJITA (1886-1968) dont les prix flambent. Citons l’exemple d’un de ses tableaux, Nu au chat (1930), une toile vendue pour un peu moins de 2 m$ à Londres en 2014 (Sotheby’s) et revendue pour 5m$ à Hong Kong en 2016. L’oeuvre a gagné trois millions en deux ans, une puissante revalorisation indiquant un réveil international de la demande pour les meilleures œuvres de cet artiste. Foujita est devenu l’un des 100 artiste mondiaux les plus performants et cette tendance a été confirmée en 2018 avec la vente d’un tableau intitulé La Fête d’anniversaire (1949) qui a multiplié par huit l’estimation basse fournie par Bonhams en octobre dernier à Londres. Partie pour 9,3 m$, La fête d’anniversaire 《生日飨宴》 hisse Foujita au-delà des meilleurs prix de Kusama.

Le marché japonais doit son développement à des artistes ayant construit une carrière internationale de leur vivant comme Kusama ou Foujita, et comme les artistes néo-pop que Takashi Murakami ou Yoshitomo Nara. C’est essentiellement grâce à ces signatures que le Japon joue aujourd’hui un véritable rôle sur le marché international.

Au-delà du néo-pop, les curateurs, les collectionneurs et les galeries internationales prêtent une grande attention aux mouvements d’avant-garde japonais comme Gutaï (grande rétrospective Gutaï au Musée Guggenheim de New York en 2013) et le Mono-ha. Les acteurs de ces deux mouvements trouvent un écho commercial favorable en Occident, comme l’indique par exemple le record de Kazuo SHIRAGA (1924-2008): 10,3m$ obtenus l’été dernier à Paris pour Takao (1959, vente Sotheby’s Paris le 6 juin 2018). En-dehors de quelques incontournables, les artistes japonais sont encore peu représentés sur le marché international, qu’il s’agisse des enchères ou des salons établis comme Art Basel, la Fiac ou Frieze. La scène artistique japonaise est pourtant bien plus large que ce que le marché international n’en retient.

L’art vue depuis Tokyo

L’expansion d’un futur rayonnement pourrait partir de Tokyo, capitale de plus en plus dynamique du Marché de l’Art. Le marché s’y est véritablement structuré au tournant des années 2000 grâce à l’activité de galeries de la première génération telles que Taka Ishii, Mizuma Gallery ou Tomio Koyama mais aussi grâce à Takashi Murakami qui a réveillé la scène artistique tokyoïte avec sa galerie KaiKai Kiki. Outre ces galeries japonaises de références, Tokyo attire des acteurs internationaux de premier plan (Blum & Poe et Perrotin), mais l’activité des salons reste essentielle pour développer le marché intérieur et international.

Le salon Art fair Tokyo est le plus ancien du territoire et la 14e édition qui se prépare (7-10 mars 2019) vise à ancrer profondément l’art dans la société. La jeune génération y est par exemple confronter au monde de l’art avec Future Artists Tokyo, une exposition entièrement organisée par des étudiants issus de divers collèges et universités de Tokyo. Les jeunes gens s’occupent du choix curatorial des œuvres, du concept de l’exposition et de la logistique. La foire valorise par ailleurs un slow living à travers sa thématique Art Life qui interroge notre style de vie et notre rapport à la nature à une époque de plus en plus technologique. Art fair Tokyo affiche surtout une singularité qu’on ne retrouve pas sur les autres salons internationaux: l’éloge de la transversalité. Contrairement aux salons occidentaux souvent hyper spécialisés sur l’art moderne ou contemporain, Art Fair Tokyo accueille sans interdire, exposant les traditions artisanales séculaires tout en ouvrant le champs sur les nouvelles technologies. Un mélange des genres salutaire pour ouvrir les esprits.

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