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De folles surenchères emportent la scène parisienne !

[15/12/2002]

 

La vente Carré rondement menée : 85% des lots adjugés au delà des plus hautes estimations

Festival de surenchères à Paris les 9 et 10 décembre. Pour l’inauguration du nouvel hôtel des ventes Dassault, la dispersion de la succession Olga Carré, veuve du galeriste Louis Carré, a très largement dépassé les attentes les plus optimistes. Piasa et Artcurial-Briest peuvent être satisfaits. Le produit des ventes des deux jours de vacations Fine Art est de 16,3 millions d’euros (hors frais).

Les clefs de la réussite

Certes, le chiffre d’affaires des 414 œuvres modernes mises aux enchères reste modeste en comparaison de certaines ventes prestigieuses de New York ou de Londres, mais rarement autant de surenchères ont été concentrées autour d’une même vente. Les 24 téléphones de la salle n’ont cessé de livrer bataille pour s’arracher les pièces à mesure qu’elles étaient présentées. Pas de répit pour le marteau : 98,3% des lots ont trouvé preneur. L’ivresse des enchères a happé les amateurs de telles ou telles œuvres de Jean René BAZAINE, Jacques VILLON, André LANSKOY ou Auguste HERBIN et les prix ont explosé : 379 lots ont dépassé les estimations les plus optimistes.

Tous les artistes défendus par Louis Carré ont alimenté l’effervescence de la vente. Pas un n’a été délaissé par les amateurs. L’une des clés du succès : la fraîcheur des pièces. La majorité des œuvres a été acquise et choisie par le marchand auprès des artistes et n’a jamais été mise en vente. Certaines pièces n’ont même jamais connu les cimaises. Autre élément déterminant : les lots sont sans prix de réserve. Ce qui permet de pondérer les estimations. Autant dire que la curiosité des collectionneurs était aiguisée.

Tempête de surenchères

Dès les premiers lots, les souffles de l’engouement flottent sur la salle des ventes. Un amateur s’embrase pour le lot n°3, une petite étude d’Aristide MAILLOL : 55 000 euros, près de 3 fois la mise à prix. L’instant d’après, c’est au tour de Raoul DUFY de goûter au succès : son Orchestre sur la Place du Village donne à son tour le ton : 98 000 euros pour une estimation à 40 000 – 50 000 euros. Quelques secondes après, deux de ses aquarelles doublent aussi les attentes. Le lot numéro 11, le Vase de Fleur, une gouache très lumineuse de Pierre BONNARD, suscite lui aussi la frénésie : 215 000 euros, soit 85 000 euros au dessus de l’estimation haute. L’euphorie est décidément contagieuse. Un à un, les lots mis en vente s’arrachent jusqu’au dernier. Pourtant, certains craignaient que le marché ne puisse absorber une si importante quantité d’œuvres modernes.

La quantité ne nuit pas aux prix quand la qualité suit

Auguste HERBIN, Raoul DUFY, Jean René BAZAINE, Maurice ESTEVE, Jacques VILLON ou André LANSKOY, particulièrement proches de Louis Carré, sont représentés chacun plus de 20 fois dans la vente. Beaucoup supposaient qu’autant d’œuvres d’un même artiste mises simultanément en ventes ne tuent sa cote. C’était sans compter sur la qualité exceptionnelle de la majorité des pièces.

Les 45 André LANSKOY se sont très bien vendus. Ils dépassent tous les estimations hautes. Certains collages les triplent, voire les quadruplent. Adjugée 14 000 euros, Paysage, datée 1923, la plus ancienne des peintures de Lanskoy mise en vente, décuple même son estimation !
Spectaculaire succès aussi pour Jean René BAZAINE, qui confirme ici la hausse de 20% de sa cote depuis le début de l’année. A mesure que les 38 lots défilent, les prix grimpent : les prévisions basses sont multipliées par 2, puis par 4, 10 voire par 15 pour des dessins de 1945 prévus à l’origine moins de 300 euros.
Le véritable engouement pour Maurice ESTEVE eut lieu lors de la troisième session, pour ses dessins. Adjugés entre 3 000 et 8 000 euros, les 16 fusains sur papier (lots 325 à 340) sont partis généralement à près de 4 fois au delà des estimations hautes.
Jacques VILLON, dont Louis Carré était le mécène et ami crée aussi la surprise et ce, d’entrée de jeu avec Homme Dessinant, un autoportrait de 1935 qui trouve preneur à 180 000 euros. Il n’en était attendu que 20 000 – 30 000 euros.
Quant à Auguste HERBIN, la réussite est relative. Même si toutes ses abstractions géométriques renvoyant à l’alphabet plastique qu’il a établi en 1943 trouvent preneur au delà des estimations, certaines compositions abstraites antérieures sont refusées par les acheteurs. Il faut compter 10 000 – 15 000 euros pour une gouache sur papier de 1944-45. Le plus beau résultat d’Auguste Herbin est obtenu par une huile sur toile de 1944 d’assez belles dimensions (73×54 cm) : Pain et Vin III. Adjugée 85 000 euros, la toile avait été estimée 28 000 – 35 000 euros. Les résultats de Raoul DUFY sont mitigés puisque les œuvres sont de qualité disparate. Rien d’étonnant alors que 11 des 75 lots de Raoul Dufy se vendent en deçà des estimations. Plus surprenant fut le manque d’enthousiasme des amateurs pour sa pièce maîtresse. « Le Moulin de la Galette », s’est adjugée 780 000 euros, bien en dessous de ce qu’il en était espéré (1 – 1,3 millions d’euros).

Ce sont aussi les œuvres aux estimations les plus hautes qui se sont le moins bien vendues. Au delà du million d’euros, les amateurs se raréfiaient. Les quelques huiles de Fernand LÉGER, sont adjugées dans la fourchette des estimations. Pourtant, son indice des prix est toujours en hausse en 2002. A croire qu’il faille toujours franchir l’Atlantique pour trouver des amateurs dans cette gamme de prix.

Les dix plus belles performances en terme de surenchères durant la vente Carré Classement réalisé à partir de la comparaison du montant adjugé au montant estimé

Adjudication

Estimation

Artiste

titre

technique

€ 3 500

€ 100-150

Fritz WOTRUBA

Nu féminin

Encre Chine

€ 4 000

€ 150-200

Jacques VILLON

Tête de femme

Lavis

€ 5 500

€ 250-350

Jean René BAZAINE

Port de pêche

Fusain/papier

 € 5 000

€ 300-400

Jacques VILLON

Buste

Aquarelle/papier

€ 80 000

€ 5 000-7 000

Jacques VILLON

Les haleurs nus

Huile/toile

€ 2 200

€ 150-200

Jean René BAZAINE

Arbres

Fusain/papier

€ 32 000

€ 2 000-3 000

Émile GILIOLI

Sans titre

Sculpture verre

€ 20 000

€ 1 500-2 000

Camille BOMBOIS

Paysage animé

Huile/toile

€ 2 000

€ 150-200

Jean René BAZAINE

Kerleven

Encre

€ 14 000

€ 1 000-1 500

André LANSKOY

Paysage

Huile/toile

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