David Hockney éclabousse les ventes de Londres

[17/02/2020]

The Splash de David Hockney a dépassé les 23 millions de livres sterling (31,2m$) le 11 février, plus de huit fois son prix de 2006. Cette vente propulse le résultat de la vente d’art contemporain de prestige de Sotheby’s à 120 millions de dollars, largement devant Christie’s qui totalise 72,7 m$ pour sa même session (12 février). Retour sur le résultat gagnant d’une icône Pop des années 60, et décryptage des tendances du Marché de l’art contemporain depuis Londres.

Pourquoi The Splash est une œuvre essentielle ?

The Splash est incontestablement l’une des œuvres les plus célèbres de HOCKNEY, qui a réalisé trois éclaboussures dans la même veine : The little splash aujourd’hui dans une collection privée, The bigger Splash conservée à la Tate Modern de Londres et présentée au Centre Pompidou à Paris dans le cadre la rétrospective de Hockney en 2017, et The Splash vendu le 11 février dernier chez Sotheby’s. A propos de ces œuvres, Hockney confie : « j’ai adoré l’idée de peindre cette chose qui dure deux secondes; il me faut deux semaines pour peindre cet événement qui dure deux secondes. » Ces trois toiles de 1966 offrent aussi une plongée dans le rêve américain que vivait Hockney à cette époque, une vie de liberté à une époque où l’homosexualité était encore pénalisée en Angleterre, une douceur de vivre baignée par la lumière californienne exaltant les couleurs.

Pour Emma Baker, directrice de Sotheby’s Contemporary Art Evening Sale: « Peu d’œuvres d’art ont atteint un statut aussi mythique que ce tableau [] il s’agit non seulement d’une œuvre marquante de David Hockney, mais d’une véritable icône Pop qui a défini une époque et qui a donné une identité visuelle à Los Angeles [] Aussi reconnaissable que la série de cris de Munch, les nénuphars de Monet ou les fleurs de Van Gogh, les éclaboussures de Hockney sont ancrées dans notre imagination culturelle. »

Hockney, l’un des artistes les plus cotés de notre époque

La vente de The Splash marque la quatrième adjudication supérieure à 20 millions pour un David Hockney au sommet de sa gloire. N’oublions pas que, avant la vente du Rabbit de Jeff KOONS (91m$ en mai 2019), Hockney fut pour un temps l’artiste vivant le plus cher du monde, avec sa toile Henry Geldzahler and Christopher Scott (1969) vendue pour 90,3m$ (Christie’s, novembre 2018). Ce sommet fut atteint quelques mois après une importante rétrospective qui voyagea tour à tour à la Tate Modern à Londres, au centre Pompidou à Paris et au Metropolitan Museum à New York. À l’issue de l’année 2019, Hockney s’est a nouveau imposé dans le Top 10 des artistes les plus performants du Marché de l’art mondial, selon un produit de ventes annuel excédant les 130,5m$, contre un résultat historique de 206,5m$ en 2018.

Hockney FR David Hockney. Evolution du produit de ventes (copyright Artprice.com)

Les tendances

Parmi les œuvres phares de la session contemporaine de Sotheby’s figuraient celles de Christopher Wool, Roy Lichtenstein, Yves Klein, Francis Bacon, Damien Hirst ou Adrian Ghenie. La toile The Arrival (2014) d’Adrian GHENIE a été portée à 5,4m$ par quatre enchérisseurs enthousiastes. L’artiste a pris pour sujet Josef Mengele, l’une des figures les plus notoires de l’Allemagne nazie, utilisée par l’artiste comme l’incarnation du mal.

Autres très belles ventes : Banksy passe à nouveau le million avec Vote to love parti pour 1,5m$, au double de l’estimation haute ; tandis que Maurizio Cattelan et Gunther Uecker termine au même prix – 1,9m$ – après avoir doublé chacun leur estimation haute.

Le premier passage de Julie CURTISS dans une grande vente de Londres s’est avéré extrêmement concluant. Sa mystérieuse sorcière a atteint 210 000$, trois fois l’estimation basse malgré ses petites dimensions (moins de 50 centimètres). Les prix de cette surréaliste française de 37 ans ont décollé après un solo show organisé à la galerie Anton Kern à New York. Elle n’avait jamais vendu d’oeuvres aux enchères avant cette exposition pourtant, ses prix ont immédiatement explosé avec un record à plus de 420 000$, quatre fois l’estimation basse chez Christie’s New York (Pas de Trois, 14/11/2019). L’artiste annonçait il y a quelques jours sa nouvelle collaboration avec la prestigieuse White Cube, en plus de la galerie Anton Kern.

Egalement représentée par Anton Kern Gallery à New York, l’artiste américaine Nicole EISENMAN passe les 501 000$ avec sa toile European Painting, 2004, l’un de ses meilleurs résultats depuis un record absolu de 791 000$ enregistré en octobre dernier, chez Sotheby’s Londres déjà (Close To the Edge, 2015).

Notons aussi le succès emporté par Nicolas PARTY (né en 1980) avec un pastel vendu plus de 200 000$, au double de son estimation haute, le 12 février. Cet artiste Suisse installé à New York avait fait la surprise en novembre dernier à Hong Kong avec sa toile Rocks (2016) vendue plus d’un million de dollars lors de la vente HI-LITE de Christie’s.

 

Genieve Figgis

Genieve Figgis

(copyright Artprice.com)

La session de prestige Christie’s Londres (12 février) affiche aussi de bons résultats, même si elle a manqué de lots vedettes à mesure du Hockney de Sotheby’s. Dana Schutz et Jordan Casteel (née en 1989) ont notamment été très soutenues : avec plus de 900 000$ obtenue pour la première (Kissing in the Dump) et un record absolu de 668 000$ pour la seconde (Mom, une œuvre de 2013). Le meilleur score de Christie’s affiche 6,5 m$ pour un portrait Pop de Muhammad Ali réalisé par Andy Warhol en 1977. Les deuxième et troisième meilleures adjudications sont emportées pour Jean-Michel Basquiat (The Mosque) et David Hockney (Walnut Trees).

Les deux sociétés ont vendu chacune une œuvre de Cecily Brown à plus d’un million de dollars et mis en exergue la quadra Genieve FIGGIS, qui a enflammé les enchères de Hong Kong l’automne dernier.