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Compte-rendu d’une semaine d’enchères survoltées

[17/11/2015]

 

La messe est dite et les prières de Sotheby’s et Christie’s exaucées, du moins en partie. Après la semaine clef des ventes de prestige new-yorkaise (4-12 novembre), certains résultats sont époustouflants mais plusieurs enchères ont manqué d’entrain. Voici le compte-rendu des meilleures ventes à retenir.

Résultats historiques mais décevants chez Sotheby’s

Sotheby’s a établi le record de son histoire, en dégageant plus d’1 milliard de chiffre d’affaires durant cette folle semaine. Le bal des enchères commençait avec la fameuse dispersion de la collection d’Alfred Taubman, milliardaire américain et ex-président et Sotheby’s. Le premier volet de son impressionnante collection (77 chefs-d’oeuvre modernes et contemporains) générait à lui seul 377 m$ frais inclus, un résultat néanmoins décevant par rapport aux attentes… le taux d’invendus de 39% étant bien trop important. Fait notable : les œuvres de cette vente étaient pré-vendues car Sotheby’s avait garanti tous les lots, en s’engageant elle-même pour une enveloppe excédant les 500 m$ auprès des vendeurs, les héritiers Taubman.

Frank STELLA : Le premier volet de la dispersion Taubman compte néanmoins un nouveau record d’envergure, celui de Frank Stella, dont la toile Delaware Crossing (1961) est partie pour 13,69 m$ frais inclus, au double du précédent record de l’artiste dont on peut voir la rétrospective au Whitney Museum (jusqu’au 7 février 2016).

Cy TWOMBLY a absolument dominé les ventes d’art contemporain le 11 novembre, avec sa toile Untitled (New York City) de 1968, qui s’est arrachée pour 70.5 m$. Un record d’autant plus important pour la maison Sotheby’s que le dernier en date, à un millions de moins, était tenu par Christie’s depuis novembre 2014. La large toile de Twombly est ainsi plus chère que La Gommeuse, chef-d’oeuvre du début de la Période bleue de Picasso, vendue pour 67,5 m$ chez Sotheby’s le 5 novembre.

Du côté de chez Christie’s

Coup double chez Christie’s lundi 9 novembre avec de nouveaux records impressionnants pour Lichtenstein et pour Modigliani. La société d’enchères organisait une vente d’art moderne intitulée La Muse de l’artiste, vente orchestrée dans le même esprit que Looking Forward to the Past en mai 2015, au cours de laquelle fut enregistré le nouveau record mondial pour une œuvre d’art aux enchères avec les 179,4 m$ des Femmes d’Alger (version O) de Picasso.
Looking Forward to the Past dégageait 705,9 m$ – soit le troisième meilleur résultat de l’histoire des ventes aux enchères publiques – avec 34 des 35 œuvres vendues. La Muse de l’artiste fut une session aussi impressionnante quant aux chefs-d’oeuvres proposés sans l’être en terme de résultats : les 491 m$ de la soirée sont décevants, avec près de 30% des 34 œuvres restées invendues.

Roy LICHTENSTEIN : la Nurse, toile de 1964 s’est envolée pour 95,365 m$, enterrant le précédent record de l’artiste de… 39 m$ ! Il s’agit de l’une des progressions les plus importantes de l’année, prouvant combien l’art contemporain américain est l’un des plus prompt aux envolées hors normes.

Gustave COURBET : le record de Courbet gagne plus de 10 m$, grâce à la , toile d’une qualité sans précédent sur le marché des enchères. Cette rareté a atteint 15,28 m$ mais Christie’s en espérant 25 m$…

Amedeo MODIGLIANI : le nouveau record pour le Nu couché (1917-18) du peintre italien est un grand soulagement pour Christie’s qui avait garanti la vente de cette œuvre à hauteur de 100 m$.
Le Nu couché est un cas particulier, un trophée absolu de l’histoire de l’art moderne, l’une des œuvres les plus célèbres du XXème siècle, restée pendant 30 ans dans la même collection italienne. Les enchères partaient à 75 m$, pour atteindre 100 m$ en quelques secondes et finir à 152 m$ après 9 minutes sous haute tension.
Au final, le Nu couché de Modigliani est acheté pour 170,4 m$ frais inclus et devient la deuxième œuvre la plus chère vendue aux enchères dans le monde, après le record absolu tombé en mai 2015 pour Les Femmes d’Alger (version O) de Picasso. Le nouveau propriétaire est le milliardaire chinois Liu Yiqian, président du groupe Sunline, dont la fortune est estimée à 1,38 milliard de dollars par le magazine Forbes.

Quelques records supplémentaires les jours suivants :

Christie’s aurait pu mieux faire pour cette vacation La Muse de l’artiste, mais a fort heureusement signée d’autres records les jours suivants, notamment pour Lucio Fontana, Louise Bourgeois et Lucian Freud.

Lucio FONTANA culmine désormais à 29,17 m$ avec Concetto spaziale, La fine di Dio (1964), grande toile jaune Ovoïde, trouée en plusieurs endroits. C’est la seconde vente supérieure à 20 m$ de Fontana cet automne.

Louise BOURGEOIS : son araignée géante a atteint 28 m$. Il s’agit d’une véritable flambée pour la Spider en bronze de plus de 7 mètres d’envergure, éditée sur 6 exemplaires. Une autre version très similaire tenait le record de l’artiste à 10,7 m$ depuis quatre ans (Christie’s New York, le 8 novembre 2011). Le record de Louise Bourgeois gagne donc plus de 17 millions en quatre petites années !

Lucian FREUD : flambée encore pour le britannique Lucian Freud, dont le nu Benefits Supervisor Resting (150,5 x 161 cm, 1994), est parti pour 56,1 m$. Il y a 7 ans, un nu de la même série, mettant en scène le même modèle sur une toile encore plus grande (151 x 219 cm) et dans une composition plus puissante, se vendait 23 millions de moins (ce Benefits Supervisor Sleeping partait pour 33,6 m$ frais inclus chez Christie’s, le 13 mai 2008).

BALTHUS et Yoshitomo NARA augmentent également leurs records mais au seuil des estimations basses. Christie’s espérait mieux de sa grande vente d’art contemporain qui affiche 20% d’invendus (53 lots vendus).

Au vu de ces résultats hors normes, il est clair que les plus riches acheteurs de la planète considèrent le marché de l’art haut de gamme comme un refuge face aux incertitudes économiques des marchés financiers. Néanmoins, ces résultats d’exception ne masquent pas le fait que l’entièreté du marché de l’art ne tourne pas à plein, plusieurs chefs-d’oeuvres n’ayant pas atteint leurs estimations basses et de lourds échecs de ventes étant à déplorer, y compris pour des signatures stars telles que Christopher WOOL ou Mark ROTHKO.

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