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Ces trésors anciens qui animent le marché

[05/11/2019]

Le 27 octobre dernier, dans une maison de ventes de l’Oise, au nord de Paris, s’est produit un événement au retentissement planétaire : la présentation d’un rarissime Cimabue découvert par hasard a planté un nouveau record mondial pour un tableau primitif.

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Cimabue (c.1240/50-c.1302) – Le Christ moqué

L’apparition aux enchères de ce petit panneau de bois représentant Le Christ moqué est d’abord l’histoire d’une découverte, fortuite, comme les aime le marché. Philomène Wolf, commissaire priseur chez Actéon et chargée de débarrasser la maison d’une nonagénaire à Compiègne, explique que “la découverte de ce tableau a pu avoir lieu dans le cadre d’un inventaire. Il y avait un ensemble d’objets courants et deux tableaux un peu plus accrocheurs pour l’oeil, dont cette icône à fond d’or qui, indéniablement, a retenu notre attention.” Là où les propriétaires ne voyaient qu’une simple icône disposée non loin de la table de cuisson, le cabinet d’expertise d’Eric Turquin détermine qu’elle est l’oeuvre de CIMABUE (c.1240/50-c.1302), artiste primitif italien majeur, grand maître de la pré-Renaissance. Cimabue est considéré comme “le” peintre ayant apporté l’innovation qui va constituer le socle de l’art occidental, ayant notamment rompu les ponts avec la manière grecque, donné un modelé inédit avant lui aux draperies, insufflé aux scènes et aux personnages une vie qui n’existait pas dans l’art byzantin.

L’expertise a démontré que cette peinture, à l’oeuf et fond d’or sur panneau de peuplier, est l’élément d’un diptyque de 1280 représentant des scènes de la Passion en huit panneaux de taille semblable. L’ensemble aurait été démantelé par un marchand au XIXe siècle souhaitant tirer un meilleur prix d’une vente en huit panneaux distincts. Dominique le Coent-de Beaulieu, commissaire priseur d’Actéon Senlis à Chantilly explique que cette œuvre “vient compléter un élément d’un panneau de dévotion, les deux autres éléments qu’on connait aujourd’hui qui formaient ce diptyque de huit œuvres, c’est la Flagellation, qui est aujourd’hui conservée à la Frick collection à New York et la Vierge à l’enfant en trône qui est aujourd’hui à la National Gallery de Londres.” Avant leur entrée respective dans ces musées, les deux tableaux étaient conservés dans des collections particulières. Le Christ moqué est la troisième œuvre connue de cet ensemble, dont cinq restent à découvrir…

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Cimabue (c.1240/50-c.1302) – The Madonna and Child Enthroned with Two Angels, National Gallery, Londres

Si le commissaire-priseur confiait, avant la vente, que “les acheteurs pour ce type d’objets sont peu nombreux”, l’exception d’une telle découverte a attiré des collectionneurs pointus et fortunés, si bien que le précieux panneau humblement estimé entre 4,4 m$ et 6,6 m$ a grimpé jusqu’à 26,8 m$, frais acheteurs inclus. L’occasion était trop importante pour ne pas faire date, Cimabue étant l’un des artistes les plus rares qui soit. Son corpus d’oeuvres est en effet très restreint, une dizaine à peine lui étant attribuées comme absolument de sa main.

La place de Cimabue dans l’Histoire de l’Art occidentale et la rareté de ses œuvres justifient pleinement le prix de ce panneau de 25,8 x 20,3 cm : plus de 51 000$ par cm², en deçà toutefois des 150 000$ par cm² payés pour le Salvator Mundi de Léonard de Vinci en novembre 2017. Au seuil des 27 millions de dollars, le résultat concentre les superlatifs, s’agissant tout à la fois du plus beau coup de marteau frappé en France depuis le mois d’octobre 2017 (29,5 m$ de la sculpture Grande femme II (1960) d’Alberto Giacometti), du tableau primitif le plus cher adjugé en vente publique dans le monde et du huitième tableau ancien le plus cher, derrière le Salvator Mundi de Léonard de Vinci, Le Massacre des innocents de Rubens (2002),  Lot  et ses filles de Rubens (2016), le  Portrait de Cosme de Medicis de Pontormo (1989), le Portrait d’homme de Rembrandt (2009), le Portrait de Laurent de Medicis de Raphaël (2007) et le Grand Canal de Canaletto (2005).

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Rembrandt (1606-1669) –Portrait of a man with arms akimbo, 29,5m$

Cette adjudication constitue par ailleurs la seule du palmarès établie sur le sol français, les autres ayant été enregistrées soit à Londres, soir à New York. Pour thierry Ehrmann, Président et Fondateur d’ArtMarket.com : “C’est la troisième fois en seulement deux semaines que la France réussi des choses très audacieuses sur le Marché de l’Art. Après un record sensationnel à 22,3 m$ pour une toile de Nicolas de Staël chez Christie’s pendant la Fiac (Parc des Princes (Les grands footballeurs)), puis l’immense succès de l’Univers Lalanne chez Sotheby’s, c’est un petit panneau attribué à l’un des pères de la Renaissance italienne qui s’est envolé à Senlis. La France montre ainsi qu’elle n’est pas seulement capable de réunir des pièces exceptionnelles dans ses musées, mais aussi en salles de ventes”.

Une autre merveille de l’Art ancien est annoncé chez Aguttes le 14 novembre : une Vierge à l’enfant avec Saint Georges de la main de Bernardino Luini, élève principal de Léonard de Vinci. La provenance du chef-d’oeuvre n’est autre que la collection Francis Cook, celle-là même qui abritait le Salvatore Mundi, œuvre d’art la plus chère à ce jour qui fut attribuée à Bernardino LUINI (c.1480/85-1532) avant de l’être à De Vinci. Attendue pour 2m€, cette œuvre devrait réviser le record de l’artiste, établi il y a tout juste un an à 1,2 m€ (près de 1,4m$), pour une Figure de sainte vendue par Christie’s, à Paris.

 

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