Bonhams et Sotheby’s, deux sociétés engagées pour la cote de l’art africain

[10/01/2020]

Le parcours des maisons de ventes n’aura pas été de tout repos pour faire exister l’art moderne et contemporain africain aux yeux des collectionneurs internationaux. Ces sociétés ont fait preuve de ténacité, laissant le temps aux œuvres de trouver leur public. Après plusieurs années décevantes, la tendance est absolument à la hausse, les résultats ayant été multiplié par cinq, en deux ans.

Bonhams, la pionnière

Les spécialistes de Bonhams à Londres évoquant une « explosion de l’intérêt pour l’art moderne et contemporain africain » parlent par expérience. Historiquement, Bonhams est la première grande maison de ventes à s’être engagée avec régularité sur ce segment de marché. Entre 2009 (année de lancement de leurs ventes dédiées à l’art africain) et 2014, Bonhams organisait une seule et unique vente par an. En 2015, elle est passée à la vitesse supérieure avec trois ventes annuelles, pour finalement trouver un rythme croisière de deux sessions par an. Cette société pionnière a obtenu son premier coup de marteau millionnaire pour une œuvre africaine. C’était en 2018 pour une toile réalisée par le « père du modernisme nigérian », Benedict ENWONWU (1921-1994).

Cet artiste majeur, formé au Nigeria puis au Royaume-Uni, fait officier de l’Ordre national de la République du Sénégal, décoré de l’Ordre national du mérite nigérian, acclamé par la critique de son vivant et désigné comme l’artiste le plus important du continent africain en 1949 par le magazine TIME est resté sous-coté pendant de nombreuses années. Ses toiles ne valaient que quelques centaines de dollars il y a 20 ans. Bonhams lui a décroché un premier coup de marteau à six chiffres en 2013, suivie par la dynamique société ArtHouse Contemporary à Lagos (Nigéria).

Ben Enwonwu progression du CABen Enwonwu – Progression chronologique du produit de ventes (copyright Artprice.com)

Le récent record millionnaire de Ben Enwonwu récompense son œuvre la plus connue, le portrait de la princesse yorouba Ife Adetutu Ademiluyi, dite « Tutu » (1974), une toile peinte peu après la fin de la guerre civile au Nigéria et reproduite des milliers de fois depuis tant elle est populaire. Après avoir disparue pendant plus de 30 ans, la Joconde nigériane fut retrouvée chez des particuliers à Londres, puis vendue au quadruple de l’estimation haute en février 2018, passant les 1,6 m$. L’accès à ce pallier de prix est, au passage, un symbole fort pour le marché de l’art africain dans son ensemble.

Galvanisée par les succès, Bonhams a décidé de passer à la vitesse supérieure en 2019 en important ses ventes Modern & Contemporary African Art à New York. Six œuvres se sont vendues à plus de 100 000 $ lors de la vacation new-yorkaise du 2 mai 2019, celles de Ben Enwonwu et Irma STERN, Demas NWOKO, Skunder BOGHOSSIAN, PAPA IBRA TALL et Nelson MANDELA. Une émulation qui tend à prouver que le marché new-yorkais est désormais prêt à absorber le meilleur de l’art moderne et contemporain issu du continent africain.

Madela Hands Nelson Mandela – Black and white left hands (Cannon & Cannon)

Le coup d’accélérateur de Sotheby’s

Sotheby’s s’est récemment aventurée dans le sillage de Bonhams, en ouvrant un département spécialisé pour l’art moderne et contemporain africain à Londres en 2017. Depuis sa première session du 16 mai 2017 (79% de lots vendus et 3,6 m$ de résultat), Sotheby’s a enregistré plus de 60 nouveaux records pour des artistes africains. Une réussite, donc. Sa vente d’avril 2019 générait 3m$, dont près de la moitié repose sur l’oeuvre Zebra Crossing 2 de El ANATSUI, deuxième artiste africain récompensé d’un Lion d’or à la Biennale de Venise, après Malick Sidibé en 2002. Lors de cette même vente, un record a été établi à 31 000 $ pour l’artiste sénégalais Omar BA. Représenté par la galerie Templon (Paris) après l’avoir été par Bärtschi et Anne de Villepoix, les œuvres d’Omar Ba sont présentes sur les grands salons internationaux depuis plusieurs années grâce au soutien de son galeriste. Il est donc suivi de près par des collectionneurs internationaux et est désormais attendu en salles.

La sanction de plus en plus positive du marché s’inscrit dans un effort général visant à pallier la sous-représentation des artistes africains dans les grands rendez-vous de l’art contemporain, les foires comme les expositions. Il n’est pas anodin que la Biennale de Venise s’ouvre de plus en Afrique. La dernière Biennale comptait, pour la première fois, avec la présence du Ghana. Le pavillon ghanéen a d’ailleurs été l’un des plus remarqué, car il mettait en relation des stars du marché – El Anatsui, Ibrahim MAHAMA, Lynette YIADOM-BOAKYE – avec des artistes inconnus au bataillon des enchères, comme Felicia Abban et Selasi Awusi Sosu. En ouvrant les portes de la découverte pour les uns et en confirmant l’aura des autres, l‘actualité est aussi un vecteur d’accélération de cote. Tandis que Zanele Muholi et Henry Taylor rayonnaient à Venise, leurs œuvres ont atteint des sommets en salles de ventes.