Artistes contemporains iraniens

[03/08/2012]

 

Le vendredi, c’est Top ! Un vendredi sur deux, Artprice vous propose un classement d’adjudications par thème. Cette semaine : les dix plus belles enchères d’artistes iraniens contemporains.

Le monde de l’art assiste depuis peu, malgré un climat social et politique exacerbé, à une remarquable renaissance artistique de l’Iran. Les spectaculaires contradictions de la société contemporaine iranienne ont bousculé et nourri les artistes. Très actifs depuis plusieurs années, qu’ils soient en exil ou non, les artistes iraniens souvent très engagés, s’attachent à rompre avec les préjugés répandus par l’occident. A l’image de leur terre natale tiraillée entre tradition et modernité, la création iranienne mêle à une forte volonté créative, un respect indétrônable pour la tradition. Cet art riche en diversité et en originalité a conduit les musées influents tels que la Tate Modern à Londres, Le Centre Pompidou à Paris, Le Guggenheim à New York (…) à faire de la place sur leurs cimaises et à acquérir assidûment des œuvres d’artistes iraniens. De leur coté, les galeries d’art, maisons de ventes, collectionneurs et autres acteurs du monde de l’art ne se sont pas fait attendre pour partager cette curiosité. Frappée à Dubaï chez Christie’s en mai 2006, la première vente spécialisée pour l’art du Moyen-Orient a fait date et a largement permis aux artistes issus de cette partie du monde de rejoindre la place de marché internationale. Parmi les nombreux pays de cette région, l’Iran, et ses ventes records réalisées ces 6 dernières années, a une place de choix. En témoigne l’adjudication en avril 2008 de l’œuvre The wall (oh, persepolis) de Parviz TANAVOLI(1937) : frappée 2,5 m$, elle est depuis la plus belle vente en salle pour un artiste issu du Moyen Orient. Il va sans dire que l’ascension des prix est un autre facteur clef de ce regain d’intérêt qui a irrémédiablement conduit le marché de l’art international, ne s’intéressant auparavant qu’aux antiquités de la région, à porter son attention sur la scène moderne et contemporaine.
Face à cette récente revalorisation, quels artistes contemporains ont marqué le marché ces 12 derniers mois?
Pour accéder au Top 10 de ces 12 derniers mois, une adjudication supérieure à 86 000 $ est nécessaire. Ainsi, seuls 4 artistes se partagent les 10 meilleures enchères de l’année écoulée : Farhad MOSHIRI, Afshin PIRHASHEMI, Reza DERAKSHANI et Shirin NESHAT. Véritable chef de file de l’art contemporain iranien, l’omniprésence de Farad Moshiri, qui rafle à lui seul 6 places du top, est loin de surprendre. Malgré une présence plus discrète due à son support de prédilection, la photographie, pour lequel le marché offre généralement des seuils de prix inférieurs, la renommée Shirin Neshat apparaît en 8ème position. Plébiscité par le marché depuis les sommets atteints par ses ventes en 2010, le jeune peintre Afhin Pirhashemi (1974) gagne sans peine la 2ème place, tandis que Reza Deraksani regagne l’attention des collectionneurs locaux en signant de nouveaux records de ventes lui ouvrant l’accès aux 5ème et 9ème places.

Top 10 : Artistes Iraniens contemporains

Rang Artiste Adjudication Oeuvre Vente
1 Farhad MOSHIRI 175560$ « 14S8 » (2004) 28/06/2011 (Phillips de Pury & Company LONDON)
2 Afshin PIRHASHEMI 130000$ Heading towards New York (2011) 25/10/2011 (Christie’s DUBAI)
3 Farhad MOSHIRI 120000$ Untitled (1998) 25/10/2011 (Christie’s DUBAI)
4 Farhad MOSHIRI 120000$ Untitled (Jar) (2001) 25/10/2011 (Christie’s DUBAI)
5 Reza DERAKSHANI 120000$ Prelude in Pink (2010-2011) 25/10/2011 (Christie’s DUBAI)
6 Farhad MOSHIRI 100000$ « Untitled Number » (2011) 25/10/2011 (Christie’s DUBAI)
7 Farhad MOSHIRI 98964$ Untitled (2003) 01/06/2011 (Bonhams LONDON)
8 Shirin NESHAT 95000$ « Shameless » (1997) 09/11/2011 (Christie’s NEW YORK NY)
9 Reza DERAKSHANI 95000$ « Anaré dooné dooné (from the Pomegranate series) » (2007) 17/04/2012 (Christie’s DUBAI)
10 Farhad MOSHIRI 86779$ Color of God (2011) 15/10/2011 (Christie’s LONDON)

L’œuvre de Farhad Moshiri mêle créativité, soif d’innovation et tradition. Elle est un parfait exemple de la scène contemporaine iranienne. Après avoir passé 12 années à Los Angeles, Farhad Moshiri vit et travaille désormais à Téhéran. Très inspiré par le Pop Art et surnommé par nombre de critiques le Damien Hirst ou encore le Jeff Koons iranien, il a développé un langage visuel hybride où se rencontrent culture populaire iranienne et occidentale. Derrière le kitch apparent de ses œuvres, il divulgue des messages ironiques parfois cyniques sur fond d’actualité mondiale. Ce classement ne fait que conforter sa place de star du marché et révèle que 6 adjudications au-dessus de 86 000 $ ont été frappées ces 12 derniers mois, dont une à plus de 175 000$ pour 14S8 (Phillips de Pury & Company, Londres, le 28 juin 2011) lui permettant d’accéder à la 1ère place de ce Top. Les belles performances de Farhad Moshiri ne sont pas nouvelles. Dès 2006, grâce à la première vente spécialisée Moyen-Orient de Christie’s à Dubaï (le 24 mai), il fait une entrée fracassante aux enchères avec l’adjudication de Iran Map 1 pour 40 000 $, soit 4 fois plus que l’estimation haute fixée par la maison de ventes. En 6 ans d’existence aux enchères, 69 œuvres sont passées sous le marteau et 43 se sont envolées au dessus de 50 000 $. Un marché plus que dynamique appuyé, entre autres, par les mastodontes le représentant : la galerie Perrotin à Paris et The Third Line Gallery à Dubaï.

Unique représentant de la nouvelle génération d’artistes iraniens de ce top, Afshin Pirhashemi est né, a étudié, vit et travaille à Téhéran. A l’instar de nombre de ses compatriotes, ses travaux reflètent la vie, le climat social et politique en Iran. Ses grandes peintures dévoilent essentiellement des femmes dans un style proche du photo-réalisme. De belle facture mais sans grande nouveauté, les œuvres d’Afshin Pirhashemi sont depuis ses débuts très amies avec le monde des enchères. Son entrée en salle en octobre 2007 se fait en deux temps. En premier lieu, une grande huile sur toile (120 x 240) trouve preneur à plus de 8 000 $ chez Artcurial Paris (le 1er octobre 2007), un beau résultat pour un jeune artiste mais rien d’extraordinaire en somme. A peine 30 jours plus tard, Christie’s Dubaï joue la surenchère avec un coup de marteau à 50 000 $ pour une toile plus petite (90 x 200cm), soit plus de deux fois son estimation haute. L’année d’après, c’est avec une adjudication à 110 000 $ que l’on retrouve une de ses peintures toujours chez Christie’s Dubaï (le 30 avril 2008). Son record de vente ne cesse d’augmenter jusqu’à un vent de spéculation poussif soufflé en 2010 où il franchit le seuil des 400 000 $ à deux reprises : Rapture s’envole pour 460 000 $ (Christie’s Dubaï, le 27 avril) puis Seduction trouve preneur pour 430 000 $ (Christie’s Dubaï, le 26 octobre). En 2011, Christie’s Dubaï réalise une fois de plus une belle vente qui lui permet non seulement d’atteindre la 2ème place de ce top grâce à Heading towards New York frappée 130 000 $ (le 25 octobre 2011), mais aussi d’être en tête des plus belles adjudications pour un artiste iranien de moins de 40 ans.

Doyen de ce Top, Reza Derakshani (1952) a vécu 16 ans aux États-Unis avant de revenir s’installer à Téhéran durant 7 ans, pour finalement s’exiler une fois de plus en 2010. Peintre de renom, musicien acclamé, l’artiste évoque dans ses œuvres abstraites à la musicalité évidente son amour pour la nature et ses origines. Loin des prises de position politiques de la plupart de ses compatriotes, le travail de Reza Derakshani ne défit pas la tradition. Avec des premiers pas aux enchères classiquement pris en charge par Christie’s et Bonhams Dubaï, les meilleures ventes de Reza Derakshani s’envolent dès l’année suivante entre 55 000$ et 85 000 $ à Dubaï, sans pour autant dépasser 50 000 $ à Londres. Son record à 85 000 $ signé en 2008 (Gold Fig-Black Fig, Bonhams Dubaï, le 24 novembre) ne sera, pour autant, pas révisé durant les 2 années suivantes. Il faut ainsi attendre un regain d’intérêt local en 2011 pour que les résultats de Reza Derakshani se redynamisent. Ainsi, entre avril 2011 et avril 2012, 3 œuvres détrônent son record de 2008 : Silent Jingle Bells (from the Mirror of Times series) avec 100 000 $ (Christie’s Dubaï, le 19 avril 2011), Prelude in Pink avec 120 000 $ (Chrtistie’s Dubaï, le 25 octobre 2011) et Anaré Dooné dooné (from the Pomegranate series) avec 95 000 $ (Christie’s Dubaï, le 17 avril 2012), les deux dernières lui valant sa présence dans ce classement à la 5ème et 9ème places.

Exilée aux États-Unis depuis les années 70, Shirin Neshat (1957) est sans conteste l’artiste iranienne la plus connue sur la scène internationale. Lorsque 10 ans plus tard, elle retourne pour la première fois dans son pays natal, elle est choquée par les changements radicaux imposés par le pouvoir en place. Ce choc, elle le transpose dans son travail qui explore toutes les complexités de la société iranienne entre pressions sociales, familiales et religieuses. Ses photographies, films et installations mettent en scène la femme, sa place dans l’Islam et dans la société iranienne. Elle devient une artiste majeure en explorant avec un talent et une sensibilité hors du commun la fracture entre hommes et femmes, qui s’est révélée avec violence depuis la révolution islamique de 1979. Elle gagne en célébrité à la fin des années 90 grâce à sa série Women of Allah, représentant des portraits de femmes recouvertes de calligraphies farsi. Shirin Neshat atteint une reconnaissance internationale en recevant le Lyon d’or de la Biennale de Venise en 1999 pour sa vidéo Turbulent. L’année d’après, les 3 plus importantes maisons de ventes (Sotheby’s, Christie’s, Phillips) présentent ses 1ères œuvres en salle. Dès les premiers coups de marteau, ses photographies explosent les estimations hautes. Ainsi, durant ses 6 premiers mois de présence aux enchères, les maisons de ventes ne se font pas prier pour réviser leurs estimations d’environ 3 fois à la hausse. Après des échanges essentiellement réalisés entre Londres et New York, les prix des œuvres de Shirin Neshat ont subi une envolée à Christie’s Dubaï entre 2007 et 2008. Ses œuvres n’ont néanmoins, depuis son record pour l’œuvre Whispers adjugée 220 000$ en 2008 (le 30 avril), jamais à nouveau franchi le seuil des 100 000 $. Ainsi, les 95 000$ emportés pour la photographie Shameless qui lui vaut sa présence dans ce classement, représentent son meilleur coup de marteau depuis les 220 000 $ de Whispers.

L’histoire multiséculaire de l’Iran ne s’est pas arrêtée avec l’époque contemporaine, bien au contraire. Les artistes iraniens sont largement soutenus localement, au Moyen-Orient. Cependant, les tendances spéculatives de la région ont tendance à brouiller les pistes et à honorer des artistes de second plan. Avec un milieu créatif actif, la jeune génération encore discrète aux enchères est à suivre de près.