Artistes contemporains indiens de moins de 40 ans

[01/03/2013]

 

Le vendredi, c’est Top ! Un vendredi sur deux, Artprice vous propose un classement d’adjudications par thème. Cette semaine : les dix meilleures enchères frappées pour des artistes indiens de moins de 40 ans.

Puissance émergente, en 2012 l’Inde conserve sa 10ème place au classement des pays par PIB. Deuxième pays le plus peuplé du monde, ce n’est qu’en 1947 que l’Inde se libère du contrôle du Royaume-Uni pour devenir en 1950, grâce à la lutte menée de front par le grand Mahatma Gandhi, une république démocratique. La libéralisation économique du pays s’accélère par le biais de réformes, dont le libre-échange, lancées au début des années 1990. Si cette période marque un tournant dans le développement de galeries d’art privées et dans la professionnalisation du secteur du marché de l’art, elle voit également émerger une nouvelle génération d’artistes. Entre 2006 et 2008, le marché de l’art indien explose avec les signatures d’Anish KAPOOR ou encore Subodh GUPTA. En 2009, l’année suivante, la Indian Art Fair ( New Delhi), rendez-vous incontournable pour les amateurs d’art indiens, naît de cette dynamique. Face à l’absence du soutien de l’État et à une politique publique pour le développement de la scène artistique locale, les actions et financements privés de ce type jouent un rôle capital. C’est aussi suite à l’explosion du marché que le pays se pare de maisons de ventes concentrées, comme l’ensemble des activités liées au marché, entre New Delhi et Mumbai (Bombay). Parmi elles, Osian et Triveda Fine Art (également galerie d’art), basées à New Delhi, Asta Guru à Mumbai ou encore Bid & Hammer Actionneers, Bangalore, New Delhi.
Face à cette scène foisonnante, où en est la relève ? En 2012, quels artistes de moins de 40 ans ont réalisé les plus belles enchères ?

Top 10 : les dix meilleures enchères frappées pour des artistes indiens de moins de 40 ans

Rang Artiste Adjudication Oeuvre Vente
1 Jitish KALLAT 85145$ Suffix (Herbaceous Perenniale) -1 (2006) 11/06/2012 (Christie’s LONDON)
2 Jitish KALLAT 62820$ « Carbon Milk 9 » (2007) 17/02/2012 (Phillips de Pury & Company LONDON)
3 Raqib SHAW 45535$ Untitled (2007) 16/02/2012 (Sotheby’s LONDON)
4 Raqib SHAW 37684$ Untitled (2004) 16/02/2012 (Sotheby’s LONDON)
5 Raqib SHAW 28000$ Untitled (2005) 15/11/2012 (Christie’s NEW YORK NY)
6 THUKRAL & TAGRA 27865$ Somnium Genero – Aries 03 (2006) 11/06/2012 (Christie’s LONDON)
7 Jitish KALLAT 20000$ « Traumanama (The Cry of the Gland) » (2009) 21/03/2012 (Christie’s NEW YORK NY)
8 Raqib SHAW 19233$ Untitled (2005) 12/09/2012 (Christie’s LONDON)
9 Justin PONMANY 12900$ « Kundali » (2008) 25/11/2012 (Christie’s HONG KONG)
10 Manjunath KAMATH 11000$ Untitled (2007) 21/03/2012 (Christie’s NEW YORK NY)

 

 

Loin de la puissance de frappe des maisons de ventes occidentales et chinoises, l’art contemporain indien fait face à une demande locale toujours plus importante et possède une forte représentation internationale. Le classement révèle ainsi, sans surprise, une géographie des ventes d’art contemporain indien qui s’articule entre Londres, New York et Hong Kong. Si cinq artistes se partagent le Top, deux d’entre eux sortent du lot et occupent sept des premières marches.

Les œuvres de Jitish KALLAT, artiste né en 1974 à Mumbai, sont déjà bien connue des enchères. Déjà en 2005, il signait une entrée en salles fracassante grâce à l’adjudication de Canis Familiaris : Dog’s life pour 16 000 $ soit le double de son estimation haute (Sotheby’s, New York, le 20 septembre). Entre 2006 et 2008, sa cote continue d’augmenter allégrement. Pour exemple, la même œuvre trouve preneur pour près de 122 000 $ soit une plus-value de plus de 75 % (Asta Guru, Bombay, le 22 février 2008). Puis en 2009, la toile Dawn Chorus – 7 signe son actuel record avec un prix au marteau atteignant 320 000 $ (Chrisie’s New York, le 16 septembre). Habitué depuis 2008 aux résultats franchissant les 100 000 $, la donne change en 2012 : sa plus belle vente atteint 85 000 $ avec Suffix (Herbaceous Perenniale) – 1 ( Christie’s, Londres, le 11 juin). Avec en prime neufs lots ravalés contre quatre adjudications, l’année 2012 s’est achevée sur un net fléchissement de sa cote. Dans la catégorie des moins de 40 ans, Kallat Jitish demeure malgré tout l’artiste le mieux coté puisqu’il emporte les 1ère, 2ème et 7ème places !

Raqib SHAW, né la même année que Kallat Jitish, est un bel exemple d’entrée aux enchères fracassantes. En 2006, une œuvre typique de son travail, à la lisière entre arts plastiques et arts décoratifs, est adjugée pour la première fois à 60 000 $. L’année suivante, en pleine envolée des marchés contemporains, l’imposante Garden of earthly Delghts III (305 cm x 152,5 cm) signe un record explosif à 4,89 m$, soit quatre fois plus que son estimation haute (Sotheby’s Londres, les 12 octobre)! A ce jour inégalé, ce record illustre l’envolée spéculative d’alors. En 2010 et 2011, les plus belles ventes de Raqib Shaw s’échangent à 750 000 $ et 740 000 $ (Garden of Earthly Delight XIV, Christie’s Londres, le 11 février 2010 et Absence of God III…and His Tears of Blood will Drown the Cities of Men II, Phillips de Pury & Company, Londres le 17 février 2011). Son marché connaît depuis des prix plus mesurés. En 2012, ses résultats n’ont pas dépassé les 45 000 $ d’une technique mixte de 2007 qui lui vaut la 3ème place de ce Top.

Seul duo de ce classement, THUKRAL & TAGRA accède à la 7ème place grâce à la vente de Somnium Genero – Aries 03 pour 27 800 $ (Christie’s, Londres, le 11 juin 2012). En 2012, le marché du duo est en perte de vitesse. En témoigne, un an plus tôt, la vente d’une œuvre similaire à plus de 48 000 $ (Somnium Genero – Aeris 02 chez Phillips de Pury, Londres, le 14 avril 2011). La tendance semble se confirmer en 2013, puisque l’huile Somnium Genero-Self a trouvé preneur pour 23 000 $ (Phillips, Londres, le 15 février 2013) tandis qu’elles s’adjugeaient deux ans auparavant à 55 000 $ dans la même maison de vente (Phillips de Pury & Company, Londres, le 24 avril 2010).

A la 9ème place, les enchères pour les travaux de Justin PONMANY ont suivi un schéma quasi- identique à celui de ses compatriotes présents dans ce classement. L’artiste a connu ses plus belles enchères entre 2006 et 2008 incluant 16 résultats entre 35 000 et 176 000 $ (pour Staple Agony-II (Plastic Memory), son actuel record). Face à la crise du marché entre 2009 et 2010, ses œuvres ont signé des résultats entre 20 000 $ et 35 000 $. Néanmoins depuis 2011, son marché continue de s’essouffler. Les lots proposés se font plus rares et sont généralement ravalés. En deux ans, seule l’imposante Kundali, qui lui vaut la 9ème marche du podium, a finalement trouvé preneur à 12 000 $, soit son estimation basse (Christie’s Hong-Kong, le 25 novembre 2012). Confiée à Christie’s, la maison a dû s’y reprendre à deux fois avant de céder la toile et revoir ses espérances à la baise en divisant par deux l’estimation basse.

A la dernière place du Top, Manjunath KAMATH signe son retour en salles grâce aux 11 000 $ d’une toile sans titre datée de 2007 (Christe’s New York, le 21 mars 2012). En 2007 justement, il signait son entrée en salles avec deux toiles adjugées 54 000 $ et 52 000 $ à un mois d’intervalle (Character in my Grandfather’s Story chez Christie’s Hong Kong, le 25 novembre puis Teeth Politics chez Artcurial Paris, le 3 décembre). Depuis, aucune nouvelle œuvre n’avait été proposée en salles.

Avec un ticket d’entrée à 11 000 $ et une première marche à 85 000 $ pour les artistes de moins de 40 ans, le marché de l’art contemporain indien n’occupe plus les mêmes sphères qu’entre 2006 et 2008, mais semble avoir trouvé son équilibre.