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Art contemporain : les derniers résultats marquants

[13/03/2018]

Warhol, Pollock, Bacon, Basquiat, Fontana, Doig… Les sessions de ventes pour l’art contemporain de prestige se sont tenues la semaine dernière à Londres. Avec un résultat combiné de 343,2m$ sur deux soirées, Sotheby’s et Christie’s ont bien amorcé l’année.

Le 6 mars, Christie’s récoltait 191,6m$, grâce à des œuvres d’une qualité exceptionnelle, notamment sous les signatures de Warhol, Fontana, Burry, Bradford et Doig. Ce résultat de 191,6m$, s’avère assez exceptionnel pour faire partie des Top 10 des meilleures vacations 2018. Tout dépendra des ventes à venir, notamment celles de mai et de novembre. Parmi les coups de marteau les plus remarquables de la soirée du 6 mars, Ferro T, une sculpture d’Alberto BURRI faite de bois, de métal et de brûlure par le feu a atteint 8,1 m$, plantant la quatrième meilleure enchère de cet artiste a la cote explosive (+450% depuis 2010). Mark BRADFORD a lui-aussi emporté une adjudication remarquable avec 5,3m$ pour Bear Running from the Shotgun (2014) et doublait largement ce score deux jours plus tard en signant son nouveau record absolu chez Phillips, à presque 12 m$ (Helter Skelter I). L’artiste américain, qui a fait sensation l’an dernier au pavillon américain de la Biennale de Venise, compte parmi nos contemporains les plus performants aux enchères.

Les résultats les plus attendus de la soirée portaient sur deux autres pièces maîtresses, exceptionnelles par leur proportion, leur qualité et la renommée de leurs artistes. La première est de Andy WARHOL et s’intitule Six Self Portraits. Cet ensemble exceptionnel combine six autoportraits de 56 centimètres chacun, accrochés les uns à côté des autres de façon linéaire. Au final, l’ensemble constitue une pièce monumentale de trois mètres, vendue pour 31,3 m$. Un prix exceptionnel venu récompenser l’un des derniers autoportraits de Warhol, réalisé en 1986, une image iconique prise à la fin de sa vie, une sorte de Memento Mori où le visage de l’artiste émerge de l’obscurité de façon très frontale. Malgré ses puissantes qualités et son importance, Six Self Portraits n’a pourtant pas décroché le titre de l’autoportrait le plus coté de Warhol. La palme est toujours tenue par une série de quatre autoportraits réalisés au début des années 1960, où le visage répété de l’artiste sur quatre variations de bleu s’envolait pour 38,4m$ en mai 2011, chez Christie’s à New York.

La seconde rareté de la soirée est signée Lucio FONTANA. Il s’agit d’un Concetto spaziale peu commun. L’oeuvre déploie en effet, sur deux mètres de large, 24 fentes pensées comme autant de fenêtres ouvertes sur l’infini, car chez Fontana la lacération est d’ordre cosmique. Cette œuvre présentait un autre caractère exceptionnel : l’artiste ayant enchâssé la toile dans un cadre laqué noir, et ajouté un montant transversal devant la toile, augmentant ainsi le rythme, le contraste et l’étrangeté de cette œuvre, finalement vendue pour 11,9 m$. Christie’s était cependant en droit d’en attendre un prix encore plus conséquent car, en novembre 2015, un Concetto Spaziale de même ampleur (mais sur toile rouge à la place d’une toile blanche), portant elle-aussi 24 fentes (soit le nombre maximum opéré sur une toile par Fontana) a passé les 16 m$ chez la société concurrente Sotheby’s, à New York. Les enchères, sur ce Fontana, étaient en quelques sorte « timides » par rapport au résultat de 2015. Mesure et timidité se sont par contre envolées pour une autre signature, plus jeune mais tout autant brûlante : Peter Doig s’est vendu trois millions de plus que Fontana, pour une œuvre de dimensions similaires.

Focus sur Peter Doig

L’oeuvre qui battait le majestueux Fontana le 6 mars dernier s’intitule Charley’s Space (1991, 183 x 127cm.). Estimée entre 8 et 11m$, elle s’est arrachée pour 15,1m$. Peter DOIG est l’un des artistes les plus emblématiques de notre époque et l’une des signatures les plus brûlantes du marché, honoré d’un record mondial de 28,8 millions de dollars en mai 2017 chez Phillips (avec Rosedale). A l’issue de l’année 2017, Doig intégrait la 23ème place du Top 500, grâce à un produit de ventes annuel de 99,3m$. Ses performances sont extraordinaires. Elles devancent celles de Magritte, Rothko ou encore Giacometti… Les premiers acquéreurs de l’artiste peuvent se féliciter, car les prix ont flambé, à tel point que 100$ investis en 1999 dans l’une de ses oeuvres valent en moyenne 1 840 $ (+1 740%) en 2018.

Sotheby’s avait choisi l’une de ses toiles en couverture de son catalogue de vente du 7 mars, une soirée générant 151,6m$, dont près de 20m$ pour l’oeuvre de couverture. Intitulée The Architect’s Home in the Ravine (1991, 200 x 250 cm), cette toile compte parmi les plus connues de Peter Doig. Elle fut notamment exposée à la galerie Whitechapel de Londres à la réception de son Whitechapel Artist’s award en 1991. Mais cette œuvre est aussi bien connue des initiés du marché de l’art, car elle en est à son cinquième passage en salle des ventes. Or, en 15 ans, The Architect’s Home In the Ravine a multiplié son prix par 42 !

Evolution du prix de The Architect’s Home in the Ravine de Peter Doig

  • 2002 > 475 000 m$ (Sotheby’s Londres)
  • 2007 > 3,6 m$ (Sotheby’s New York)
  • 2013 > 11,9 m$ (Christie’s Londres)
  • 2016 > 16,3 m$ (Christie’s Londres)
  • 2018 > 19,9 m$ (Sotheby’s Londres)

L’analyse des adjudications successives de The Architect’s Home in the Ravine illustre les différents paliers de prix passés par l’artiste. Elle illustre aussi la réduction progressive des périodes de détention de cette oeuvre. La durée de détention est en effet passée de cinq/six ans avant 2010, à deux/trois ans après 2010. Les reventes se sont donc accélérées, tout en autorisant des plus-values de l’ordre de plusieurs millions de dollars lors de chaque passage en salle. On est en droit de s’interroger sur l’avenir de prises de bénéfices si rapides et si juteux… Néanmoins, à l’aube de sa soixantième année, l’artiste écossais affiche un parcours sans faute et est comparé aux plus grands peintres de l’histoire. En 2015, Christie’s intégrait d’ailleurs une de ses toiles dans sa prestigieuse vente Looking forward to the past, aux côtés de chefs-d’oeuvre signés Picasso, Giacometti, Rothko, Monet, Warhol, etc. C’est dire toute l’estime du marché pour la peinture de cet artiste, dont l’acquisition d’oeuvres s’est avérée particulièrement rentables pour certains collectionneurs, au profil d’investisseurs.

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