Art contemporain indien : le trio de tête

[14/09/2009]

 

Dans les années 90, le second marché en Inde était quasi inexistant. Entre 2000 et 2008, l’indice des prix de l’art contemporain était multiplié par sept ! Si Anish KAPOOR et Subodh GUPTA font partie des quinze artistes contemporains les plus cotés aux enchères toutes nationalités confondues, avec des produits de ventes respectifs de 11,2 M€ et 10,7 M€, le troisième artiste indien le plus coté du moment, TV SANTOSH, réalise un score dix fois moindre (1,2 M€).

Anish Kapoor
Anish KAPOOR, aîné des trois artistes, a une cote assise en salles depuis plus de 20 ans. Ses plus belles sculptures échangées plusieurs centaines de milliers d’euros ont bien résisté. Le 5 février 2009 chez Sotheby’s Londres, une œuvre sans titre de 1996 en acier inoxydable partait même au-delà des prévisions : elle fut frappée 840 000 £, soit plus de 936 000 €, contre une fourchette haute de 700 000 £. Il ne signait par contre aucune adjudication millionnaire ces derniers mois et ses œuvres les plus chères se voyaient toutes ravalées. Ce fut le cas le 11 novembre pour une splendide sculpture en albâtre estimée entre 2 et 3 M$ chez Sotheby’s. La qualité de cette œuvre aurait été une promesse de record quelques mois avant la crise… Sotheby’s enregistrait en effet le sommet de 1,72 M£ pour une autre sculpture d’albâtre le 1er juillet à Londres (soit 2,17 M€ ou 3,42 M$).
Le 24 novembre, un nouveau déboire advint chez Bonhams à Dubaï avec le défaut de vente d’une sculpture monumentale en aluminium intitulée Mountain.

Subodh Gupta
Subodh GUPTA illustre parfaitement l’explosion des prix de l’art contemporain indien. Inconnu du marché international avant 2005, époque où l’on pouvait acquérir des toiles des années 90 entre 4 000 et 10 000 €, l’une de ses œuvres quadruplait son estimation en 2006 (Before the Plunge adjugée l’équivalent de 35 300 €, le 29 mars 2006 chez Sotheby’s, Londres). Dès lors, la demande est devenue féroce et toutes ses œuvres trouvaient preneur en salles. Pas une n’avait été ravalée avant le fameux mois d’octobre 2008! Depuis, onze ont subi ce sort et toutes les grandes places de marché sont concernées : Paris, Londres, New-York et Hong Kong où furent enregistrés les premiers signes de malaise. Sotheby’s ravalait en effet une large toile de plus de 4 mètres le 4 octobre. Le mois suivant, l’échec de vente de Vehicle for Seven Seas III, proposé à l’estimation basse de 300 000 € confirmait une sérieuse décote (Christie’s New-York). En effet, le 3 avril 2008, une œuvre de la même série triplait son estimation basse chez Artcurial à Paris, pour un coup de marteau final à 425 000 €. Subodh Gupta a une envergure internationale et fait partie d’importantes collections privées et publiques. Cependant, les collectionneurs aujourd’hui n’ont plus les moyens ou le goût du risque pour doubler, voire tripler les estimations. Le 30 juin 2008 par exemple, l’adjudicataire de la sculpture Dubaï to Calcutta #19 investissait 260 000 £, soit 330 000 € (Christie’s). En octobre 2008, une œuvre équivalente intitulée Oman to Madras trouvait un acheteur bien en-deçà, à 115 000 £ (148 000 €, Phillips de Pury & Company Londres).

Santosh T.V.
La demande s’est accélérée en quelques mois pour les œuvres de TV SANTOSH Sa première toile acquise en salles des ventes à New-York en mars 2006 pour 11 600 € doublait déjà son estimation. Intitulée Who’s war is it?, cette huile sur toile fait partie d’une série dont une version plus grande atteignait 38 000 $, soit 28 500 € le 21 mars 2007. En septembre 2007, l’artiste enregistrait sa première adjudication à plus de 100 000 €. La toile en question, Across an unresolved Story (2005), quadruplait largement son estimation optimiste pour un coup de marteau à 180 000 $, soit près de 130 000 € (Christie’s, New-York). En 2008, le seuil des 100 000 € est à nouveau franchi à six reprises… mais pas une fois en 2009. La plus belle enchère 2009 culmine à 600 000 Hong Kong dollars, soit 55 400 € pour une huile sur toile de 2005 (Hundred Square Feet of curses, Christie’s, 24 mai).

Depuis le début de l’année 2009, la chute des prix est rude : de l’ordre de –45% entre janvier et juin 2009…
En revanche, les artistes modernes résistent mieux à la crise du marché de l’art. Mieux, ils semblent immunisés ! Jogen CHOWDHURY (né en 1939) et Francis Newton SOUZA (né en 1924) triplaient tous deux les estimations fournies par Sotheby’s pour sa vente d’art indien le 16 juin 2009. Jogen Chowhury signait même son nouveau record avec une aquarelle de 1979 intitulée Day Dreaming. Elle s’envolait pour 310 000 £ (364 000 €). Certains ont affirmé que les bons résultats de cette vacation, où 69% des œuvres proposées trouvaient preneurs, tenaient aux élections de mai en Inde qui auraient eu un effet bénéfique sur le moral des acheteurs. Le jeune Jitish KALLAT (né en 1974) aurait-il profité de ce regain de confiance à l’occasion des ventes d’art asiatique de Christie’s le 24 mai, soit huit jours après les fameuses élections? Il décrochait en tout cas deux belles adjudications, notamment pour la toile Rickshawpolis 9, adjugée 1,3 million de Hong Kong dollars (105 000 €), au double des estimations.