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Après Zao Wou Ki et Chu Teh Chun : T’ang Haywen

[24/07/2018]

Arrivé en France à la même époque que Zao Wou-Ki et Chu Teh Chun, Tang Haywen fut, contrairement à ses deux compatriotes, un artiste discret de son vivant, mort presque dans l’indifférence à l’âge de 64 ans. A la recherche d’expériences profondes plus que de réussite matérielle, TANG Haiwen (1927-1991) a mené sa vie avec intensité, voyageant beaucoup, travaillant et exposant beaucoup en France, en Suisse, en Allemagne et aux États-Unis. Il a vécu sa liberté sans courir après la notoriété si bien que le Père Jean Irigoyen écrivait de lui, en 1994 :  »Le détachement a pour corollaire la précarité, laquelle conduit tout naturellement à vivre intensément l’instant présent, avec cette sorte d’appétit de celui qui a tout mais ne possède rien ».

Son œuvre n’est véritablement sortie de l’ombre qu’après sa mort, suscitant dans un premier temps l’admiration de quelques historiens et critiques d’art influents avant de conquérir de nouveaux collectionneurs. A la fin des années 90′, cette œuvre d’une extraordinaire densité commence à être mise en lumière auprès du public par le biais de quatre expositions : Le Tao et la Peinture au musée océanique de Monaco (1996), une rétrospective au Musée des Beaux-Arts de Taipei (1997), et Les Maîtres de l’encre au Musée Tavet-Delacour de Pontoise (1999) où ses œuvres côtoient celles de ZAO Wou-Ki (1921-2013). Une véritable redécouverte est alors en cours. Elle est appuyée par une exposition consacrée à Tang Haywen au musée des Arts-asiatiques Guimet en 2002, intitulée Les Chemins de l’encre et accompagnée d’un ouvrage dans lequel Jean-Paul Desroches, alors conservateur du musée Guimet, précise que Tang  »se distingue de la plupart de ses contemporains, demeurant calligraphe d’instinct et métaphysicien par goût ». Comme Zao Wou Ki, il est clair que T’ang Haywen a opéré sa propre fusion entre les principes esthétiques et spirituels chinois, et un certain lyrisme occidental.

Sur le marché des enchères, la dispersion de ses oeuvres fut longtemps limitée à Taïwan, avant et après la rétrospective posthume que lui consacrait sur place le Musée des Beaux-Arts en 1997. Le réveil du marché à Hong Kong et à Paris coïncide avec la rétrospective du Musée Guimet en 2002. En salles, les ventes restent néanmoins timides à l’époque, mais en 2005, Christie’s Hong Kong vend cinq œuvres le même jour, dont une huile sur toile sans titre de 1966 au prix de 34 000$. C’est un premier signe positif. La demande se fortifie et elle ne va pas se limiter à l’Asie. Dans la foulée de cette vente hongkongaise, une quinzaine d’œuvres sont proposées à Londres sous le marteau de Sotheby’s : toutes se vendent mais rarement au-dessus de 5 000$ (le 17 juillet 2005). L’oeuvre de T’ang Haywen ne commence à trouver sa juste valorisation que depuis cinq ans, avec neuf œuvres vendues plus de 100 000$, dont un record emporté à près de 440 000$ pour une grande acrylique sans titre du milieu des années 60′. La vente eut lieu chez Sotheby’s Hong Kong, le 20 janvier 2015.

Si l’art de T’ang Haywen s’est exprimé sur divers supports et à travers différentes techniques, son travail le plus emblématique réside dans ses diptyques à l’encre. Ce travail, né de la juxtaposition de deux feuilles que l’oeuvre fédère en une seule, s’accorde avec sa vision taoïste binaire. Ces œuvres de 70 x 100 centimètres, dont certaines se sont déjà arrachées plus de 40 000$ à Hong Kong, sont aussi reconnaissables par la calligraphie de la signature qui associe lettres romaines et idéogrammes chinois. Le plus souvent rouge, comme le sceau traditionnel, la signature de T’ang s’intègre à la composition. En chinois, signature se dit  »empreinte du cœur », c’est la vérité de l’être. Dans sa signature même, l’artiste véhicule, pour reprendre les mots de Jean-Paul Desroches,  »la substance et l’énergie » d’un nouveau langage.

Au regard des records spectaculaires de Chu Teh Chun et de Zao Wou Ki, l’art de Tang reste encore abordable. Et le marché français est particulièrement bien alimenté en œuvres : près de la moitié du chiffre d’affaires 2017 provient de l’hexagone pour 83 % des lots vendus dans le monde. La densité du marché français s’explique par le fait que Tang, qui se plaisait à être hébergé chez des amis, à Lyon, à Paris ou ailleurs, offrait des œuvres à ses hôtes en échange de leur hospitalité. C’est ainsi qu’un ensemble exceptionnel de 55 œuvres fut dispersé à Cannes en octobre dernier. Toutes les oeuvres, sans exception, ont d’ailleurs trouvé preneurs, et les acheteurs français ont du se battre face à des collectionneurs asiatiques de plus en plus motivés…

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