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Abstractions contemporaines : dans le champ de Rothko

[02/08/2016]

 

Aujourd’hui, la cote des expressionnistes abstraits témoigne de l’hégémonie du marché américain. Certaines œuvres de Mark ROTHKO, Clyfford STILL, Jackson POLLOCK et Sam FRANCIS passent allègrement les 50 m$ en salles.
C’est une œuvre de Marc Rothko (1903-1970) qui donna le coup d’envoi de l’envolée des prix en 2007, avec une adjudication qui fit grand bruit, celle de la toile White Center vendue 65 m$ chez Sotheby’s. A l’époque, White Center (1950) devenait l’oeuvre d’après-guerre la plus chère du marché des enchères et la plus forte adjudication de l’année 2007. Ce record a été dépassé à trois reprises depuis. L’artiste culmine désormais à 86,8 m$… ce qui en fait toujours l’un des artistes les plus chers de la planète (vente de Orange, red, yellow, Christie’s New York, 8 mai 2012). L’année dernière fut encore un cru exceptionnel : la ruée sur ses œuvres générant plus de 219 m$ aux enchères, dont 81,9 m$ pour une grande toile de 1958, intitulée No. 10 (Christie’s New York, le 13 mai 2015). Le maître du champ coloré méditatif galvanise toujours les enchères et la demande ne faiblit en aucun cas. Il faut dire que ses champs colorés se font de plus en plus rares: seules huit toiles ont été mises en vente sur l’ensemble de l’année 2015. Elles se sont toutes vendues, sans exception. Depuis début 2016, seules deux toiles ont alimenté les ventes de prestige : vendues, bien sûr, elles-aussi. Puisqu’il faut être multimillionnaire pour enchérir sur une toile, faut-il l’être sur un dessin ? La réponse est non. Le budget détermine certes l’importance de l’oeuvre, mais il est encore possible d’accéder à une encre ou une aquarelle du maître pour moins de 50 000$. Le plus compliqué étant de trouver le vendeur…

Plus rare encore que Rothko, Clyfford STILL a lui aussi travaillé sur la confrontation violente de grandes surfaces de couleurs pures. Il oblige le spectateur à une immersion visuelle totale par l’usage exclusif de grands formats et évite toute anecdote, avec des oeuvres dépourvues de titres. Avant son installation à New York en 1950, où il travaille avec Pollock et De Kooning, Still passe près de dix ans à San Francisco, en tant que professeur à la California School of Fine Arts. Son influence comme enseignant s’avère capital pour sa carrière. Still est l’expressionniste américain le plus rare en salles de ventes : seules 40 oeuvres ont été mises en ventes depuis la fin des années 80, dont deux cette année ! Un collectionneur de haut vol emportait notamment la superbe toile PH-234 de 1948 pour 28,1 m$, le 10 mai 2016 chez Christie’s à New York. Une œuvre de stature muséale, aussi cotée désormais que les meilleurs Jackson Pollock. A ce niveau d’exigence, le prix d’un grand mythe de l’histoire de l’art n’est plus affaire de cote mais de moyens et de passion…

L’expressionnisme n’est pas mort, loin de là. Il ne s’est pas arrêté avec la fin d’un mouvement historiquement balisé. Son esprit perdure et se renouvelle à travers quelques artistes tels que Gerhard RICHTER (né en 1932 à Dresde) ou Cy TWOMBLY (1928-2011). Certes, il ne sont pas des « expressionnistes abstraits » au sens ou l’histoire de l’art l’entend, mais ils perpétuent une sensibilité et une énergie en lien avec les grands artistes américains du XXème siècle… et leurs œuvres répondent elles-aussi à un besoin fort de la part des musées et des grands collectionneurs, leur cote se mesurant tout à fait à celles des stars américaines du mouvement. L’exemple de Cy Twombly est flagrant à ce titre… Rappelons-nous que son record absolu fut établi à 70,5 m$ l’année dernière, avec Untitled (New York City) vendue chez Sotheby’s, le 11 novembre 2015. Afin de donner un ordre d’idée, précisons que Untitled (New York City) est plus chère qu’un rarissime chef-d’œuvre du début de la Période Bleue de Picasso, (La Gommeuse (1901), vendue 67,5m$ chez Sotheby’s le 5 novembre 2015).
Cy Twombly est donc parvenu au prix des meilleurs Picasso sur un très court laps de temps, son record ayant gagné 50 m$ en deux petites années (en 2013, son record culminait à 19,2 m$, avec Poems to the Sea, vendus chez Sotheby’s New York). Cinq œuvres ont passé les 10 m$ courant 2015, contre deux sur l’exercice précédent. La progression est phénoménale, et l’indice de prix en hausse de 340% sur cinq ans. Le marchand Larry Gagosian ne s’est pas trompé en faisant de Twombly la pierre angulaire de sa galerie depuis les années 1980. Nouveau pilier des ventes de prestige occidentales, l’artiste a opéré un formidable rattrapage de cote vis-à-vis des autres artistes américains d’après-guerre : l’an dernier, l’excellence de ses prix faisait pâlir les recettes d’un Pollock et d’un Rothko…

L’expressionnisme abstrait n’est pas mort… loin de là. C’est l’une des énergies créatives qui alimente le mieux le marché de l’art occidental aujourd’hui, même en se raréfiant. C’est aussi une vague libératrice qui nourrie toujours, au XXIème siècle, une tendance forte de la création.

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