2003 sera surréaliste

[22/01/2003]

 

Après une hausse vertigineuse des prix à la fin des années 1990, les surréalistes peuvent-ils encore faire rêver ? A quelques jours d’une très belle vacation chez Christie’s le 3 février et à quelques mois de la dispersion des collections André Breton, Artprice fait le point sur les dernières tendances.

Sans style commun, les artistes surréalistes sont unis autour de mêmes inspirations et refus. Depuis 1997, le regain pour ce mouvement, révolutionnaire au début du siècle, partage l’engouement des collectionneurs pour l’art contemporain, souvent synonyme de provocation. Les techniques et les thèmes exploités par les surréalistes, pionniers à leur époque, semblent aujourd’hui en phase avec les acheteurs actuels d’œuvres d’art.
L’émergence du marché des surréalistes est plutôt tardive. La première vacation thématique fut organisée par Christie’s en 1989. Malgré un essoufflement en 2001, l’euphorie gagne depuis 1997 : + 77% de hausse des prix en l’espace de 6 ans, contre moins de 70% depuis 1992. En moyenne, les prix au marteau dépassent aujourd’hui les estimations les plus optimistes. Cette année, 80% des œuvres passées en vente ont trouvé preneur. Depuis 1999, ce marché, au deux tiers américain, est soutenu par des manifestations et des expositions d’envergure internationale. L’année dernière, le MNAM de Paris a organisé une importante rétrospective en parallèle à une exposition au Metropolitan Museum of Art à New York. De tels événements ne sont pas sans retombées sur les prix en vente publique : +12,6% de hausse des prix en 2002.

La cote d’un certain nombre de surréalistes n’a cessé de galoper en 2002 : René Magritte, Paul Delvaux, Victor Brauner sont des valeurs sûres qui ont progressé de manière exponentielle l’année dernière. A la clé, un superbe record pour Réné Magritte le 7 mai 2002 avec L’empire des lumières : le tableau estimé 5 à 7 millions de dollars s’est arraché 11,5 millions de dollars. Avec près de 170% de hausse des prix depuis 1997, il est, avec Man Ray, l’artiste surréaliste le plus rentable de ses 6 dernières années. Mis à part Pierre Molinier ou Joan Miro, tous les surréalistes ont connu la hausse l’an passé. Même le prix des photographies de Man Ray grimpe encore en dépit du scandale des retirages dont elles ont fait l’objet en 1998-1999. Bénéficiant de cet engouement général, des artistes comme Giacometti, Magritte, Ernst, Dali, Delvaux ou Tanguy se hissent dans les 100 premières places du classement des artistes par chiffre d’affaires en 2002.

Cette année encore, le 3 février à Londres, Christie’s orchestre une exceptionnelle vente autour d’œuvres de surréalistes. La vacation sera particulièrement riche en tableaux de René Magritte. Pas moins de 9 toiles se succèdent. La plus importante d’entre elle, Les barricades mystérieuses, est estimée 2,6 – 3,5 millions de dollars. Elle avait été préalablement acquise 1,9 millions de dollars en 1991. De très belles toiles de Max Ernst seront mises en vente, dont Convolvulus ! Convolvulus ! (1941) et Epiphanie (1940), deux toiles issues de la série des paysages de décalcomanies, débutée en Europe et achevée aux Etats-Unis. Estimée 1,5 – 1,9 millions de dollars, cette dernière pourrait bien devenir la plus chère de l’artiste jamais adjugée.

D’autres pourront aussi attendre la vente de l’année : la dispersion de plus de 5000 lots issus des collections du pape du surréalisme, André Breton. Jamais autant de lots n’ont été mis en vente d’un seul coup. La dispersion en avril d’une partie de l’histoire du surréalisme devrait susciter beaucoup d’attention et de passions. Outre des tableaux, dessins et des photographies, l’amateur se verra proposer une pléthore de documents littéraires, formes fondamentales et singulières de la création surréaliste. .